Cet appel à la reprise du dialogue est en effet
la première démarche formelle iranienne entreprise auprès de
l’UE3 par le nouveau responsable iranien chargé du nucléaire,
Ali Larijani, réputé comme un dur, depuis qu’il a repris le
dossier au pragmatique Hassan Rohani, qui avait maintenu le
dialogue avec les Européens pendant deux ans, jusqu’en août.
Tout en préconisant le dialogue, Ali Larijani a insisté dans
sa lettre aux Européens « sur la nécessité pour l’Iran d’exercer
ses droits légitimes et de voir ses intérêts nationaux garantis
». L’Iran refuse de transiger sur la conversion. Il se déclare
seulement prêt à négocier les conditions d’un redémarrage de
l’enrichissement à proprement parler. « Nous n’abandonnerons
jamais notre droit au cycle du combustible », a déclaré devant
la presse le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza
Assefi.
Dans une tentative de calmer une communauté
internationale inquiète, le guide suprême iranien, l’ayatollah
Ali Khamenei, a assuré, vendredi, lors d’un prêche, que l’Iran
n’attaquerait aucun pays. « Nous ne commettrons d’agressions
à l’égard d’aucune nation. Mais si ceux qui recherchent le pouvoir
veulent violer les droits de notre nation, elle ne tolérera
l’oppression de personne, ni d’aucun pouvoir », a-t-il menacé.
Les négociations entre l’Iran et l’UE3 ont
été rompues en août dernier, quand la République islamique a
repris la conversion d’uranium au moment où le président ultra-conservateur,
Mahmoud Ahmadinejad, accédait à la présidence. En convertissant
effectivement de nouvelles quantités d’uranium, l’Iran ferait
fi de la menace de se retrouver devant le Conseil de sécurité
de l’Onu, à l’issue d’une nouvelle réunion de l’AIEA qui s’ouvrira
le 24 novembre. Un tel renvoi apparaît, toutefois, peu probable
lors de cette réunion, la Russie y étant hostile et les Iraniens
venant de donner aux inspecteurs de l’AIEA des informations
et l’accès au site suspect de Parchine qu’ils leur refusaient
jusqu’à présent.
Inquiétude et suspicion
La réaction européenne à l’offre iranienne
n’est pas pourtant prometteuse. A Vienne, des diplomates européens
ont jugé « inacceptable » une éventuelle réouverture des négociations
nucléaires avec Téhéran tant que l’Iran ne suspendrait pas toutes
ses activités de production de combustible nucléaire. « Non,
en aucune façon l’UE3 ne pourra dans le contexte actuel accéder
à une demande iranienne de réouverture des négociations », a
déclaré un diplomate de l’un de ces trois pays représentant
l’Union européenne dans ce dossier. Un autre diplomate de l’UE3
a également jugé « difficile » d’imaginer une reprise des négociations
actuellement. Les Européens ont déclaré qu’avec les Américains,
ils œuvreraient à une saisine du Conseil de sécurité si les
Iraniens ne revenaient pas à une suspension totale.
Quant aux Etats-Unis, ils se sont refusé à
tout commentaire sur l’offre formelle iranienne. Un porte-parole
du département d’Etat, Justin Higgins, s’est borné à répéter
: « Si Téhéran convertissait de nouvelles quantités d’uranium,
ceci serait un nouveau pas qui conduirait l’Iran dans la mauvaise
direction et ne ferait qu’isoler davantage ce pays dans la communauté
internationale ».
Cette offre intervient alors que Téhéran se
retrouve de plus en plus en mauvaise posture face à la communauté
internationale, notamment en raison de l’appel lancé la semaine
dernière par le président Mahmoud Ahmadinejad de « rayer Israël
de la carte ». Ainsi, le secrétaire général des Nations-Unies,
Kofi Annan, a dû renoncer à une visite officielle prévue en
Iran, qui devait avoir lieu mi-novembre, devant la polémique
née à la suite de cet appel, qui avait suscité la consternation
et la condamnation de M. Annan, comme étant contraire à la Charte
des Nations-Unies. Israël s’est félicité de la décision de Kofi
Annan de renoncer à la visite prévue en Iran : « Une visite
officielle en Iran par le secrétaire général de l’Onu ne ferait
que récompenser un homme qui vient de menacer le peuple juif
d’un génocide », a déclaré un démocrate américain.
Avec le report de la visite du secrétaire général
des Nations-Unies, l’Iran vient de recevoir l’avertissement
le plus clair contre le risque d’un retour à l’isolement international
que le durcissement du régime et l’antisionisme de son président
lui font courir .