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Iran. La République islamique a adressé cette semaine deux signaux opposés à la communauté internationale : offre à l’UE de rouvrir le dialogue sur le nucléaire et décision de convertir de nouvelles quantités d’uranium.
Offres contradictoires
A moins de trois semaines d’une nouvelle réunion importante de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), l’Iran a proposé, dimanche dernier, à l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (UE3), de reprendre le dialogue sur son dossier nucléaire, tout en lançant de nouveaux signes de défi à la communauté internationale. En effet, quelques heures avant cet appel, la République islamique avait annoncé qu’elle allait convertir de nouvelles quantités d’uranium, une activité dont la reprise en août dernier avait précisément provoqué la rupture des négociations. Or, non seulement l’Iran compte convertir davantage d’uranium, mais il affirme aussi sa détermination à passer au stade ultérieur à la conversion, l’enrichissement proprement dit, en autorisant, jeudi, la recherche d’investisseurs iraniens ou étrangers pour mener à bien cette activité qui inquiète encore plus l’Union Européenne (UE) et la communauté internationale.

Cet appel à la reprise du dialogue est en effet la première démarche formelle iranienne entreprise auprès de l’UE3 par le nouveau responsable iranien chargé du nucléaire, Ali Larijani, réputé comme un dur, depuis qu’il a repris le dossier au pragmatique Hassan Rohani, qui avait maintenu le dialogue avec les Européens pendant deux ans, jusqu’en août. Tout en préconisant le dialogue, Ali Larijani a insisté dans sa lettre aux Européens « sur la nécessité pour l’Iran d’exercer ses droits légitimes et de voir ses intérêts nationaux garantis ». L’Iran refuse de transiger sur la conversion. Il se déclare seulement prêt à négocier les conditions d’un redémarrage de l’enrichissement à proprement parler. « Nous n’abandonnerons jamais notre droit au cycle du combustible », a déclaré devant la presse le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi.

Dans une tentative de calmer une communauté internationale inquiète, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a assuré, vendredi, lors d’un prêche, que l’Iran n’attaquerait aucun pays. « Nous ne commettrons d’agressions à l’égard d’aucune nation. Mais si ceux qui recherchent le pouvoir veulent violer les droits de notre nation, elle ne tolérera l’oppression de personne, ni d’aucun pouvoir », a-t-il menacé.

Les négociations entre l’Iran et l’UE3 ont été rompues en août dernier, quand la République islamique a repris la conversion d’uranium au moment où le président ultra-conservateur, Mahmoud Ahmadinejad, accédait à la présidence. En convertissant effectivement de nouvelles quantités d’uranium, l’Iran ferait fi de la menace de se retrouver devant le Conseil de sécurité de l’Onu, à l’issue d’une nouvelle réunion de l’AIEA qui s’ouvrira le 24 novembre. Un tel renvoi apparaît, toutefois, peu probable lors de cette réunion, la Russie y étant hostile et les Iraniens venant de donner aux inspecteurs de l’AIEA des informations et l’accès au site suspect de Parchine qu’ils leur refusaient jusqu’à présent.

Inquiétude et suspicion

La réaction européenne à l’offre iranienne n’est pas pourtant prometteuse. A Vienne, des diplomates européens ont jugé « inacceptable » une éventuelle réouverture des négociations nucléaires avec Téhéran tant que l’Iran ne suspendrait pas toutes ses activités de production de combustible nucléaire. « Non, en aucune façon l’UE3 ne pourra dans le contexte actuel accéder à une demande iranienne de réouverture des négociations », a déclaré un diplomate de l’un de ces trois pays représentant l’Union européenne dans ce dossier. Un autre diplomate de l’UE3 a également jugé « difficile » d’imaginer une reprise des négociations actuellement. Les Européens ont déclaré qu’avec les Américains, ils œuvreraient à une saisine du Conseil de sécurité si les Iraniens ne revenaient pas à une suspension totale.

Quant aux Etats-Unis, ils se sont refusé à tout commentaire sur l’offre formelle iranienne. Un porte-parole du département d’Etat, Justin Higgins, s’est borné à répéter : « Si Téhéran convertissait de nouvelles quantités d’uranium, ceci serait un nouveau pas qui conduirait l’Iran dans la mauvaise direction et ne ferait qu’isoler davantage ce pays dans la communauté internationale ».

Cette offre intervient alors que Téhéran se retrouve de plus en plus en mauvaise posture face à la communauté internationale, notamment en raison de l’appel lancé la semaine dernière par le président Mahmoud Ahmadinejad de « rayer Israël de la carte ». Ainsi, le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, a dû renoncer à une visite officielle prévue en Iran, qui devait avoir lieu mi-novembre, devant la polémique née à la suite de cet appel, qui avait suscité la consternation et la condamnation de M. Annan, comme étant contraire à la Charte des Nations-Unies. Israël s’est félicité de la décision de Kofi Annan de renoncer à la visite prévue en Iran : « Une visite officielle en Iran par le secrétaire général de l’Onu ne ferait que récompenser un homme qui vient de menacer le peuple juif d’un génocide », a déclaré un démocrate américain.

Avec le report de la visite du secrétaire général des Nations-Unies, l’Iran vient de recevoir l’avertissement le plus clair contre le risque d’un retour à l’isolement international que le durcissement du régime et l’antisionisme de son président lui font courir .

Maha Al-Cherbini

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