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Syrie. Le Hezbollah et l’Iran affichent leur appui au régime qui se dit déterminé à coopérer avec la commission internationale d’enquête sur l’assassinat de Rafiq Hariri.
Téhéran au secours de Damas

Alors que les appels internationaux se multiplient, exhortant Damas à coopérer davantage avec la commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de Rafiq Hariri, le parti chiite libanais pro-iranien Hezbollah a lancé lundi une violente campagne contre le rapport de cette commission, affirmant qu’Israël en a pris connaissance avant l’Onu.

« Le ministre des Affaires étrangères de l’ennemi israélien, Sylvan Shalom, a pris connaissance du rapport Mehlis avant le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan », a déclaré le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, cité par la presse. « Accuser la Syrie et la condamner sans preuves dans un crime qui a affecté le Liban et la région est une attitude motivée par des desseins politiques », a-t-il ajouté. « Ce plan politique vise à mettre le Liban et toute la région (du Proche-Orient) sous la tutelle américano-sioniste. La vérité sur l’assassinat de Rafiq Hariri s’éloignera alors comme un mirage », a-t-il dit.

Cette violente diatribe contre le rapport du magistrat allemand Detlev Mehlis va à l’encontre de la position officielle du gouvernement libanais, dont le Hezbollah fait partie, et qui avait estimé que le rapport de l’Onu répondait aux espérances des Libanais.

Elle intervient alors que l’Iran a renouvelé son soutien à la Syrie estimant que les pressions exercées sur elle sont « inacceptables ». L’Iran a apporté dimanche un soutien appuyé à la Syrie en butte comme lui à des pressions. « Nous soutenons la Syrie sans aucun doute possible, la Syrie est notre amie », a déclaré dimanche le porte-parole des Affaires étrangères, Hamid Reza Assefi, dans la première réaction officielle à l’adoption de la résolution 1 636.

« Les pressions sur la Syrie sont inacceptables, elles ont surtout des motivations politiques », a-t-il dit.

L’Iran a ainsi réaffirmé à son principal allié dans la région un soutien inchangé après l’adoption, fin octobre, par le Conseil de sécurité de l’Onu d’une résolution sommant la Syrie de coopérer à l’enquête internationale sur l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri et évoquant la possibilité « d’autres mesures » si Damas ne collabore pas. « Comme le peuple et le gouvernement libanais et comme la famille Hariri, nous voulons le châtiment des criminels, mais les résolutions ne doivent pas être politisées », a dit M. Assefi. Il a dénoncé « l’oppression » israélienne, à l’œuvre selon lui dans cette affaire.

Téhéran et Damas, visés par des sanctions américaines, sont soumis à un surcroît de pressions, l’Iran à cause de ses activités nucléaires, la Syrie pour son rôle présumé dans l’assassinat de Hariri, et les deux à cause de leur soutien au Hezbollah chiite libanais et de leur rôle allégué en Iraq. Ces pressions se sont encore accrues sur l’Iran après l’appel du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad à « rayer Israël de la carte ». Elles ont valu à l’Iran une réprimande du Conseil de sécurité qui a condamné ses déclarations le 28 octobre dernier.


L’enquête à pied d’œuvre

La Syrie a reçu une demande de Detlev Mehlis qui préside la commission d’enquête internationale pour « interroger des Syriens », a annoncé lundi un responsable du ministère des Affaires étrangères.

Le responsable syrien n’a pas révélé l’identité et le nombre de Syriens qui seraient interrogés, ni le lieu de leur éventuel interrogatoire. Mais, selon des journaux libanais, la commission d’enquête de l’Onu veut interroger six officiers syriens, dont un proche du président syrien Bachar Al-Assad.

D’après le quotidien libanais An-Nahar, les six officiers sont : Assef Chawkat, beau-frère de M. Assad et chef des services de renseignement militaire, Bahjat Soulieman, ancien chef des services de renseignement intérieur, l’ancien chef des services de renseignement militaire au Liban, Roustom Ghazalé, et son adjoint à Beyrouth, Jameh Jameh.

Les noms de ces quatre officiers syriens ont été cités dans une version confidentielle du rapport de Mehlis, publié le 20 octobre et qui accusait la Syrie de ne pas coopérer.

Les deux autres officiers, mentionnés par An-Nahar, sont le chef de la section Palestine, Abed Al-Karim Abbass et le spécialiste des télécommunications et de l’Internet Zafer Al-Youssef.

Le journal arabe publié à Londres Al-Hayat, qui cite les mêmes noms, rapporte que Mehlis veut interroger les six officiers en son lieu de résidence, à Monteverde, à l’est de Beyrouth. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, avait affirmé jeudi que Mehlis pourrait interroger « tous les responsables syriens ».

Damas qui n’a pas d’autre solution que d’apporter sa coopération à la commission Mehlis, dont le mandat a été prolongé jusqu’au 15 décembre, tente de manifester sa bonne volonté. Ce faisant, la commission d’enquête syrienne a demandé à toute personne ayant des informations sur l’assassinat de prendre contact avec elle. Elle a pour cela fait paraître des numéros de téléphone et de fax et une adresse située à Mazzeh, un quartier ouest de Damas, où elle peut être jointe.

La commission syrienne est appelée à « coopérer avec la commission de l’Onu et avec les autorités judiciaires libanaises » sur l’assassinat de Rafiq Hariri, tué le 14 février dans un attentat à Beyrouth, a indiqué sa présidente, Ghada Mourad. Elle a précisé qu’elle allait entamer « l’interrogatoire de citoyens syriens, civils ou militaires, sur tout ce qui est en relation avec la mission de la commission d’enquête » des Nations-Unies.

Cette commission a été créée la semaine dernière par un décret du président Bachar Al-Assad après que M. Mehlis eut évoqué dans son rapport le 20 octobre dernier l’implication de hauts responsables de la sécurité syrienne dont certains sont des proches du président Assad.

Par ailleurs, un quotidien officiel syrien a appelé dimanche à la création d’une « instance juridico-pénale », internationale ou régionale, afin d’évaluer la neutralité de Detlev Mehlis.

« Cette instance serait utile pour l’enquête, dont l’objectif est de parvenir à la vérité » concernant l’assassinat de Rafiq Hariri, a écrit le directeur du journal As-Saoura, Faïez Sayegh.

« Que faire si la Syrie apporte sa totale coopération, et si Mehlis estime ensuite qu’elle n’a pas coopéré, qu’il répète (ce qu’il a dit) devant le Conseil de sécurité sur la non coopération de Damas ? », s’est interrogé M. Sayegh.

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