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Polémique . Les mesures draconiennes prises récemment par l’Organisme des Palais de la culture bloquent toute activité. Chacun de ces centres attend son tour pour être restauré et la bureaucratie est montrée du bout du doigt.

Les répliques d’un incendie

Un état de désordre sur la scène culturelle. A la suite de l’incendie survenu en septembre dernier à Béni-Souef, les responsables de l’Organisme des Palais de la culture viennent d’approuver une série de résolutions qui ne sont pas sans semer des divergences. Les milieux artistiques sont en rogne et la question de la bureaucratie est de nouveau remise sur le tapis.

Une dizaine parmi les directeurs de ces palais ont décidé de soumettre une requête au nouveau président de l’Organisme des Palais de la culture, Ahmad Nawar, qui vient de rentrer en fonction. Ils y revendiquent la reprise des activités culturelles dans leurs établissements, suspendues par précaution depuis l’incendie. De même, ils réclament d’ouvrir un débat sérieux quant aux problèmes dont souffrent leurs palais et maisons de la culture.

Une situation qui témoigne de l’état d’incertitude qui prévaut dans ce domaine. « Nous vivons une vraie catastrophe, surtout après l’incendie du théâtre à Béni-Souef, en septembre dernier », lance le critique Walid Seif, directeur du Palais du cinéma au Caire.

Au lendemain du drame de Béni-Souef, qui a fait une cinquantaine de victimes, le ministre de la Culture, Farouk Hosni, a décidé de former un comité d’experts, avec comme but de réévaluer l’état des bâtiments des palais de la culture afin d’éviter les futures catastrophes.

« L’Organisme des Palais de la culture nous a demandé de nous adresser à plusieurs administrations, dont la défense civile et les sapeurs-pompiers, pour effectuer les rapports techniques nécessaires. Malheureusement, leurs rapports ont exigé des conditions draconiennes et leurs remarques ne sont pas en mesure d’être appliquées en Egypte », s’insurge Walid Seif, soulignant que la plupart de ces mesures concernent l’infrastructure des bâtiments, construits auparavant par l’Etat.

« On a formellement soumis les rapports à l’administration chargée du maintien des palais de la culture, afin de commencer leur restauration. Cependant, rien n’a été fait jusqu’à maintenant. Résultat : nous avons annulé nos programmes, pour ne pas prendre le risque de travailler sans permission », ajoute-t-il.

La même plainte est partagée par Mohamad Karam, responsable des palais de la culture dans le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh. Il juge en effet que ces centres sont les vraies victimes de l’accident de Béni-Souef et refuse de payer pour les autres. « Ce n’est pas juste que le palais de la culture que je gère ferme ses portes au moins pour 3 ou 4 ans, les habitants seront privés de leur droit d’accéder à la culture », dit Karam.

L’Organisme des Palais de la culture vient en effet de donner des directives « verbales » à ses responsables afin de bloquer leurs activités jusqu’à l’application des mesures exigées par la défense civile. Voire, il les oblige à signer un engagement écrit d’arrêter leurs programmes, sinon ils seront les seuls responsables en cas d’accidents.


Les paradoxes de l’administration

Dans d’autres cas, tout à fait contraires, ce sont les directeurs des palais de la culture qui refusent de poursuivre leurs programmes. Tel est le cas du palais de la culture de Qaha. Sa directrice, Zahira Al-Husseini, a refusé d’accueillir une troupe théâtrale qui était censée donner un spectacle où l’on utilise des bougies parmi le décor. Et a déploré l’état délabré du bâtiment. Presque le même scénario a été de mise à Béheira.

« Malgré la longue liste de mesures dressées par la défense civile, je viens de recevoir la semaine dernière une demande de la part de l’Organisme des Palais de la culture afin de permettre à une troupe théâtrale de se produire, deux soirées d’affilée, sur les planches de notre théâtre. J’ai refusé fermement, pour ne pas assumer la responsabilité », raconte Abdel-Wahab Taha, l’un des responsables du palais à Béheira.

Le mécontentement bat son plein quant à l’état des lieux actuel. « Que les palais spécialisés dépendent des secteurs de leurs gouvernorats au lieu de l’administration des palais spécialisés, est la décision la plus dangereuse de toutes », dénonce Galal Abdel-Latif, directeur du palais de la culture de Kafr Al-Chorafa pour l’artisanat. Et d’ajouter : « Cette résolution nous fait régresser. C’est un retour de 20 ans en arrière. Partout dans le monde, ce genre d’édifices spécialisés est aidé et encouragé par l’Etat ». Et de continuer : « Au profit de qui intervient cette décision ? On nous prive de nos privilèges administratifs et l’on bouleverse tout le système sans nous consulter ».

Autre problème, celui des huit palais « spécialisés ». Leurs directeurs préparent eux aussi une pétition afin de mettre un terme à un nouveau statut qui les rend dépendants de leurs gouvernorats. Les responsables de ces palais, créés dans les années 1990 par le ministre de la Culture Farouk Hosni, et qui s’occupent chacun d’un secteur d’activités, veulent plutôt rester affiliés à l’administration des palais spécialisés de l’Organisme des Palais de la culture. Cela leur permet, disent-ils, d’avoir une plus grande autonomie et par la suite un plus grand essor.

La dernière décision visant à annuler le statut particulier des huit palais spécialisés cherche à « traiter tous les palais de la culture sur un pied d’égalité sans en privilégier aucun ». Loin de cette justification peu convaincante, le dossier est actuellement entre les mains du président de l’Organisme des Palais de la culture, qui devra prendre sa décision au plus vite. Autrement, le chaos pourra dégénérer. Le désaccord entre les intellectuels et les responsables de la culture risque de s’aggraver.

Yasser Moheb

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