Il
est étonnant que l’essence de la plasticité de
la gigantesque projection de photos tenue en plein
air, sur un écran d’une quinzaine de mètres environ,
sur la place de la Bibliothèque d’Alexandrie (BA),
échappe aux passants. Il s’agit d’exposer à chaque
fois une photo, composée d’un cercle divisé horizontalement
par des lignes dont les couleurs changent chaque
jour, sur l’écran vers huit heures du soir, pour
être supprimée à l’aube. L’affaire satisfait les
gardiens de la Bibliothèque, mais les piétons
ou les passants motorisés pensent que cette projection
numérique sert juste de décor aux murs de la BA.
Les
photos sont abstraites, mais en harmonie avec
l’architecture de la BA. Cependant, on se demande
à quoi se réfère leur symbolique.
D’après
Tim Otto Roth : « La projection numérique de formes
circulaires et abstraites nous rappelle les motifs
orientaux des époques antiques. Les pierres qui
forment une mosaïque ou des nœuds inspirés des
tapis orientaux ne sont qu’une partie d’une structure
rendue rigide par de simples lois mathématiques.
Ainsi, elles anticipaient sur les pixels de l’ordinateur
».
L’idée
de la projection, intitulée Le Carrefour des civilisations,
est de transcrire la continuité des anciennes
traditions artistiques et scientifiques à travers
une technique moderne qu’est la photo numérique.
Le titre même de l’exposition l’indique. Imachination
est un néologisme fait de la fusion entre image
et machine, qui renvoie par sa phonétique au mot
imagination.
Le
cercle composant la photo et la façon avec laquelle
il se colore renvoient également à la découverte
du « Pi » par Archimède. Au fil des jours, les
lignes découpant le cercle se colorent graduellement
à travers la fameuse théorie d’Archimède selon
laquelle le rapport qu’entretient la circonférence
avec son diamètre est de 3,14 m. Ainsi, les couleurs
pourraient varier à l’infini.
Un
autre rapport se profile de la sorte en filigrane
entre les anciennes techniques et les modes de
pensée, et la culture numérique de notre ère.
L’architecte norvégien Snohetta a en fait mis
un plan pour la Bibliothèque qui lie l’architecture
occidentale à des éléments de nature orientale
que le grand mur circulaire tient à l’unisson.
L’Allemand Tim Roth, quant à lui, pense que sa
projection Imachination établit un lien esthétique
entre le bâtiment cylindrique de la bibliothèque
(les salles de lecture), le bâtiment circulaire
de l’auditorium et le mur triangulaire de la grande
salle de conférences sur lequel se tient la projection
numérique. Le cercle qu’il privilégie par-dessus
le tout ne rappelle-t-il pas le mouvement rotatif
et éternel de la terre ?.