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Fonctionnaires. Après un an d’étude, le gouvernement a décidé de mettre en application une décision qui vise à lutter contre la pléthore. On leur propose de travailler à mi-temps contre une réduction des salaires. Une manière détournée d’alléger le fardeau financier de l’Etat et de les orienter vers d’autres activités.

Mi- Temps Contre Pléthore

« Travaillez à mi-temps et restez chez vous le reste de la semaine, c’est mieux ainsi ! ». Telle est la formule que le gouvernement tente de mettre en vigueur. Les fonctionnaires sont si nombreux que l’on ne sait plus quoi en faire. La direction de la circulation est sans doute l’institution qui les prend le plus en grippe puisqu’ils sont la source d’embouteillages monstrueux, souvent difficiles à gérer. En effet, il y aurait un fonctionnaire pour 4 citoyens. Selon les chiffres des derniers rapports du ministère du Développement administratif, le nombre de fonctionnaires a augmenté au cours des 25 dernières années. Alors qu’en 1970 on en comptait seulement 931 000, le chiffre a grimpé à 2,22 millions en 1980 et actuellement, il est de 5,67 millions. Le hic, c’est que les 5,6 millions de fonctionnaires représentent environ les 50 % de la population active. Et comme l’on ne peut pas accorder des dizaines d’années sabbatiques à tous, ni les licencier, on n’a pas trouvé mieux que de leur proposer de travailler à mi-temps afin d’alléger les charges financières du budget de l’Etat.

Remous dans les bureaux et les administrations publiques. On ne parle plus que de cette nouvelle décision promulguée récemment par le premier ministre Ahmad Nazif. Autrement dit, tous les fonctionnaires sans exception peuvent travailler dorénavant deux jours par semaine. Quand les jours ouvrables à l’institution sont de cinq, on propose au fonctionnaire des formules de travail à mi-temps : deux jours contre 60 % du salaire mensuel et 3 jours contre 75 %. Et lorsque les jours ouvrables sont de 6 jours, les employés peuvent choisir de travailler 2 jours par semaine contre la moitié de leur salaire, ou 3 jours contre 65 %. De plus, les primes seront réparties selon le même taux et le nombre de jours travaillés. Faire d’une pierre deux coups, c’est ce que le gouvernement tente d’entreprendre pour remédier au problème du sureffectif dans les administrations publiques, devenues une grande charge financière pour l’Etat, « soit 43 milliards de L.E. d’émoluments par an. C’est aussi donner l’occasion aux fonctionnaires de créer des projets ou d’avoir une opportunité de travail ailleurs, comme dans le secteur privé », explique Ahmad Chalabi, responsable au ministère du Développement administratif. Il précise que cette décision a été bien étudiée car d’après le sondage effectué par l’Organisme de l’information et de la prise de décision, 61 % des fonctionnaires soutiennent cette mesure de travail à mi-temps, surtout les femmes. Mais la plupart demande à ce que l’on retranche seulement 20 % de leurs salaires. L’argument présenté est que les salaires du secteur public sont modiques. Le couple Nadia et Ramzi est parmi ceux qui ont apprécié ce travail à temps réduit. « Ballottée que j’étais entre mon travail et les corvées ménagères, je ne savais plus où donner de la tête. Un mois et demi après mon accouchement, j’ai dû reprendre le travail pour des raisons de service et je n’avais personne pour garder mon bébé. Ce fut bien dur pour moi », dit Nadia, fonctionnaire au ministère de l’Agriculture, tout en étant impatiente de connaître la date d’application de ce décret, même si tous les ministères en ont été informés. Nadia s’apprête à formuler sa demande de travail à temps réduit. Elle affirme que ce nouveau système est un cadeau du ciel. Elle qui avait du mal à sacrifier sa carrière après la naissance de son troisième enfant, étant donné que son salaire a toujours servi à équilibrer le budget familial. Nadia ne peut se permettre de faire une demande de congé sans solde car n’ayant pas les moyens de verser une somme exorbitante pour les assurances sociales. Quant à son mari, Ramzi, employé au ministère des Transports le matin, il travaille le soir dans un bureau de comptabilité, de 16h à 21h. « Je quitte mon poste du matin vers 15h. Je dois faire en sorte de ne pas être en retard à mon second boulot à cause des moyens de transport. Je n’ai plus cette pause de deux heures dont je profitais auparavant », se plaint-il. Il ajoute qu’il ne peut se permettre de démissionner de son second emploi, ni même se décider à prendre une retraite anticipée car il risque d’être privé d’une grande partie de sa pension. Ramzi, qui est père de famille, est arrivé tout de même à s’organiser en trouvant un peu de temps pour se reposer ou sortir le soir sans se soucier d’un lendemain toujours plus chargé.


Joindre la sécurité au gain

Quant à Fatma, cadre supérieur au gouvernorat du Caire, elle préfère voir le bon côté des choses. Selon elle, non seulement cette décision de loi est favorable aux femmes, mais aussi à deux autres catégories de fonctionnaires. « La première concerne les jeunes employés qui perçoivent un salaire modique et veulent garder leur poste dans le service public, et en même temps pouvoir créer des projets pour augmenter leurs revenus ou se faire recruter dans le secteur privé. La deuxième catégorie regroupe les travailleurs de plus de 50 ans et dont les salaires ne peuvent plus être augmentés, ou dont la santé est fragile », explique-t-elle, tout en ajoutant que dans le cas où le fonctionnaire désire reprendre ses fonctions à plein temps, sa demande est acceptée d’office. Elle pense que dans les services qui souffrent de pléthore, les fonctionnaires s’entassent dans les bureaux sans avoir une tâche précise à accomplir. Ce système de travail peut, selon elle, mettre un terme aux absences non justifiées des employés qui cumulent deux fonctions à la fois, chose illégale dans le règlement du travail. « Les fonctionnaires égyptiens ne sont pas accablés par le travail. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), alors que la semaine de travail d’un fonctionnaire est en moyenne de 40 heures, en Egypte, le taux de productivité d’un employé dans un service gouvernemental ne dépasse pas les 27 minutes par jour sans compter les congés autorisés. Et si l’on offre davantage de temps libre aux fonctionnaires, ces derniers n’auront pas besoin de s’absenter pour se rendre à un autre boulot », explique-t-elle, tout en relatant l’histoire d’un jeune diplômé de la faculté de communication également fonctionnaire au département des informations dans le gouvernorat d’Assiout, qui est venu rencontrer le gouverneur pour lui demander un congé sans solde. Quelle ne fut la surprise en apprenant que ce jeune homme venait d’être recruté il y a juste une semaine. « Pourquoi commencer ma carrière en m’absentant sans justification ? J’ai garanti un boulot stable dans la fonction publique et je vais chercher mon intérêt ailleurs », dit-il tout en ajoutant que son père possède une épicerie et a besoin de son aide. Chose qui ne doit pas surprendre, puisque, selon un sondage établi par le Centre d’information et de prise de décision, 48 % des citoyens égyptiens préfèrent travailler à la fonction publique avec des salaires modiques mais nettement plus sûrs par rapport au secteur privé en plus de la couverture sociale.


Un chômage déguisé

Et bien que cette mesure prévoie des solutions pour certaines catégories, beaucoup de citoyens se montrent critiques, la considérant comme du chômage déguisé. Saber, employé au ministère de la Main-d’œuvre, ne veut pas servir de cobaye. « Les faiseurs de lois n’ont pas suffisamment étudié le problème de sorte à assurer un équilibre entre les salaires perçus et le coût de la vie. De plus, est-il logique d’encourager un fonctionnaire à travailler dans le secteur privé alors qu’il a déjà un emploi et que la plupart des diplômés sont en chômage ? », se demande Saber, tout en poursuivant : « Cette décision ne rime à rien, elle s’oppose même à l’égalité des chances entre les citoyens ».

Karima, fonctionnaire depuis vingt ans au ministère de l’Approvisionnement, refuse de travailler à mi-temps, car elle pense que son salaire de 600 L.E. nmérite pas d’être réduit de moitié. « L’Etat veut uniquement se débarrasser des légions de fonctionnaires qui travaillent déjà très peu et qui sont improductifs. Il espère par une telle mesure encourager un certain nombre de fonctionnaires à travailler dans le secteur privé. Or, ce dernier est déjà incapable d’absorber les jeunes diplômés. Ce qui a aggravé le problème du chômage. N’est-ce pas que la situation actuelle est due au fait que l’Etat a été obligé, ces vingt dernières années, de recruter un certain nombre de jeunes diplômés afin de remédier à l’incapacité du secteur privé de le faire », indique-t-elle.

Selon Hamdi Abdel-Azim, professeur de gestion et d’administration à l’Université de Hélouan, cette initiative ne serait efficace que si elle n’est pas accompagnée de plusieurs facilités qui encourageraient les fonctionnaires à travailler à mi-temps. D’autant que ceux qui en profiteront ne jouiront pas de certains privilèges, puisque les primes et les pensions de retraite diminueront. « Il faudrait donc encourager davantage les fonctionnaires en leur fournissant d’autres privilèges, surtout que cette même expérience a été appliquée sur les femmes fonctionnaires et a échoué. Celles-ci ayant découvert qu’elles allaient perdre beaucoup d’argent. Pourquoi cette mesure ne serait-elle pas accompagnée d’un système qui facilite aux fonctionnaires l’obtention de crédits auprès du Fonds social pour le développement afin de créer des projets privés ? », dit-il. Le public, quant à lui, est inquiet de peur que les services prodigués par la fonction publique, difficiles à obtenir en un temps record, ne soient encore ralentis davantage. « Comment vont-ils s’organiser pour le travail, d’autant plus que le fonctionnaire ne respecte pas ses heures de travail ? Je crains une grande confusion ... », lance Yasser, médecin .

Chahinaz Gheith

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