Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Société

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Couples. De plus en plus de femmes de plus de 50 ans ont recours au kholea, ce droit de divorce accordé à la femme moyennant abandon de tous ses droits, et osent quitter leur mari en dépit des traditions et du regard de la société. Focus.

Ras-le-bol de femmes mûres

Elle vient de fêter ses 50 ans de mariage, elle se présente devant le juge du tribunal de la famille, à Tanta, pour exiger le kholea (droit de divorce accordé à la femme moyennant abandon de tous ses droits). Le juge, comprenant que la relation entre cette femme et son mari ne peut plus durer, accorde le kholea. Fayza, âgée de 85 ans, n’est pas du tout embarrassée par les reproches de ses enfants ou petits-enfants, ni par le regard de la société face à son désir de quitter son mari à cet âge. En effet, elle ne pensait qu’à une chose : le quitter avant de mourir pour ne pas le retrouver au paradis ... « Il m’en a fait voir de toutes les couleurs et j’ai supporté toutes ces années, mais après être tombée malade et sentant ma mort proche, j’ai insisté pour m’en séparer car j’ai appris qu’au paradis, on rejoint l’homme qui a toujours partagé notre vie », dit Fayza qui, après avoir obtenu son divorce, se sent prête à mourir en paix, sûre de ne plus le rencontrer dans l’au-delà. Le mari, quant à lui, a toujours refusé de la répudier. Et il était d’ailleurs convaincu que la nature conservatrice de son épouse l’empêcherait de demander le divorce. Mais Fayza tient rancune à son mari, qui l’a souvent délaissée et même trompée, 8 fois selon elle, durant ces longues années de mariage.

Le cas de Fayza n’est pas unique. Selon Abdallah Baga, président du tribunal de la famille d’Héliopolis et de Madinet Nasr, à son niveau sur le total des procès de kholea intentés, 10 % le sont par des femmes qui ont dépassé la soixantaine. Baga affirme que le recours au kholea est devenu courant, car il règle les problèmes de ces femmes dont le divorce n’a jamais été possible. Et pour beaucoup d’entre elles, notamment celles qui ont dépassé la soixantaine, il aide à réaliser ce souhait tant formulé mais toujours refusé au moment où elles sentent la mort approcher.

« J’ai choisi la tranquillité pour ce qui me reste à vivre, je n’ai pas failli à mes devoirs envers mes enfants, encore moins envers mon mari, avec lequel j’ai vécu une vie horrible pendant 35 ans. J’ai réalisé à un moment donné que je ne pouvais plus continuer et qu’il fallait le quitter », commente Amal, 67 ans, femme au foyer, qui vient de gagner un procès de kholea. Cette dernière avoue qu’elle n’a jamais aimé son mari au caractère difficile. Et si elle ne l’a pas quitté, c’est pour ses enfants. « Depuis son opération qui l’a rendu impuissant, il a transformé ma vie en cauchemar, m’accusant de le trahir avec d’autres hommes », explique-t-elle. Et maintenant que les enfants d’Amal sont mariés, personne ne peut l’empêcher de retrouver enfin sa liberté.

« Une femme reste une femme à n’importe quel âge, mais voir des grands-mères demander le kholea est dû à des raisons psychologiques et sociales », explique la sociologue Hala Mansour. Elle précise que ces femmes réclament tout simplement leurs droits, alors que la société attend d’elles toujours des sacrifices. En temps normal, lorsque la femme demande le kholea à un âge avancé, cela signifie qu’elle a été très malheureuse. Mais les coutumes et traditions, ainsi que les enfants, l’obligent à supporter sa condition. La raison avancée étant toujours la même : préserver le foyer coûte que coûte. Et lorsque les enfants grandissent, on exige de cette mère d’endurer encore pour ne pas provoquer de choc à la progéniture et à son entourage. « Ainsi va la vie, chacun cherche son bien-être mais c’est toujours la femme qui doit faire des sacrifices », dit Hala Mansour. Selon elle, cependant, les temps changent, puisque la société accepte certaines choses comme le statut de femme divorcée ou de vieille fille. Cela a encouragé beaucoup de femmes tyrannisées à chercher à vivre le troisième âge loin de l’oppression. De plus, la situation financière des femmes, devenues plus indépendantes, et les postes importants qu’elles occupent, ont beaucoup aidé à changer certains préjugés.


Les effets de la retraite

Mais toutes les femmes qui demandent le kholea à un âge avancé n’ont pas forcément eu de problèmes toute leur vie avec leur mari. Il se peut qu’un changement soudain se soit produit suite à des conditions de vie difficiles ou à l’état psychologique d’un des conjoints. D’après Mohamad Ghanem, professeur de psychiatrie à l’Université d’Al-Azhar, l’âge de la retraite est tout simplement un élément très important dans le bouleversement de la vie. Le rythme de vie qui change soudainement modifie beaucoup de choses, et si la personne se laisse aller, l’état d’âme se détériore et les caractères changent.

C’est le cas d’Amani, 70 ans, qui a vécu une histoire d’amour avec son mari, dont 40 ans de mariage heureux. Mais après la retraite, son mari s’est soudainement transformé, refusant visiblement de vieillir. « Au début, j’étais très heureuse, par la suite il s’est transformé en adolescent draguant n’importe quelle jeune fille de l’âge de ses nièces. J’ai quand même supporté, car je l’aime, mais par la suite, il a offusqué mes fils en courtisant leurs secrétaires, alors j’ai décidé de le quitter », dit Amani, en ajoutant qu’elle a choisi de rompre avec son mari pour préserver la vie familiale de ses enfants loin de ce vieux fou, bien qu’elle l’aime encore.

Ghanem ajoute que la ménopause peut provoquer des changements dans la personnalité si la femme elle-même et les gens qui l’entourent, surtout le mari, ne comprennent pas de telles transformations biologiques. « C’est une période critique pour la femme, et parfois au lieu de la soutenir, on l’attaque et la traite de vieille femme, ce qui peut la pousser à demander le kholea pour refaire sa vie peut-être avec un homme plus jeune qu’elle », dit Ghanem. Il ajoute que dans ce cas, le psychiatre peut jouer un rôle positif, mais pour effacer les traces laissées par des années de dépression et d’ignorance de soi, il faut d’abord sensibiliser la société et insister sur l’importance qu’une femme ait des droits comme des devoirs. « Peut-être que le grand nombre de procès de kholea intentés par des femmes âgées est un indice que la société est en train de changer », dit Ghanem .

Hanaa Al-Mekkawi

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631