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vient de fêter ses 50 ans de mariage, elle se présente devant
le juge du tribunal de la famille, à Tanta, pour exiger le kholea
(droit de divorce accordé à la femme moyennant abandon de tous
ses droits). Le juge, comprenant que la relation entre cette
femme et son mari ne peut plus durer, accorde le kholea. Fayza,
âgée de 85 ans, n’est pas du tout embarrassée par les reproches
de ses enfants ou petits-enfants, ni par le regard de la société
face à son désir de quitter son mari à cet âge. En effet, elle
ne pensait qu’à une chose : le quitter avant de mourir pour
ne pas le retrouver au paradis ... « Il m’en a fait voir de
toutes les couleurs et j’ai supporté toutes ces années, mais
après être tombée malade et sentant ma mort proche, j’ai insisté
pour m’en séparer car j’ai appris qu’au paradis, on rejoint
l’homme qui a toujours partagé notre vie », dit Fayza qui, après
avoir obtenu son divorce, se sent prête à mourir en paix, sûre
de ne plus le rencontrer dans l’au-delà. Le mari, quant à lui,
a toujours refusé de la répudier. Et il était d’ailleurs convaincu
que la nature conservatrice de son épouse l’empêcherait de demander
le divorce. Mais Fayza tient rancune à son mari, qui l’a souvent
délaissée et même trompée, 8 fois selon elle, durant ces longues
années de mariage.
Le
cas de Fayza n’est pas unique. Selon Abdallah Baga, président
du tribunal de la famille d’Héliopolis et de Madinet Nasr, à
son niveau sur le total des procès de kholea intentés, 10 %
le sont par des femmes qui ont dépassé la soixantaine. Baga
affirme que le recours au kholea est devenu courant, car il
règle les problèmes de ces femmes dont le divorce n’a jamais
été possible. Et pour beaucoup d’entre elles, notamment celles
qui ont dépassé la soixantaine, il aide à réaliser ce souhait
tant formulé mais toujours refusé au moment où elles sentent
la mort approcher.
«
J’ai choisi la tranquillité pour ce qui me reste à vivre, je
n’ai pas failli à mes devoirs envers mes enfants, encore moins
envers mon mari, avec lequel j’ai vécu une vie horrible pendant
35 ans. J’ai réalisé à un moment donné que je ne pouvais plus
continuer et qu’il fallait le quitter », commente Amal, 67 ans,
femme au foyer, qui vient de gagner un procès de kholea. Cette
dernière avoue qu’elle n’a jamais aimé son mari au caractère
difficile. Et si elle ne l’a pas quitté, c’est pour ses enfants.
« Depuis son opération qui l’a rendu impuissant, il a transformé
ma vie en cauchemar, m’accusant de le trahir avec d’autres hommes
», explique-t-elle. Et maintenant que les enfants d’Amal sont
mariés, personne ne peut l’empêcher de retrouver enfin sa liberté.
«
Une femme reste une femme à n’importe quel âge, mais voir des
grands-mères demander le kholea est dû à des raisons psychologiques
et sociales », explique la sociologue Hala Mansour. Elle précise
que ces femmes réclament tout simplement leurs droits, alors
que la société attend d’elles toujours des sacrifices. En temps
normal, lorsque la femme demande le kholea à un âge avancé,
cela signifie qu’elle a été très malheureuse. Mais les coutumes
et traditions, ainsi que les enfants, l’obligent à supporter
sa condition. La raison avancée étant toujours la même : préserver
le foyer coûte que coûte. Et lorsque les enfants grandissent,
on exige de cette mère d’endurer encore pour ne pas provoquer
de choc à la progéniture et à son entourage. « Ainsi va la vie,
chacun cherche son bien-être mais c’est toujours la femme qui
doit faire des sacrifices », dit Hala Mansour. Selon elle, cependant,
les temps changent, puisque la société accepte certaines choses
comme le statut de femme divorcée ou de vieille fille. Cela
a encouragé beaucoup de femmes tyrannisées à chercher à vivre
le troisième âge loin de l’oppression. De plus, la situation
financière des femmes, devenues plus indépendantes, et les postes
importants qu’elles occupent, ont beaucoup aidé à changer certains
préjugés.
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Mais
toutes les femmes qui demandent le kholea à un âge avancé
n’ont pas forcément eu de problèmes toute leur vie avec leur
mari. Il se peut qu’un changement soudain se soit produit
suite à des conditions de vie difficiles ou à l’état psychologique
d’un des conjoints. D’après Mohamad Ghanem, professeur de
psychiatrie à l’Université d’Al-Azhar, l’âge de la retraite
est tout simplement un élément très important dans le bouleversement
de la vie. Le rythme de vie qui change soudainement modifie
beaucoup de choses, et si la personne se laisse aller, l’état
d’âme se détériore et les caractères changent.
C’est
le cas d’Amani, 70 ans, qui a vécu une histoire d’amour avec
son mari, dont 40 ans de mariage heureux. Mais après la retraite,
son mari s’est soudainement transformé, refusant visiblement
de vieillir. « Au début, j’étais très heureuse, par la suite
il s’est transformé en adolescent draguant n’importe quelle
jeune fille de l’âge de ses nièces. J’ai quand même supporté,
car je l’aime, mais par la suite, il a offusqué mes fils en
courtisant leurs secrétaires, alors j’ai décidé de le quitter
», dit Amani, en ajoutant qu’elle a choisi de rompre avec
son mari pour préserver la vie familiale de ses enfants loin
de ce vieux fou, bien qu’elle l’aime encore.
Ghanem
ajoute que la ménopause peut provoquer des changements dans
la personnalité si la femme elle-même et les gens qui l’entourent,
surtout le mari, ne comprennent pas de telles transformations
biologiques. « C’est une période critique pour la femme, et
parfois au lieu de la soutenir, on l’attaque et la traite
de vieille femme, ce qui peut la pousser à demander le kholea
pour refaire sa vie peut-être avec un homme plus jeune qu’elle
», dit Ghanem. Il ajoute que dans ce cas, le psychiatre peut
jouer un rôle positif, mais pour effacer les traces laissées
par des années de dépression et d’ignorance de soi, il faut
d’abord sensibiliser la société et insister sur l’importance
qu’une femme ait des droits comme des devoirs. « Peut-être
que le grand nombre de procès de kholea intentés par des femmes
âgées est un indice que la société est en train de changer
», dit Ghanem .
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