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L’avenir de l’Iraq
Abdallah Al-Achaal
Ancien ambassadeur et professeur de droit international

Loin des défis que la Conférence de la réconciliation a relevés dans la réalité iraqienne, celle-ci a dévoilé de nombreux aspects importants. Parmi eux, il y a l’intérêt grandissant porté par le monde arabe au calvaire iraqien. Les allocutions prononcées lors de l’inauguration par les responsables arabes sont prometteuses vu la division qui prévalait dans les positions des différentes délégations jusqu’alors. Certains pensent que le problème de l’Iraq réside dans l’insécurité à cause du terrorisme et qu’il faut absolument y mettre un terme. Alors que d’autres estiment que le problème majeur de l’Iraq est fondamentalement l’occupation américaine. Il était clair dès le départ, que la nation arabe avait la responsabilité de rapprocher les Iraqiens sur des fondements qui garantissent l’unité et l’intégrité territoriales du pays. Il s’agit avant tout de faire prévaloir l’intérêt de l’Iraq aux dépens de toutes les considérations ethniques. Au terme du communiqué final, la détente a finalement prévalu sur les lieux, accompagnée toutefois d’une inquiétude relative à l’application sur le terrain de ces recommandations. Le président iraqien a déclaré avant la session finale son intention de rencontrer les acteurs de la résistance qui sont disposés à coopérer avec lui. Mais les Etats-Unis et leurs alliés ont à l’évidence refusé cette proposition. D’ailleurs, ceci s’avère être une des missions les plus difficiles dans son application si on considère que le fait de rétablir le calme dans la rue iraqienne est le préambule à un règlement en Iraq. Il est évident que le monde arabe doit essayer non seulement de rapprocher les discours kurde, chiite et sunnite d’autant plus que la distance qui les sépare est grande. Mais il doit également prendre sous sa protection un Iraq « meurtri » pour éviter qu’il ne soit la source de séditions et de catastrophes. En effet, le comité arabe chargé des affaires iraqiennes, sans oublier le secrétaire général de la Ligue arabe, ont déployé un gros effort pour parvenir à cette réconciliation. Bien entendu, cette conférence n’a pas eu l’effet magique de transformer l’Iraq du jour au lendemain en territoire pacifié, mais elle est surtout le prélude à une autre conférence prévue en mars prochain. Les parties arabes sont à l’unanimité d’accord sur la réussite de la conférence. Mais le secrétaire général de l’Organisation panarabe, de son côté, a manifesté beaucoup de réserve et a mis en garde, de peur qu’un excès d’optimisme ne prévale, surtout que c’est la première fois que les Iraqiens s’entretiennent en tête-à-tête autour d’une même table, échangent les avis sur les dossiers sensibles et s’expriment de manière claire.

Il est indispensable de parler d’un point essentiel : les obstacles au niveau de l’exécution concrète des recommandations. Et il serait bénéfique avant de passer à cela d’évaluer la conférence selon les points de vue des différentes parties. Pour les chiites et les Kurdes, la conférence a satisfait les sunnites, surtout en ce qui concerne le chapitre de la participation aux élections. D’ailleurs, la conférence a tenu à enregistrer l’attachement de tous à un seul Iraq démocrate « fédéral », tel qu’il a été mentionné dans le préambule du communiqué final qui a été ratifié sous réserve des sunnites. Le communiqué a parlé également de la résistance comme un droit pour tous les peuples, sans préciser l’Iraq. La position chiite et kurde a mis l’accent sur le multiconfessionnalisme de l’Iraq, qui, à la base, est une formule de la Constitution ayant pour but de renforcer le fédéralisme. Et enfin, les chiites ont appelé les Arabes réunis à remplir leurs engagements. Les sunnites, eux, ont mis l’accent sur l’unité du pays, la résistance et la présence étrangère. Les sunnites n’ont pas omis de parler d’un retrait graduel des forces étrangères, qui seront remplacées par des forces nationales iraqiennes bien entraînées comme cela a été mentionné dans le communiqué final. Il est vrai que le seul acquis des sunnites est d’avoir confirmé le principe de la résistance, mais ils approuvent cependant la formule du communiqué final sur la nécessité de distinguer entre la résistance et le terrorisme. Toutes les factions iraqiennes sont d’accord sur le fait que les perturbations en Iraq sont une question fondamentale qu’il ne faut pas négliger et appuient l’idée d’une opération politique qui regrouperait les Iraqiens toutes tendances confondues. Nous avons pu remarquer que toutes les parties présentes ont évité de parler des opérations américaines dans les villes, qui se déroulent avec l’appui des forces de l’armée et de la police iraqiennes. Alors qu’elles étaient d’accord sur le danger de l’effusion de sang iraqien sans parler précisément des opérations américaines. Le souci partagé était bien sûr la condamnation des sévices et des tortures. D’un point de vue arabe, la conférence est une réussite, surtout qu’elle a su redonner à la réconciliation arabe son sens dans une épreuve difficile. A un moment où les efforts n’ont été déployés que lorsque la crise s’est trouvée à un tournant critique. Les Etats-Unis ont favorablement accueilli les résultats de cette conférence et n’ont pas trouvé d’inconvénient au lancement d’un dialogue entre le gouvernement iraqien et les rebelles. Il semble que tout ce qui leur importe, c’est de contrer la résistance et de faire progresser l’opération politique. A mon avis, la réussite de la réconciliation dépend de la proclamation d’un calendrier du retrait, ce qui pourrait provoquer un point d’achoppement à ce stade. D’autant plus que c’est le gouvernement iraqien qui a demandé au Conseil de sécurité de préserver les forces multinationales en Iraq. Il est évident, d’un autre côté, que la question du retrait de l’Iraq fait toujours l’objet d’une polémique aux Etats-Unis et que le Sénat n’est pas disposé à prendre position à l’écart de l’Administration américaine. Il est également difficile de faire aboutir la réconciliation si les opérations armées se poursuivent. L’arrêt des hostilités doit faire partie d’un plan global de retrait sous une supervision arabe et internationale. Une fois que le retrait sera annoncé, les forces américaines devront mettre un terme à toute activité militaire contre les villes iraqiennes, en contrepartie du cessez-le-feu de la résistance. On craint cependant que les incessants appels arabes dans la conférence à renforcer leur présence diplomatique et médiatique, et à entraîner les cadres sécuritaires soient une partie d’une conception visant à préserver le statu quo en Iraq. Mais tant que l’occupation persistera, le terrorisme et la résistance continueront, ainsi que l’extermination du peuple iraqien et la division de son territoire. Enfin, l’esprit de réconciliation qui s’est dégagé de cette conférence ne sera pas à lui seul suffisant pour éliminer les aspects de discorde. Mais c’est en tout cas un début si les ingrédients de la réussite existent. Cet esprit est pour autant suffisant pour éviter que l’Iraq ne soit entraîné dans une guerre civile qui renforcerait la discorde et justifierait l’occupation et le terrorisme.

Cette conférence met l’Iraq à la croisée des chemins. Nous devons à cet égard revenir sur ce que la résistance iraqienne répète toujours : elle n’a pas besoin qu’on reconnaisse sa légitimité parce qu’elle fait partie du quotidien iraqien. Cependant, il faut négliger complètement les voix disant que le fait de reconnaître la résistance est un prélude à la renaissance du régime de Saddam Hussein. D’autant plus qu’il existe une unanimité iraqienne sur le danger de certains Baassistes et hommes du régime et sur la légitimité de la résistance. Nous espérons que l’intérêt américain sera en accord avec la vision arabe consistant à sauver l’Iraq du danger.

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