Loin des défis que la Conférence
de la réconciliation a relevés dans la réalité
iraqienne, celle-ci a dévoilé de nombreux aspects
importants. Parmi eux, il y a l’intérêt grandissant
porté par le monde arabe au calvaire iraqien.
Les allocutions prononcées lors de l’inauguration
par les responsables arabes sont prometteuses
vu la division qui prévalait dans les positions
des différentes délégations jusqu’alors. Certains
pensent que le problème de l’Iraq réside dans
l’insécurité à cause du terrorisme et qu’il faut
absolument y mettre un terme. Alors que d’autres
estiment que le problème majeur de l’Iraq est
fondamentalement l’occupation américaine. Il était
clair dès le départ, que la nation arabe avait
la responsabilité de rapprocher les Iraqiens sur
des fondements qui garantissent l’unité et l’intégrité
territoriales du pays. Il s’agit avant tout de
faire prévaloir l’intérêt de l’Iraq aux dépens
de toutes les considérations ethniques. Au terme
du communiqué final, la détente a finalement prévalu
sur les lieux, accompagnée toutefois d’une inquiétude
relative à l’application sur le terrain de ces
recommandations. Le président iraqien a déclaré
avant la session finale son intention de rencontrer
les acteurs de la résistance qui sont disposés
à coopérer avec lui. Mais les Etats-Unis et leurs
alliés ont à l’évidence refusé cette proposition.
D’ailleurs, ceci s’avère être une des missions
les plus difficiles dans son application si on
considère que le fait de rétablir le calme dans
la rue iraqienne est le préambule à un règlement
en Iraq. Il est évident que le monde arabe doit
essayer non seulement de rapprocher les discours
kurde, chiite et sunnite d’autant plus que la
distance qui les sépare est grande. Mais il doit
également prendre sous sa protection un Iraq «
meurtri » pour éviter qu’il ne soit la source
de séditions et de catastrophes. En effet, le
comité arabe chargé des affaires iraqiennes, sans
oublier le secrétaire général de la Ligue arabe,
ont déployé un gros effort pour parvenir à cette
réconciliation. Bien entendu, cette conférence
n’a pas eu l’effet magique de transformer l’Iraq
du jour au lendemain en territoire pacifié, mais
elle est surtout le prélude à une autre conférence
prévue en mars prochain. Les parties arabes sont
à l’unanimité d’accord sur la réussite de la conférence.
Mais le secrétaire général de l’Organisation panarabe,
de son côté, a manifesté beaucoup de réserve et
a mis en garde, de peur qu’un excès d’optimisme
ne prévale, surtout que c’est la première fois
que les Iraqiens s’entretiennent en tête-à-tête
autour d’une même table, échangent les avis sur
les dossiers sensibles et s’expriment de manière
claire.
Il est indispensable de parler
d’un point essentiel : les obstacles au niveau
de l’exécution concrète des recommandations. Et
il serait bénéfique avant de passer à cela d’évaluer
la conférence selon les points de vue des différentes
parties. Pour les chiites et les Kurdes, la conférence
a satisfait les sunnites, surtout en ce qui concerne
le chapitre de la participation aux élections.
D’ailleurs, la conférence a tenu à enregistrer
l’attachement de tous à un seul Iraq démocrate
« fédéral », tel qu’il a été mentionné dans le
préambule du communiqué final qui a été ratifié
sous réserve des sunnites. Le communiqué a parlé
également de la résistance comme un droit pour
tous les peuples, sans préciser l’Iraq. La position
chiite et kurde a mis l’accent sur le multiconfessionnalisme
de l’Iraq, qui, à la base, est une formule de
la Constitution ayant pour but de renforcer le
fédéralisme. Et enfin, les chiites ont appelé
les Arabes réunis à remplir leurs engagements.
Les sunnites, eux, ont mis l’accent sur l’unité
du pays, la résistance et la présence étrangère.
Les sunnites n’ont pas omis de parler d’un retrait
graduel des forces étrangères, qui seront remplacées
par des forces nationales iraqiennes bien entraînées
comme cela a été mentionné dans le communiqué
final. Il est vrai que le seul acquis des sunnites
est d’avoir confirmé le principe de la résistance,
mais ils approuvent cependant la formule du communiqué
final sur la nécessité de distinguer entre la
résistance et le terrorisme. Toutes les factions
iraqiennes sont d’accord sur le fait que les perturbations
en Iraq sont une question fondamentale qu’il ne
faut pas négliger et appuient l’idée d’une opération
politique qui regrouperait les Iraqiens toutes
tendances confondues. Nous avons pu remarquer
que toutes les parties présentes ont évité de
parler des opérations américaines dans les villes,
qui se déroulent avec l’appui des forces de l’armée
et de la police iraqiennes. Alors qu’elles étaient
d’accord sur le danger de l’effusion de sang iraqien
sans parler précisément des opérations américaines.
Le souci partagé était bien sûr la condamnation
des sévices et des tortures. D’un point de vue
arabe, la conférence est une réussite, surtout
qu’elle a su redonner à la réconciliation arabe
son sens dans une épreuve difficile. A un moment
où les efforts n’ont été déployés que lorsque
la crise s’est trouvée à un tournant critique.
Les Etats-Unis ont favorablement accueilli les
résultats de cette conférence et n’ont pas trouvé
d’inconvénient au lancement d’un dialogue entre
le gouvernement iraqien et les rebelles. Il semble
que tout ce qui leur importe, c’est de contrer
la résistance et de faire progresser l’opération
politique. A mon avis, la réussite de la réconciliation
dépend de la proclamation d’un calendrier du retrait,
ce qui pourrait provoquer un point d’achoppement
à ce stade. D’autant plus que c’est le gouvernement
iraqien qui a demandé au Conseil de sécurité de
préserver les forces multinationales en Iraq.
Il est évident, d’un autre côté, que la question
du retrait de l’Iraq fait toujours l’objet d’une
polémique aux Etats-Unis et que le Sénat n’est
pas disposé à prendre position à l’écart de l’Administration
américaine. Il est également difficile de faire
aboutir la réconciliation si les opérations armées
se poursuivent. L’arrêt des hostilités doit faire
partie d’un plan global de retrait sous une supervision
arabe et internationale. Une fois que le retrait
sera annoncé, les forces américaines devront mettre
un terme à toute activité militaire contre les
villes iraqiennes, en contrepartie du cessez-le-feu
de la résistance. On craint cependant que les
incessants appels arabes dans la conférence à
renforcer leur présence diplomatique et médiatique,
et à entraîner les cadres sécuritaires soient
une partie d’une conception visant à préserver
le statu quo en Iraq. Mais tant que l’occupation
persistera, le terrorisme et la résistance continueront,
ainsi que l’extermination du peuple iraqien et
la division de son territoire. Enfin, l’esprit
de réconciliation qui s’est dégagé de cette conférence
ne sera pas à lui seul suffisant pour éliminer
les aspects de discorde. Mais c’est en tout cas
un début si les ingrédients de la réussite existent.
Cet esprit est pour autant suffisant pour éviter
que l’Iraq ne soit entraîné dans une guerre civile
qui renforcerait la discorde et justifierait l’occupation
et le terrorisme.
Cette conférence met l’Iraq à
la croisée des chemins. Nous devons à cet égard
revenir sur ce que la résistance iraqienne répète
toujours : elle n’a pas besoin qu’on reconnaisse
sa légitimité parce qu’elle fait partie du quotidien
iraqien. Cependant, il faut négliger complètement
les voix disant que le fait de reconnaître la
résistance est un prélude à la renaissance du
régime de Saddam Hussein. D’autant plus qu’il
existe une unanimité iraqienne sur le danger de
certains Baassistes et hommes du régime et sur
la légitimité de la résistance. Nous espérons
que l’intérêt américain sera en accord avec la
vision arabe consistant à sauver l’Iraq du danger.