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Euromed. La libéralisation du commerce entre l’UE et ses partenaires du Sud s’est effectuée à un rythme plus lent que celui de l’ensemble de l’économie mondiale.

Une prospérité pas encore partagée

Lorsqu’on parle argent, les choses deviennent parfois plus passionnantes. Le Processus de Barcelone a fait du partenariat économique et financier une de ses trois priorités au moment de son lancement. Un volet qui avait intéressé les deux partenaires Nord-Sud surtout lorsqu’il était question de « construire une zone de prospérité partagée ». Une zone de libre-échange euroméditerranéenne en 2010, un objectif aussi grandiose et tentant au moment où les autres points du volet économique ont été presque négligés. Ainsi, l’accord d’association entre l’Union Européenne (UE) et sept partenaires du Sud est entré en vigueur alors que les accords avec 3 pays (l’Algérie, le Liban et la Syrie) sont en cours de ratification.

Cependant, il faut mentionner que la ratification des accords d’association a souvent pris du retard. Dans la majorité des cas, il s’est écoulé plusieurs années entre la signature et la ratification. Et finalement, « la création d’une zone de libre-échange dans la Méditerranée n’aura pas lieu avant 2020 à cause du retard de la signature des accords d’association. En outre, la dimension régionale Sud-Sud du Processus de Barcelone n’a pas été développée », explique Ahmad Ghoneim, professeur d’économie à l’Université du Caire. Dans le même temps, le processus de Barcelone devrait encourager la libéralisation du commerce entre les pays du sud de la Méditerranée. Ce qui n’a pas eu lieu non plus. Le seul pas qui a été entrepris dans ce sens était la signature, en 2004, de l’accord d’Agadir, toujours pas en vigueur, entre l’Egypte, le Maroc, la Tunisie et la Jordanie. En général, les échanges commerciaux entre les pays du Sud ont légèrement évolué, passant de 4,4 % du total du commerce extérieur en 1995 à 5 % en 2003.

Ce constat de résultat négatif du Processus de Barcelone n’est pas totalement surprenant. La création d’une zone de libre-échange était le seul objectif à échéance dans la Déclaration de Barcelone. La libéralisation du commerce et l’ouverture des marchés des pays du sud de la Méditerranée étaient le point sur lequel les pays du Nord ont accordé de l’attention. Selon un rapport intitulé « 10 ans après Barcelone : Acquis et perspectives », élaboré par le FEMISE (Réseau euroméditerranéen regroupant plus de 80 instituts économiques indépendants chargés de l’analyse économique du Processus de Barcelone), « Barcelone propose un agenda clair en matière de baisse des tarifs uniquement ».


Une évolution au ralenti

Cependant, la libéralisation du commerce souffre de plus d’une défaillance. Tout d’abord, son rythme. On dit qu’elle était plus lente que prévu et n’a donc pas permis un vrai développement des échanges entre les deux parties. Samir Radwane, coauteur du rapport, explique qu’en évaluant le processus, on a constaté que les échanges commerciaux entre les deux rives de la Méditerranée ont augmenté mais pas suffisamment. Selon lui, « la libéralisation du commerce entre l’UE et ses partenaires du Sud s’est effectuée à un rythme relativement plus faible que l’ensemble de l’économie mondiale ». Déjà le rapport note que la baisse des droits de douane est plus remarquable pour les biens en provenance des Etats-Unis, alors que c’est entre les pays méditerranéens que les tarifs ont le moins diminué pour atteindre en moyenne 19,4 % en 2003, contre 14,5 % pour les produits provenant des Etats-Unis. Le développement des échanges s’est manifesté dans un contexte hautement asymétrique puisque l’UE compte pour près de 50 % des échanges extérieurs des pays du sud de la Méditerranée, alors que dans l’autre sens, ceci ne représente que 6 %. Ainsi, le déficit commercial des partenaires du Sud n’a pas cessé de se creuser. L’ouverture des marchés des pays du Sud devant les produits de l’UE serait l’une des raisons.

La baisse, voire l’abolition des droits de douane devant les produits industriels provenant des pays du Sud s’est accompagnée d’un recours accru à d’autres types de barrières à l’entrée des produits en provenance du Sud.

La prescription des droits spécifiques, des quotas, de droits antidumping, à titre d’exemple. « Les conditions qu’impose l’UE aux exportations sont parfois trop strictes. Les pommes de terre doivent avoir une forme et un volume précis ou la grappe de raisin ne doit pas dépasser une certaine longueur. Ce genre de mesures est beaucoup plus sérieux que les tarifs douaniers », assure Radwane. A cela, il faut ajouter la non évolution sur la question agricole. Les marchés des biens agricoles européens sont restés strictement protégés. Si les pays du Nord ont déployé tous les efforts pour la libéralisation des produits industriels, ils ont fait de même pour fermer leurs portes devant les produits agricoles provenant du Sud. Il est question de quotas et de normes sévères. Alors que l’agriculture est l’un des rares secteurs où les pays du Sud possèdent un vrai avantage et peuvent vraiment concurrencer et par la suite diminuer leur déficit commercial. Selon le rapport du FEMISE, cette affaire est probablement un des obstacles majeurs à la constitution d’un espace économique euroméditerranéen cohérent.

Si le Processus de Barcelone a parlé de « la construction d’une zone de prospérité partagée qui passe nécessairement par un développement socio-économique durable et équilibré et par l’amélioration des conditions de vie des populations, l’augmentation du niveau de l’emploi », la réalité est bien différente. Un rapport du Parlement européen relève que, « malgré les espérances au début du Processus de Barcelone, les pays partenaires n’ont pas bénéficié, en termes de bien-être économique. Ils demeurent dans une situation économique difficile, avec un taux de chômage très élevé et un niveau d’investissement faible » .

Marwa Hussein
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Deux visions différentes

Méfiance et malentendus ont entravé le développement des relations culturelles entre l’Europe et le monde arabe.

C’était un de ces jours de novembre en 1995, lesdits partenaires euroméditerranéens décident de lancer un partenariat dans les domaines social, culturel et humain ; une initiative ambitieuse qui devait jeter les bases d’une nouvelle relation Nord-Sud. Le but ultime en serait un « rapprochement et une compréhension » entre les peuples du Processus de Barcelone et une « amélioration de la perception mutuelle ». Un volet sur lequel les espoirs se sont braqués pour garantir une réussite sur les autres. Aujourd’hui, son bilan n’est pas tout à fait brillant. Il faut dire que tout à fait au départ, cette initiative avait suscité, du côté arabe, beaucoup d’interrogations. Dans cette région où l’on sait que l’Occident se méfie de sa culture et de ses traditions, on n’a pas arrêté de se demander quelles seront les caractéristiques des échanges culturels établis à l’intérieur de l’Union européenne ? S’agit-il d’une opération de fusion et d’homogénéisation, d’une reproduction de la culture européenne ou d’une reconnaissance réelle de la culture de l’autre ?

Dix ans après, la situation est encore plus ambiguë et ces questions restent toujours sans réponses même si l’on parle de certaines avancées en la matière. Des coopérations culturelles ont vu le jour depuis la première conférence Euromed Héritage, Euromed audiovisuel, et Euromed Jeunesse mais on est encore loin d’un véritable partenariat culturel et social. « Il s’est avéré que le volet culturel était le volet le plus faible. En dix ans, seuls une vingtaine de projets ont été lancés. Un chiffre qui manifeste clairement la faiblesse du processus d’échanges culturels entre les deux rives », commente Sahar Hammouda, professeur à la faculté de littérature de l’Université d’Alexandrie. D’ailleurs, ces projets, comme déplore Hammouda, étaient souvent des initiatives purement européennes presque entièrement préparées dans le Nord et ne débarquent au Sud que pour chercher un partenaire. Toute imagination arabe ou même méditerranéenne aurait été plus ou moins négligée. C’est que le mot culture lui-même est perçu différemment par les deux côtés : « Quand on prononce le mot culture, les Arabes entendent par cela la préservation du patrimoine. Pour les Européens, ce mot suscite d’autres intérêts, comme les droits de l’homme, la liberté de la pensée et de l’expression ».

Cette divergence aurait ainsi, selon Hammouda, élargi de plus en plus le fossé devant tout dialogue culturel possible. L’image n’est pas si sombre, selon Mohamad Awad, directeur du Centre des études méditerranéennes, Alexmed. Son centre a réalisé plusieurs projets sous la tutelle du partenariat euroméditerranéen dans le domaine de la préservation du patrimoine. Il regrette pour autant que cette collaboration ait été faite seulement au niveau des recherches scientifiques. « Les résultats de cette coopération avec les Européens n’ont pas pu parvenir à l’ensemble de la population puisque les recherches sont placées soit sur cédérom, soit sur des sites Internet », déplore-t-il. Si c’est banal pour les Européens de surfer facilement sur le Net, en Egypte comme dans la plupart des pays arabes, l’Internet n’est accessible qu’à une partie toujours minoritaire, même si elle est de plus en plus en expansion. Même pour la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, créée en avril 2005, et considérée comme la première réalisation commune, son rôle reste aussi sur la sellette. « Pourquoi ont-ils attendu dix ans pour penser à créer cette première institution au Sud, en lien avec la Bibliotheca Alexandrina ? », s’interroge Ahmad Al-Attar, cinéaste.

L’ombre de l’immigration

Moustapha Magdi, spécialiste au Centre des études arabes, va encore plus loin dans sa critique et affirme que la vision européenne du partenariat socioculturel a en premier lieu un objectif sécuritaire. N’ont-ils pas, par exemple, affirmé dans la Déclaration de Barcelone, en 1995, le renforcement de « la coopération par diverses mesures visant à prévenir et à combattre ensemble de façon plus efficace le terrorisme ? ». L’immigration aussi ?

« En réalité, le partenariat qu’entendent les Européens signifie propager la pensée européenne dans le monde arabe. Le sujet des immigrations dans les pays européens préoccupe beaucoup plus les Européens. Il vise à changer la mentalité des immigrants et des communautés arabe et islamique, afin de se rassurer qu’elles ne représentent aucun danger à la stabilité et la démocratie en Europe ». Mais en quoi ont-ils tort ? En tout cas, dans cette panoplie de reproches, l’Europe est aussi accusée d’avoir misé sur les gouvernements arabes et dans des moindres cas sur les organisations de la société civile de ces pays, alors qu’il s’est avéré, comme l’ont démontré les premiers tours des législatives égyptiennes, que ces deux parties restent totalement isolées de la population.

Selon Magdi, les gouvernements arabes sont accusés d’être des gouvernements totalitaires. Quant aux ONG, elles sont souvent en quête de financement européen, et sont connues pour être des organisations élitistes. Reste à croire que ce partenariat est en fait un portail pour assurer la normalisation avec Israël. « L’Europe, ce continent de tolérance, de libéralisme et des droits de l’homme, ne déploie pas de réels efforts pour récupérer les droits des Palestiniens alors qu’elle ne rate aucune occasion pour tenter de pousser les Arabes à normaliser leurs relations avec Israël ». « Le village de l’amitié », un centre international fondé par l’Euromed visant la formation d’une société multiculturelle. Ce centre a pour but d’établir des relations entre jeunes Arabes et jeunes juifs en Israël, éliminant comme ils prétendent les conflits nés des différences culturelles/religieuses. Elles constituent le thème essentiel de ce village. Ce centre rassemblera 54 responsables de mouvements de jeunes d’Israël, arabes et juifs, de Turquie, de Belgique, de France et du Royaume-Uni. Les Européens partagent eux aussi ce même point de vue. Thierry Fabre, représentant pour la France de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, estime que « le partenariat euroméditerranéen doit être refondé, et la dimension culturelle plus encore, au risque sinon de rester sur des projets de circonstance et une vision néocoloniale du partenariat, un partenariat sans véritables partenaires » .

Aliaa Al-Korachi

 

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