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Secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa fait le bilan des dix ans du Processus de Barcelone, qui viennent d'être célébrés lors d'un sommet tenu cette semaine en Espagne.
« Nous n'acceptons pas que les Européens nous imposent leur définition du terrorisme »
Barcelone,
De notre envoyée spéciale —
Al-ahram hebdo : Peut-on parler d'un échec de la conférence de Barcelone, qui a célébré les dix ans du processus de coopération euroméditerranéen, étant donné l'absence de la plupart des dirigeants arabes ?

Amr Moussa : Il n'est dans l'intérêt de personne de dire qu'il y a eu échec du Processus de Barcelone. Car il s'agit du seul processus qui a émergé des négociations et des accords conclus par les partenaires du Nord et du Sud de la Méditerranée. Nous avons contribué et aidé à l'élaboration d’un ensemble comprenant les pays du Processus de Barcelone. Ce qui n'a pas été le cas des autres projets et des autres initiatives ayant rapport au Moyen-Orient, qui nous sont tombés du ciel et dont nous avons pris connaissance par les journaux (ndlr : Projet américain du Grand Moyen-Orient). Il est vrai que l'initiative de l'Euromed présente des « carottes » destinées à créer des attraits pour les partenaires du Sud, mais l'important est que l'essence du processus est le résultant des accords et d'une entente entre les parties du Nord comme celles du Sud.

Pour cette raison, nous devons considérer cette célébration du 10e anniversaire du Processus de Barcelone non comme étant le simple passage de dix ans depuis que ce processus a été lancé, mais plutôt comme étant la préparation aux prochaines dix années. Pour cette raison, nous ne devons pas avoir peur de discuter et de traiter les divergences existant entre nous. Puis, il faut aussi admettre que le bilan des dix dernières années est quand même positif. Le Processus de Barcelone ne doit pas nécessairement parvenir à tous ses objectifs. En fait, ce que nous craignions dans la période passée était justement que ce processus s'affaiblisse au point de finir par disparaître totalement. Mais les principes et l'idée lancée par Barcelone ont heureusement survécu les dix dernières années.

— Mais nombreux sont ceux qui parlent aujourd'hui d'un manque d'intérêt quasi total de la part du monde arabe ...

— Les deux parties aussi bien européenne qu'arabe se sont pendant longtemps échangées ce genre d'accusations. A un certain moment, nous avons dit aux Européens qu'ils n'étaient pas suffisamment intéressés et engagés dans le processus, et qu'ils se tournaient vers d'autres directions. On a vu des réunions où la participation des ministres arabes était massive, alors que du côté européen il n'y avait personne. Aujourd'hui, chacune des deux parties accuse l'autre. Mais tout cela est lié plus que tout autre chose à des circonstances bien précises. Personnellement, j'aurais sûrement souhaité qu'il y ait une meilleure représentation et participation arabes, mais il faut dire que l'absence ou du moins la faible présence arabe ne veut pas dire qu'il y a un désintérêt de la part des Arabes au Processus de Barcelone.

— Mais quelle est alors l'explication que vous donnez à la faible participation arabe ?

— Il faut dire que chaque pays arabe a des raisons propres pour ne pas être là. Et je ne peux pas donner une explication ou une raison précise.

— Quelles sont les divergences entre les parties arabe et européenne ?

— Les divergences n'ont lieu que lorsque nous avons affaire au volet politique et ceci en plus de certaines questions liées aux réformes politiques, sur lesquelles parfois les représentants du Sud ne se sentent pas très à l'aise. Toutes les divergences sont liées à la vision sur un certain nombre de points et c'est pour cette raison qu'ils retournent aux négociations. J'ai appris aujourd'hui de mes collègues arabes que la présidence européenne a voulu imposer aux Arabes un certain nombre de points qu'ils ont refusés. Certains Européens sont allés jusqu'à vouloir donner un droit de veto à Israël sur les propositions arabes. Nous leur avons dit que ceci était sûrement impossible. C'est pour cette fois que je répète encore une fois que chaque fois que les pays arabes unifient leurs positions, il devient très difficile de nous imposer quoi que se soit. La même chose est arrivée ici à Barcelone et grâce à notre unité nous avons réussi à changer un texte qui ne nous convainc pas. Tout cela prouve que lorsque nous nous mettons d'accord entre nous, nos positions sont fortes et ont de l'influence.

— Plus concrètement ?

— Ce sont trois ou quatre points dont le premier est sans doute la tentative de la part des Européens de nous imposer leur définition du terrorisme. Ceci est inacceptable pour nous, car ils tentent de faire l'amalgame entre terrorisme et résistance. Pour nous, la résistance à l'occupation est un droit légitime des peuples. Nous ne sommes pas non plus d'accord avec quelques-unes de leurs positions ou lecture de la question du Moyen-Orient. Mais sur cette dernière, nous avons pu surmonter nos divergences et sommes parvenus à un accord. Finalement, il y a aussi certaines de leurs demandes sur la question de l'immigration.

— Et quels sont les points des convergences entre les parties ?

— Il y a sans doute nombre de points de convergences, notamment lorsque nous prenons l'initiative du président Zapatero sur l'Alliance des civilisations. Je pense que cette réunion est une excellente occasion pour mettre en valeur des questions comme celle de la zone de libre-échange dans la région de la Méditerranée qui devra être accomplie et lancée en 2010. Ce sont là des points que nous considérons comme étant positifs et sur lesquels il n'y a pas de divergences.

— Qu'en est-il du fossé culturel entre le Nord et le Sud qui prend de plus en plus de l'ampleur et que faut-il faire pour traiter cette question de manière adéquate ?

— L'initiative du premier ministre Zapatero sur l'Alliance des civilisations est la très bienvenue dans ce sens car elle tente de traiter, ne serait-ce qu'un peu, cette question si vaste. C'est pour cette raison que nous mettons en valeur et même célébrons cette initiative à l'occasion du dixième anniversaire du Processus de Barcelone. Car il y a très peu de temps, le volet culturel de ce processus était presque inactif. Désormais, celui-ci sera guidé par l'idée d'Alliance de civilisations et je pense qu'un de ses mécanismes pourra être entre autres la Fondation Anna Lindh, basée à Alexandrie. Nous devons nous investir plus dans ce volet, le propager et l'intensifier le plus possible.

Propos recueillis par

Randa Achmawi

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