Vêtements
d’occasion . Le ministre de l’Industrie veut rendre
effective l’interdiction de leur importation, en vigueur
depuis 1991. Reportage à Wékalet Al-Balah, haut lieu de
ce commerce au Caire. |
Le
début de la fin d’un business |
Il
est midi. L’animation bat son plein autour des petits
magasins situés tout le long des ruelles de Wékalet Al-Balah,
quartier cairote connu pour ses vendeurs de vêtements
d’occasion importés, et de qualités diverses. Dans la
rue principale, sont exposés des tas de pantalons, pull-overs,
robes et manteaux de goûts divers. Tout semble normal,
comme si rien ne menaçait ce commerce très rentable.
Seulement,
les habitués de la place remarquent la mauvaise humeur
des commerçants. Et cela depuis que le ministre de l’Industrie
et du Commerce extérieur, Rachid Mohamad Rachid, a pris
la décision d’appliquer à la lettre l’interdiction, à
partir du mois de décembre, de l’importation de l’habillement
de seconde main (la fripe), remontant à 1991. Depuis cette
date, ces vêtements n’ont en effet cessé d’entrer dans
le pays, majoritairement à partir de Port-Saïd, sous la
qualification de dons humanitaires. Les responsables ne
possèdent donc aucun chiffre concernant ce commerce et
comptent mettre fin à cette économie parallèle. En contrepartie
de cette décision, Rachid a cependant ouvert la porte
aux importations de prêt-à-porter, en imposant une taxe
unifiée de 40 % sur l’habillement. Tout cela pousse Mohamad
Ismaïl, un grand commerçant du quartier à s’insurger :
« Les stocks de nos marchandises d’hiver sont énormes.
Comment allons-nous les écouler si cette décision devient
effective alors que le climat commence à peine à se rafraîchir
? ».
Wékalet
Al-Balah est fréquenté par toutes les classes sociales.
Une voiture de marque Mercedes vient ainsi de se garer
devant un modeste magasin repeint à neuf. Magda Chahine,
femme de la haute bourgeoise, est une cliente régulière.
A chaque début de saison, elle vient acheter des vêtements
signés et d’occasion. Elle dépense à chaque visite environ
1 000 L.E. « Une somme qui me permettrait d’acheter à
peine deux pièces dans une boutique huppée. Le marché
de Wékalet Al-Balah est une caverne d’Ali Baba qu’on doit
défendre. Il serait dommage de le fermer, d’autant plus
qu’il répond aux besoins de toutes les classes sociales
», dit-elle. Juste en face, un autre magasin, tout aussi
modeste, est fréquenté par une clientèle jeune et beaucoup
moins aisée. |
Commerçants
inquiets
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La
décision du ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur
n’est pas sans inquiéter Hassan Abdel-Salam, propriétaire
d’un magasin : « Il faut prendre en considération les
milliers de commerces ouverts grâce à ce marché énorme.
Moi, je gagne environ 1 000 L.E. en moyenne par jour.
Une somme qui double pendant les fêtes. Qu’est-ce que
je vais devenir si on interdit mon activité ? », se demande
Abdel-Salam, qui emploie aussi quatre personnes pour l’aider.
Rami Hanna, un autre commerçant du quartier, enrage. «
Le gouvernement ne s’attaque qu’aux plus démunis. Ce marché
est la seule possibilité pour un fonctionnaire qui touche
600 L.E. par mois d’habiller sa famille. Un pantalon à
50 L.E., un gilet à 35 L.E., c’est abordable. Sans nous,
comment pourra-t-il se débrouiller ? ».
Mohamad
Ismaïl redoute également de perdre sa clientèle. Propriétaire
de nombreux magasins, il estime que pour satisfaire les
besoins des clients les moins aisés, il va devoir dorénavant
acheter les imitations locales de jeans ou T-shirt pour
survivre. « Il existe plein d’ateliers au Caire qui produisent
ces imitations et les vendent bon marché », explique-t-il.
Cependant, cette qualité ne pourra convenir à une clientèle
aisée à la recherche d’étiquettes européennes et américaines
connues comme Etam ou Esprit. « 80 % de mes clients sont
très riches. Un grand nombre de stars de cinéma ou de
télévision viennent s’approvisionner chez moi ». Ismaïl
accuse le ministre du Commerce d’avoir pris cette décision
en faveur d’une poignée d’hommes d’affaires proches du
gouvernement. « Ceux-ci veulent activer leur production
locale qui ne trouve pas assez de clientèle à cause de
leurs prix trop élevés », juge-t-il. Mohamad Ismaïl estime
malgré tout qu’on ne ressentira pas les effets négatifs
de la décision tout de suite. « Je pense qu’on nous permettra
au moins d’écouler nos stocks. Nos problèmes commenceront
au printemps », dit-il. |
Dahlia
Réda |
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Une
mesure en faveur des producteurs locaux |
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Prise
le 7 novembre, la décision du ministre du Commerce, Rachid
Mohamad Rachid, d’interdire l’entrée des vêtements de
seconde main en Egypte s’inscrit dans le cadre de la promulgation
du nouveau règlement concernant l’importation et l’exportation
du prêt-à-porter. Malgré de nombreuses tentatives antérieures,
le gouvernement n’a jamais réussi à mettre fin à l’introduction
de ces marchandises. Rachid compte cette fois-ci sur le
renforcement du contrôle à tous les points d’entrée, et
surtout Port-Saïd.
Le
nouveau règlement permet aussi l’importation de prêt-à-porter
moyennant une taxe de 40 %. Une mesure que salue Magdi
Tolba, président du Conseil des exportations du prêt-à-porter.
Elle aura, selon lui, un effet positif sur la production
locale, puisqu’elle créera un climat de concurrence sur
le marché entre les produits locaux et ceux importés,
en matière de qualité et de prix. Pour lui, l’interdiction
des importations en habillement de seconde main va dans
le même sens, puisqu’elle « activera la production locale
des petits et moyens projets de textile et de prêt-à-porter,
de qualité moyenne ». Fouad Hodrog, investisseur libanais
et propriétaire de la société Bella Donna, spécialisée
dans le prêt-à-porter pour femmes, partage cette opinion,
soulignant qu’il existe « un grand nombre d’ateliers à
côté de mon usine à Mariotiya (sud du Caire) qui pourront
combler les besoins des classes démunies ».
Louis
Bichara, propriétaire de la maison de couture Marie-Louis,
estime que cette décision aidera à orienter les Egyptiens
vers les produits locaux, notamment ceux de marques. «
Tout ce qui manque pour que notre production locale soit
concurrentielle est de réduire un peu le prix ou créer
d’autres collections qui satisfassent les catégories moins
aisées de consommateurs », souligne-t-il. Mais la question
qui se pose actuellement est de savoir si les clients
de Wékalet Al-Balah seront satisfaits de se rabattre sur
la production locale. De leur côté, les commerçants de
la Wékala baisseront-ils les bras ou trouveront-ils la
parade ?.
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