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Sharon
et les législatives égyptiennes
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Mohamed Sid-Ahmed
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Il
est certain que Sharon exploitera les conjonctures pour le moins
agitées qui s’étendent sur tout le Moyen-Orient afin de consolider
au maximum la position d’Israël et aussi pour lancer une offensive
diplomatique dans l’objectif d’imposer ses positions sur toute
la région. L’attaque s’adressera surtout à l’Egypte, qui témoigne
d’une bataille électorale acharnée sans précédent dans l’histoire
contemporaine du pays, précisément depuis la Révolution du 23
Juillet 1952.
On a assisté à de flagrants délits de fraude
électorale. La situation est extrêmement sensible, car elle
concerne un candidat proche du président Moubarak, le Dr Moustapha
Al-Fiqi. Les organismes concernés, en s’adressant à Washington,
essaient de nier l’incident. Cependant, c’est le juge Noha Al-Zeini,
vice-présidente du Parquet administratif chargé de la supervision
des élections dans la circonscription de Damanhour, qui a fait
part de son témoignage. L’incident a eu de vastes échos. En
effet, 127 juges, présidents des sous-comités qui ont participé
à la supervision des élections dans les 160 sous-comités d’élections
de la circonscription de Damanhour, ont confirmé le témoignage
d’Al-Zeini. En effet, ceux-ci ont prouvé documents à l’appui
qu’Al-Fiqi n’a obtenu que 8 606 voix, contre 24 611 voix pour
son adversaire, le Dr Gamal Heshmat, le candidat des Frères
musulmans.
Maintenant, alors que la question est tranchée,
quelles sont les éventualités ? Il est possible, évidemment,
que Moustapha Al-Fiqi prenne l’initiative de présenter sa démission.
Une telle initiative sera favorablement accueillie par la rue
égyptienne, surtout si elle survient rapidement. En effet, Noha
Al-Zeini, en prenant l’initiative courageuse de déposer sa plainte,
expose sa vie à un danger certain. Moustapha Al-Fiqi s’exposera
lui aussi à de nombreux dangers en prouvant qu’il place l’intérêt
public au-dessus de sa sécurité personnelle.
D’autres éventualités se présentent. Il est
possible de faire retomber la responsabilité sur Al-Fiqi afin
que le parti au pouvoir, le PND, échappe aux répercussions qui
peuvent en découler. Il est aussi possible de faire retomber
la responsabilité sur les Frères musulmans. Dans les deux cas,
la solution politique acceptée par toutes les parties sera la
meilleure.
Notons que la falsification de la volonté des
électeurs est une opération indivisible. Sa répercussion ne
se limite pas à un seul candidat. Elle est à même de rendre
caduc tout le processus électoral qui englobe tout le processus
de vote.
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Sharon prend l’initiative
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Quelque temps avant les élections égyptiennes,
Sharon a déclaré son retrait du secteur de Gaza. Pour certains,
cette mesure semblait représenter une concession de la part
de Sharon. Mais, au contraire, ce dernier a maintes fois répété
que le retrait de Gaza et de quatre petites villes de la Cisjordanie
était le dernier. Ce, alors que les Palestiniens insistent sur
le fait que ce retrait est le premier d’une longue série. Aux
yeux de Sharon, le retrait de Gaza est une mesure sécuritaire
alors qu’aux yeux des Palestiniens, c’est une mesure politique.
La différence est énorme entre ces deux théories. Elles sont
même diamétralement opposées.
Sharon, en se retirant de Gaza, a tranché d’une
manière créative sa relation avec son adversaire à la direction
du Likoud, Benyamin Netanyahu. Au lieu de laisser ce dernier
exercer ses fonctions de ministre, Sharon lui a adressé un défi
: qu’il renonce à une grande partie de ses opinions surtout
en ce qui concerne son refus du retrait israélien de Gaza ou
qu’il présente sa démission !
C’est ainsi que Sharon a réussi à transformer
Netanyahu d’un adversaire dangereux en un opposant mis hors
de l’arène. Sharon a fondé un nouveau parti qu’il a qualifié
comme appartenant à la droite modérée, se débarrassant ainsi
de ses adversaires de la droite dure aussi bien que de la gauche.
Ceci ne s’applique pas à son adjoint dans l’ancien gouvernement
de coalition, Shimon Pérès. En effet, Sharon et Pérès ont des
opinions différentes, du fait qu’ils président deux partis différents,
mais ils se complètent aussi. C’est-à-dire que Pérès représente
pour Sharon une valve de sécurité à gauche, et par conséquent
un élément complémentaire et non concurrentiel !
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Une question tripartite
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Une question importante déterminera le destin
de la région : Quelle sera la relation entre les trois parties
: l’Egypte, Israël et la Palestine ? De cette question en découlent
de nombreuses autres : la contradiction la plus aiguë sera-t-elle
entre Israël et la Palestine ? L’ouverture du passage de Rafah
et la détermination des premières frontières palestiniennes
réduiront-elles l’ampleur de cette contradiction, ou bien le
contraire ? La nomination de Maarouf Al-Baghit, l’ex-président
des services de la sécurité nationale, au poste de chef du gouvernement
jordanien, auquel le roi Abdallah II a demandé de lancer une
guerre sans pitié contre les groupes terroristes, indique-t-elle
que la contradiction la plus aiguë sera avec le courant religieux
? Et les élections égyptiennes joueront-elles un rôle crucial
dans ce domaine ? En effet, la percée inattendue des membres
de la confrérie des Frères musulmans aux législatives égyptiennes
aura un rôle non négligeable. Et qu’en est-il des conjonctures
encore inquiétantes en Iraq à la suite de la rencontre des différentes
parties au Caire qui ont réalisé qu’il était encore difficile
de parvenir à un rapprochement satisfaisant ?
Sharon a réussi à affaiblir la droite et la
gauche en Israël et à paraître comme l’unique décideur des orientations
politiques israéliennes. D’où l’importance majeure de la cohésion
du front interne arabe. Est-il possible de surmonter l’hostilité
avec les Frères ? Ou serons-nous victimes des pressions exercées
sur les régimes arabes qui proviennent de la rue politique égyptienne
aussi bien que de la communauté internationale ?
Partant, nous devons nous attendre à un conflit
acharné au sein des partis au pouvoir en Egypte et ailleurs,
surtout dans des circonstances où les règles du jeu ont été
violées, où le respect de la loi a été négligé et où le conflit
entre l’ancienne garde et la nouvelle garde a pris des dimensions
considérables, entre les partisans de la réforme et ceux prônant
le statu quo des conjonctures existantes. Nous devons aussi
peut-être nous attendre à l’apparition d’indices inquiétants
menaçant le déclenchement d’une guerre civile dans plusieurs
pays de la région.
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