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Législatives. Le deuxième tour de la deuxième phase des élections dans le gouvernorat d’Alexandrie a été marqué par la fraude et l’intervention des forces de sécurité contre les Frères. Reportage.
Nerfs à vif à Alexandrie

Samedi 26 novembre. Il est 7h du matin. La tension se sent à Alexandrie, ville paisible du littoral nord, où la présence des Frères musulmans est des plus fortes. Les rues sont encore quasi vides. Un bon nombre de magasins et de boutiques ont fermé leurs portes aux clients. Les citoyens hésitent à sortir de leur domicile, seuls ceux qui travaillent sont obligés de descendre. « Le deuxième tour des élections législatives a lieu aujourd’hui dans 11 circonscriptions de la ville. Personne ne veut se trouver dans les rues après les actes de violence que nous avons vécus lors du premier tour de la deuxième phase. Beaucoup d’électeurs ont fait l’objet d’attaques, y compris des candidats, de simples passants et même des agents de police. Que Dieu nous protège », dit Madiha, fonctionnaire. Et de poursuivre en pressant le pas pour se rendre à son travail : « Il aurait fallu que les élections soient tenues un jour de congé pour nous éviter les incidents ».

A l’entrée de la ville, la caserne : des masses de policiers anti-émeutes quadrillent la région. « Nous accomplissons notre devoir pour empêcher les hommes de main des Frères musulmans de répéter les mêmes actes de violence du premier tour », déclare Mahmoud Charaf, procureur au Parquet de la circonscription d’Al-Dékheila, sans préciser dans quelles circonstances sont survenus ces incidents. Cette circonscription, située à l’ouest d’Alexandrie, est la plus houleuse. Une forte rivalité opposait quatre candidats, dont celui du PND, Abdel-Moneim Ragheb, qui a obtenu au premier tour 12 737 voix, et l’indépendant de tendance islamiste Tawakol Massoud, qui a raflé 16 331 voix. Ragheb, qui a remporté le deuxième tour, affirme que son succès « révèle sa grande popularité parmi les citoyens ». Mais pour les Frères musulmans, Ragheb a pu remporter les élections grâce au soutien des forces policières. « Une vague d’arrestations d’une centaine de Frères musulmans a eu lieu quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote dans une tentative de nous effrayer. Nous nous sommes pourtant mobilisés pour aller voter », raconte Massoud. Mais leur mobilisation a été vaine, puisqu’ils ont tous été empêchés par la police d’accéder aux quatre bureaux de vote de la circonscription. C’est alors qu’ils commencèrent à manifester pour faire entendre leurs voix aux juges présents à l’intérieur de ces bureaux. « Nous avons essayé de sortir pour voir ce qui se passait, mais nous en avons été bloqués par les forces de sécurité dont le responsable nous a dit que cela ne nous concernait pas », s’indigne un des juges du bureau de vote de Wardiane. Cette situation durera jusqu’à 18h, soit une heure avant la fermeture des bureaux de vote.

C’est là que, apercevant des véhicules transportant des milliers de partisans du PND, les revendications des partisans des Frères musulmans s’intensifient et les forces de sécurité commencent à lancer des bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants.

La même scène se reproduit dans la circonscription de Bab Charq, où la bataille électorale oppose Adel Eid, cadre indépendant, de tendance islamiste, à Ahmad Mosselhi, du PND, qui l’emporte aux élections. « Il y a eu fraude électorale pour éviter que Eid rejoigne au Parlement son confrère Saber Aboul-Fotouh, candidat ouvrier indépendant et aussi de tendance islamiste qui a réussi au premier tour dans la même circonscription », explique Hamdi Hassan, député de tendance islamiste qui a percé, avec cinq autres islamistes, lors de la première phase à Alexandrie.

Ces mesures sécuritaires draconiennes au deuxième tour n’ont pas empêché Ossama Gad, toujours de tendance islamiste, d’arracher un siège cadre à son concurrent du PND, Ahmad Abdel-Fattah, dans la circonscription de Gherbal.

A Karmouz, la situation était différente. Pas de candidats du PND mais un indépendant, Fawaz, dissident de ce parti, contre Aboul-Ezz Al-Hariri, du parti du Rassemblement. Pas de forces de l’ordre, il n’y en avait pas besoin semble-t-il : pas un chat dans les rues, personne à qui l’on puisse poser des questions. « C’est la circonscription où il y a eu le plus de violences lors du premier tour et qui ont fait un mort et 20 blessés », raconte Abdel-Qader Fergani, juge d’un bureau de vote qui n’a reçu jusqu’à 17h qu’une vingtaine de personnes. Pareillement pour les autres bureaux de vote où le nombre de voix enregistrées s’élèvent à 98 517. D’aucuns affirment que Fawaz Abdel-Halim a pu remporter les élections grâce aux pots-de-vin qui variaient entre 50 et 250 L.E. D’autres disent que de toute façon Al-Hariri devait perdre les élections puisqu’il ne rendait aucun service aux habitants de Karmouz malgré une bonne performance au Parlement.

Quoi qu’il en soit, les élections sont loin d’être finies à Alexandrie. La Cour administrative a en effet annulé les élections dans la circonscription de Manchiya, où le candidat du PND, Ahmad Ezzat, s’est présenté pour la catégorie des ouvriers au lieu de celle des cadres. Les habitants s’attendent donc à ce que les mêmes actes de violences et de fraude se répètent lors du duel qui opposera deux Frères à deux PND .

Héba Nasreddine

Voir aussi: Le PND s'en sort malgré tout
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