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Législatives. La confrérie des Frères musulmans a obtenu 76 sièges lors des première et deuxième phases des législatives. Retour sur les raisons de la percée spectaculaire d’un groupe qui cultive la « clandestinité ».
Quatre hypothèses pour un succès

Dès que la campagne des législatives a commencé, la confrérie des Frères musulmans s’est imposée comme la force politique la plus manifeste et la plus présente sur la scène politique égyptienne. Ce qui marque une première dans l’histoire de la confrérie et de toute l’Egypte. Ceci s’est manifesté par le succès retentissant et inattendu réalisé par les candidats du groupe des Frères lors des deux premières phases des législatives. La confrérie a effectivement profité cette fois-ci de beaucoup de facteurs et de conditions qui ne se sont jamais offerts lors des précédentes élections législatives.

Les membres et les directions de la confrérie n’ont pas été sujets à des arrestations massives comme autrefois. Bien au contraire, ceux qui étaient déjà dans les prisons ont été libérés avant le début des élections. De même, les candidats de la confrérie et leurs partisans ont organisé des campagnes sans précédent où ils brandissaient librement le nom de leur groupe et son slogan électoral « L’islam est la solution ». Par ailleurs, les candidats Frères musulmans effectuaient des visites collectives dans les différents gouvernorats sans cacher leur lien ou leur appartenance à la confrérie. Il apparaît donc que tous ces facteurs regroupés ont permis au groupe de gagner, lors des deux premières phases, un nombre de sièges qui a dépassé toutes les prévisions des observateurs et des directions de la confrérie. Ce qui a perturbé toute la vie politique égyptienne et continue à le faire.

Cette large présence des Frères musulmans sur la scène égyptienne et cette « tolérance » gouvernementale inhabituelle ont été interprétées de quatre façons différentes. Mais toutes ne sont finalement que des hypothèses. Car, il n’y a pas suffisamment d’informations capables de confirmer l’une d’entre elles.

Selon la première hypothèse, cette tolérance gouvernementale n’était autre qu’un « piège » préparé par la nouvelle garde du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) et du gouvernement afin de causer des problèmes à l’ancienne garde qui s’était accaparée le droit de choisir les candidats du parti. Toujours selon cette hypothèse, la nouvelle garde s’est entendue avec une partie des services sécuritaires et administratifs de l’Etat afin d’accorder aux Frères musulmans cette grande marge de liberté pour que leur succès soit la preuve de l’échec de l’ancienne garde et par la suite exclure cette dernière pour céder la place à la nouvelle génération.

La deuxième hypothèse implique toujours la nouvelle garde du PND, mais dans un sens différent. Selon elle, une partie de la nouvelle génération du PND avait la volonté d’intégrer le groupe des Frères musulmans dans la vie politique égyptienne dans le cadre des conditions légales et constitutionnelles en vigueur. Ce serait donc la raison pour laquelle les Frères ont bénéficié de cette marge de liberté, toujours avec la coopération d’une partie des services sécuritaires et administratifs de l’Etat qui était du même avis. Le but de cette stratégie aurait été, selon cette hypothèse, d’impliquer la confrérie dans la vie politique de façon à l’obliger à demander un statut légal sur la scène politique et par la suite de mettre les parties gouvernementales qui s’opposent au fait de donner à la confrérie un statut officiel devant le fait accompli.

Quant à la troisième hypothèse, elle suppose que le gouvernement est inquiet par les rumeurs qui couraient dernièrement concernant l’existence de contacts entre les Frères musulmans et l’Administration américaine ainsi que par les propos de certains responsables américains qui affirmaient que Washington ne s’opposait pas à l’arrivée au pouvoir des islamistes dans « les pays arabo-musulmans amis ». Les adeptes de cette hypothèse estiment donc que le gouvernement a décidé d’accorder plus de liberté aux Frères musulmans pour qu’ils avancent rapidement et qu’ils obtiennent un grand nombre de sièges au Parlement afin d’effrayer les Occidentaux en général et les Américains en particulier. Ceci pour pousser ces derniers à réviser leur position « modérée et encourageante » vis-à-vis des islamistes en général et des Frères musulmans en particulier. Selon cette hypothèse, le gouvernement cherchait à pousser l’Occident à laisser passer toutes mesures sécuritaires et répressives auxquelles il aurait recours dans le proche avenir contre les islamistes afin d’arrêter leur expansion.

La quatrième hypothèse estime que le gouvernement s’attendait à ce que les Frères musulmans remportent près de 40 sièges au Parlement, ce qui représente moins de 10 % des députés et que c’est pour cette raison qu’il leur a laissé cette liberté sans précédent et qu’il a libéré leurs prisonniers avant les élections. Le gouvernement voulait ainsi ôter aux Frères toute possibilité de prétendre qu’ils représentent la force la plus influente sur la scène politique égyptienne et prouver qu’il existe un grand fossé entre la popularité des Frères et du PND. Toujours selon cette hypothèse, le gouvernement a donné aux Frères musulmans cette grande marge de manœuvre et a voulu que les élections en général se passent dans des conditions plus ouvertes afin d’alléger les pressions des Occidentaux et des Américains pour que les pays arabes procèdent à une réforme politique.

Aucun observateur ni analyste ne pourra, comme d’habitude, confirmer la véracité de l’une de ces hypothèses, puisque l’Etat égyptien s’est réservé le droit de prendre toutes les décisions et le pouvoir de donner ou de cacher à ses citoyens les informations concernant les décisions qu’il prend. Qu’elles soient d’une importance majeure ou mineure. L’Etat laisse ainsi ces forces politiques dans le domaine des hypothèses sans se donner la peine d’expliquer les raisons et les objectifs de ses décisions. La connaissance des véritables raisons qui ont poussé le gouvernement à accorder cette liberté aux Frères musulmans dépendra donc d’une éventuelle filtration d’informations concernant ce qui s’est passé exactement ou peut-être de la volonté de l’une des directions du PND ou du gouvernement de daigner informer les Egyptiens de ce qui se passe dans leur pays.


Vote-sanction ?

Quant à ce grand succès des candidats de la confrérie, il revient à de nombreuses raisons concernant la confrérie elle-même ou le gouvernement ou le contexte politique général du pays. La confrérie s’est bien préparée pour les élections législatives aux niveaux des finances, des campagnes médiatiques et des ressources humaines. Les Frères musulmans ont parfaitement investi leurs efforts déployés au cours des quelques dernières années sur le plan de la politique et de l’organisation lors de ces élections. D’autre part, ils ont réussi à bien choisir leurs candidats et les circonscriptions où ils se sont présentés. En fait, ces candidats avaient une forte appartenance vis-à-vis du groupe, ce qui leur a garanti le soutien des autres membres de la confrérie et de ses partisans. De même, leur appartenance à des régions ou à de grandes familles dans leur circonscription leur a permis de bénéficier d’un soutien populaire en dehors du groupe même des Frères musulmans. Dans ce contexte, la confrérie a tenu à choisir un nombre restreint de ses candidats à condition qu’ils soient sérieux et capables de réaliser un succès. Ceci a eu un grand effet sur les autres candidats qui se sont présentés lors de la deuxième phase des élections.

Du côté du gouvernement, les résultats des élections sont venus confirmer le recul de sa popularité. Ils ont aussi prouvé la croissance de la volonté populaire de punir ce gouvernement et de protester contre ses politiques. Une chose dont ont profité les candidats de la confrérie des Frères musulmans. Car une large catégorie des Egyptiens a voté pour les candidats Frères musulmans afin de punir le PND et son gouvernement pour leurs politiques. Ce qui est tout à fait logique. En fait, les gens qui veulent voter contre un courant politique quepour le punir choisissent automatiquement la force la plus capable de concurrencer ce courant, en l’occurrence les Frères musulmans. La campagne médiatique officielle acharnée contre les Frères musulmans à travers les médias officiels, notamment la télévision, a également participé à présenter la confrérie comme le concurrent le plus solide du parti au pouvoir. De même, l’impartialité de ces médias a poussé nombre d’Egyptiens à voter pour les Frères musulmans.

Reste à dire que le contexte international et régional actuel a joué un rôle important en faveur des Frères. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, tous les pays du monde arabo-musulman ont connu une montée de popularité des courants islamistes. Cela s’est manifesté par la progression des partis et des forces islamistes dans toutes les élections qui ont eu lieu dans ces pays, y compris le Pakistan, Bahreïn, le Maroc, la Turquie et l’Iraq. Ceci explique aussi sûrement le grand succès réalisé par les Frères musulmans lors des élections législatives égyptiennes .

Diaa Rashwan

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