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Législatives. Malgré les discours sur la transparence, les taux de participation sont restés trop faibles. Une réalité qui traduit une crise de confiance profonde vis-à-vis du système politique.
Les Egyptiens boudent

Une déception. Les taux de participation des élections législatives dont la deuxième phase s’est achevée samedi n’ont pas dépassé les 25 % selon les chiffres officiels. Ces chiffres font nettement apparaître un désintérêt pour la politique qui ne date pas d’hier avec un taux de participation de 25 % lors des législatives de 2000 et de 23 % lors des présidentielles de septembre dernier. Les Egyptiens ont, semble-t-il, le sentiment que, de toute façon, leur vote ne changera rien dans un système jugé peu transparent. Ni les campagnes médiatiques, ni les campagnes électorales n’ont réussi à faire bouger les électeurs.

L’abstentionnisme est-il enraciné dans la tradition politique égyptienne ? « Non », affirment les historiens et les politologues, en évoquant « l’âge libéral égyptien » des années 1920, 30 et 40. « Nous ne disposons pas de statistiques précises pour la période avant 1952. Toutefois, les informations disponibles donnent à penser que la participation était forte lorsque les élections étaient libres et intègres, cela n’était pas souvent le cas. Curieusement, le taux de participation le plus élevé date de 1951, bien plus qu’en 1924 », affirme Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-directeur du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « La question de l’indépendance encourageait la participation politique à cette époque, notamment en province, où les maires et les petits propriétaires jouaient les intermédiaires entre les grandes familles et la population rurale », estime le chercheur. « Après 1952, il est difficile de parler de façon scientifique des taux de participation étant donné que toutes les élections organisées après cette date ont été truquées », ajoute-t-il. En cherchant les raisons de l’abstentionnisme qui s’en est suivi, le politologue parle de « mort politique ». « A cause notamment de la crise de crédibilité et en l’absence de partis politiques, la population a perdu l’espoir et les élections ont perdu tout enjeu politique. Les nouvelles générations n’ont vécu aucune expérience politique et la culture politique suscite de moins en moins leur intérêt. Les diverses formes de mobilisation politique ont ainsi disparu », regrette-t-il.

« En province, seules les grandes familles peuvent mobiliser les gens alors que dans les grandes villes, les votants sont tous des ouvriers ou des fonctionnaires qui se trouvent obligés de participer sous les pressions de la bureaucratie ou de leurs patrons. En schématisant, on trouve ainsi que les gens les plus instruits s’abstiennent et que seuls les analphabètes et les gens défavorisés participent aux votes. Ce qui revient à dire que l’intérêt porté aux élections en tant qu’enjeu politique est zéro », poursuit-il.

Mohamad Al-Sayed Saïd est pessimiste. Si avec un budget de 15 milliards de L.E. affectées à l’enseignement et un million de professeurs 55 % des Egyptiens restent analphabètes, il n’est pas question de parler d’alphabétisation politique, qui « non seulement est un projet plus colossal, mais dont les outils nous échappent de surcroît ».

Saadeddine Ibrahim, professeur de sociologie à l’Université américaine du Caire et directeur du Centre Ibn Khaldoun d’études sur le développement, refuse également de voir dans cet abstentionnisme une tradition égyptienne. Selon lui, « avec leur sens réaliste », les Egyptiens, quand ils estiment que leur participation pourra contribuer à faire changer les choses, ne manquent pas à l’appel, mais quand ils estiment qu’il ne sert à rien de participer, ils s’abstiennent.

« La preuve en est que lors des élections destinées à choisir les présidents des clubs sportifs et des divers syndicats professionnels, les taux de participation varient entre 70 % et 90 %, contre 20 % lors des élections législatives », c’est la même classe moyenne, des gens instruits, qui participe dans le premier cas et qui s’abstient dans le dernier cas.

« Les gens ont fini par se résigner à la réalité que leur voix ne vaut rien, ce n’est pas de la passivité, c’est un boycott implicite d’un régime politique qui ne croit pas en son peuple et auquel ce dernier ne croit pas », lance-t-il. « Le principal bénéficiaire c’est le régime en place qui veut gouverner dans le calme sans beaucoup de bruit. Le régime ne se soucie pas de la participation populaire, si c’était le cas, il aurait pu prendre des mesures pour encourager la participation, à commencer par la simplification des formalités et des démarches bureaucratiques pour obtenir sa carte d’électeur », estime Ibrahim.

Le remède ? Si le politologue parle de société, le sociologue, lui, a parlé politique. « C’est le régime en place qui a besoin d’un remède et pas le peuple. C’est pourquoi la société civile a réitéré son refus de la présidence éternelle, de l’hérédité du pouvoir tout en revendiquant le changement de la Constitution. Le peuple n’est pas prêt à jouer un rôle dans ce théâtre de l’absurde »

Chérif Albert

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