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Tchétchénie. Les législatives se sont déroulées sous contrôle russe, mais en l'absence de supervision internationale.

Elections contestées

Les électeurs tchétchènes étaient appelés, dimanche dernier, à l'occasion des législatives, à élire les 58 députés des deux chambres de la législature. 600 000 électeurs ont donc dû se prononcer sur les quelque 350 candidats en lice. Face à la violence qui fait rage depuis plusieurs semaines, 24 000 soldats et policiers au moins ont été mobilisés pour assurer la sécurité des 430 bureaux de vote. Au cours de la semaine dernière, aucune journée n'a été épargnée par des fusillades ou la découverte de caches d'armes ou d'explosifs. Pour autant, le Kremlin s'est voulu rassurant et même optimiste sur l'évolution de la situation politique en Tchétchénie. De nombreuses chaînes publiques ont fait la propagande positive des élections, évoquant une « atmosphère tranquille » à Grozny, la capitale en ruine aujourd'hui, mais inondée de panneaux et de tracts électoraux. « Le fait que nous organisions ces élections législatives est la preuve de la stabilité de la république », insistait vendredi le président pro-russe Alou Alkhanov. Et, malgré la corruption, la criminalité et les affrontements persistants entre les forces pro-russes et les séparatistes, les responsables du Kremlin ne cessent de répéter que la Tchétchénie est sur la voie de la stabilité. La preuve en est pour Moscou l'augmentation de la consultation électorale depuis mars 2003 sur trois scrutins, deux élections présidentielles et un référendum. Or, ces votes ont tous été critiqués, soit pour fraudes, soit pour des manipulations totales. Ni le référendum sur la Constitution de mars 2003, considérant la Tchétchénie comme partie intégrante de la Russie, ni les deux présidentielles, dont celle en août 2004 d'Alou Alkhanov, soutenu par le Kremlin et élu après l'assassinat de son prédécesseur Akhmad Kadyrov, n'ont été considérés comme libres et équitables.

La majorité des ONG ne voient en cette élection qu'une mascarade, et ont refusé d'en être observateurs. Qualifiant le processus électoral de « farce », Tatiana Lokchina, représentante en Russie de la Fédération internationale d'Helsinki et directrice de l'ONG russe Demos, a dénoncé une énième tentative du Kremlin de faire croire à la normalisation de la situation politique en Tchétchénie. En effet, pour beaucoup d'observateurs, le Parlement élu dimanche ne devrait que renforcer le vice-premier ministre, Ramzan Kadyrov. Soupçonné d'être le vrai dirigeant de la Tchétchénie, le fils de l'ex-président assassiné est à la tête d'une force de sécurité de 5 000 hommes, et accusée de nombreux abus allant de l'enlèvement au braquage. Evoquant le parallèle fait par les responsables russes avec les élections en Iraq, Oleg Orlov, de l'ONG Memorial, a évoqué la « terreur d'Etat » en Tchétchénie.

Aujourd'hui, et six ans après la fin officielle de la deuxième guerre de Tchétchénie, la situation est loin de la « normalisation » clamée par les Russes. Ce qui reste de Grozny, la capitale, qui abritait autrefois 450 000 personnes, est un champ de ruines, surtout depuis la fuite de milliers de réfugiés dans les républiques voisines. De plus, les affrontements continuent d'éclater entre les troupes fédérales soutenues par les forces tchétchènes pro-russes et les séparatistes dont certains sont liés aux extrémistes islamistes. Les enlèvements, près de 1 700 selon les autorités, n'ont pas cessé. Ils sont le fait de groupes armés, des paramilitaires, et même, selon certaines organisations de défense des droits de l'homme, des troupes russes. Une majeure partie de la population, officiellement 60 % des plus d'un million d'habitants, n'a pas de travail. Ces faits sont loin de dresser un tableau idyllique de la réalité tchétchène. Reste à espérer que la Russie en tiendra compte .

Lailla Choug

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