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Syrie. Un arrangement de dernière minute permettant l’interrogatoire de responsables syriens par l’enquêteur Detlev Mehlis à Vienne semble contenir la crise entre Damas et la communauté internationale.

Le jeu se calme

Le compromis trouvé entre Damas et la commission d’enquête de l’Onu sur le lieu d’audition de responsables syriens dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien dirigeant libanais Rafiq Hariri pourrait permettre à la Syrie d’éviter une confrontation avec les Nations-Unies. Alors que le dialogue semblait dans l’impasse avec le chef de la commission, le magistrat allemand Detlev Mehlis, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a créé la surprise en annonçant avoir accepté Vienne comme lieu d’audition pour « cinq personnalités syriennes ». La volonté de Damas de coopérer lui a permis d’éviter des « sanctions imminentes » qui allaient être imposées par l’Onu. Cependant, rien n’est encore sûr et les Occidentaux demandent davantage de coopération syrienne. L’acceptation de l’interrogatoire de cinq responsables par la commission de l’Onu « n’est pas un recul, car la Syrie n’a jamais dit qu’elle ne coopérerait pas avec la commission internationale », s’est défendu M. Mouallem. Le vice-ministre syrien a également souhaité que le rapport que Detlev Mehlis doit présenter le 15 décembre au Conseil de sécurité soit « objectif ». La décision syrienne de coopérer devrait « supprimer tout prétexte d’imposer des sanctions économiques à la Syrie », a-t-il affirmé. M. Mouallem a répété que « la Syrie était innocente », soulignant que son pays n’avait pas « cessé de coopérer » dans l’enquête sur le meurtre de Rafiq Hariri, tué dans un attentat à l’explosif le 14 février dernier à Beyrouth.

Au cours de l’interrogatoire qui a commencé le 29 novembre, les cinq personnalités syriennes ont été accompagnées par leurs avocats et par le conseiller juridique du ministère syrien des Affaires étrangères, Riad Daoudi. « Ils retourneront en Syrie. M. Mehlis n’a pas la compétence d’arrêter. C’est une des garanties juridiques qui nous ont été données » des Syriens, a souligné M. Mouallem. Selon ce responsable syrien, des assurances ont été données par l’Onu et un membre « important » du Conseil de sécurité sur le respect de « la souveraineté de la Syrie et du droit de ses ressortissants ».

Une question demeure : l’identité des cinq personnalités. Aucun nom n’a été révélé, côté syrien. Côté libanais, la presse, qui avait fait état de six et non cinq personnes, avait fait circuler notamment les noms de Assef Chawkat, beau-frère du président syrien Bachar Al-Assad et chef des services de renseignement militaire, de Bahjat Souleiman, ancien chef des services de renseignements intérieurs, et de Roustom Ghazalé, ancien chef des services de renseignements militaires au Liban. Mais samedi, le quotidien arabe Al-Hayat, basé à Londres, a affirmé en Une que « Chawkat ne fait pas partie » des cinq appelés à être interrogés.


Satisfaction libanaise

Alors qu’à New York, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, s’est dit « très heureux du résultat des discussions de M. Mehlis avec les autorités syriennes ». A Beyrouth, le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a qualifié l’accord de « positif ». « L’essentiel est la coopération de la Syrie à l’enquête et non le lieu, si l’on veut parvenir à la vérité sur l’assassinat de Rafiq Hariri », a dit M. Siniora lors d’un entretien téléphonique avec M. Annan.

Outre le Liban, l’Arabie saoudite a « félicité » dimanche le président syrien Bachar Al-Assad après le compromis trouvé avec la commission d’enquête de l’Onu, dans un message remis par le prince Bandar bin Sultan. Le roi Abdallah avait déclaré que le compromis entre Damas et la commission d’enquête sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais permettant d’interroger des Syriens à Vienne avait été obtenu grâce à une médiation saoudienne. Le roi d’Arabie saoudite estimait que le fait d’interroger les responsables syriens au Liban aurait été une humiliation pour la Syrie et pour tous les pays arabes. Cela aurait également été le cas si l’interrogatoire avait eu lieu sur le plateau du Golan. En allusion aux tractations qui avaient lieu entre la Syrie et M. Mehlis et qui trébuchaient, Damas souhaitant que les interrogatoires se tiennent au quartier général de l’Onu au Golan, et M. Mehlis ayant proposé d’interroger les responsables au Liban. « Le choix de Vienne a barré la route à ceux qui ont misé sur une non-coopération de la Syrie », a commenté samedi le quotidien gouvernemental syrien Techrine.

Le 15 décembre, M. Mehlis doit présenter un nouveau rapport au Conseil de sécurité. Et des sources diplomatiques à Damas ont estimé « très probable » que le mandat du magistrat allemand soit renouvelé.

Fin octobre, le Conseil de sécurité de l’Onu avait adopté la résolution 1 636 demandant à la Syrie une coopération inconditionnelle dans l’enquête sur le meurtre de Rafiq Hariri. Un rapport d’étape de la commission avait, en effet, fait état de « preuves convergentes » sur l’implication des services de renseignement syriens et libanais dans l’assassinat de Hariri.

Rania Adel
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