A
moins de deux mois des législatives palestiniennes, le mouvement
Fatah du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass,
se prépare à ce rendez-vous électoral.
Des primaires se sont déroulées lundi dans
la bande de Gaza pour choisir les 50 candidats du mouvement
dans la bande de Gaza parmi 323 candidats. Vingt-cinq candidats
se présenteront aux législatives au nom du Fatah dans les
cinq circonscriptions électorales de la bande de Gaza et les
25 autres figureront sur une liste qui disputera le scrutin
à la proportionnelle au niveau national. Vendredi, lors des
primaires du Fatah en Cisjordanie, un des leaders du mouvement,
Marwane Barghouti, emprisonné en Israël et condamné à vie
pour implication dans des attentats, avait recueilli la majorité
des suffrages.
Le choix de Marwane Barghouti devrait jouer
un rôle central pour contrer les islamistes du Hamas lors
des prochaines élections législatives palestiniennes. Considéré
comme l’un des principaux inspirateurs de la seconde Intifada
qui a débuté fin septembre 2000, M. Barghouti a été condamné
le 6 juin 2004 à cinq peines de prison à vie par un tribunal
israélien qui l’a reconnu coupable d’implication dans quatre
attentats meurtriers. Mais son incarcération n’a pas porté
atteinte à son importance sur l’échiquier politique palestinien.
En effet, samedi, lors des primaires partielles du Fatah,
M. Barghouti a recueilli 96 % des suffrages à Ramallah, soit
7 000 voix, s’imposant de manière écrasante en tête des 45
candidats pour sa circonscription. Le score réalisé par Marwane
Barghouti équivaut à un véritable plébiscite et il pourrait
s’imposer comme la tête de liste du Fatah, même devant le
premier ministre Ahmad Qoreï.
D’autre part, le Fatah, qui domine le Parlement
actuel, aura fort à faire lors des élections face au Hamas,
qui se présente aux législatives pour la première fois. Le
mouvement, créé par l’ancien président palestinien Yasser
Arafat, a en fait besoin de Barghouti. Selon les analystes,
le Fatah réduirait ses chances aux élections si Barghouti
ne devait pas jouer un rôle central dans sa campagne, même
si cela devait créer des tensions entre Israël et les Palestiniens.
En dépit des cinq peines de prison à vie auxquelles il a été
condamné, un ministre israélien n’a pas exclu dimanche que
Marwane Barghouti soit un jour libéré dans le cadre d’un accord
de paix avec les Palestiniens. « En politique, il ne faut
jamais dire jamais », a affirmé à la radio publique le ministre
des Transports, Meïr Shetrit. « Si nous parvenons avec les
Palestiniens à un accord de paix final, que le terrorisme
cesse et qu’un calme total règne, une grâce pourrait être
envisageable », a affirmé M. Shetrit, qui a rejoint Kadima,
le nouveau parti du premier ministre israélien Ariel Sharon.
De même, selon l’avocat de Barghouti, Khader Shqirat, Israël
serait en train d’étudier la possibilité de libérer le leader
palestinien.
Toutefois, les déclarations à ce sujet sont
contradictoires. Le ministre israélien des Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, a de son côté exclu catégoriquement la libération
de M. Barghouti. La même position a été prise par le président
israélien qui a estimé que « le fait d’avoir été élu ne constitue
pas une raison suffisante pour être amnistié ». Et pour que
Barghouti recouvre la liberté, il faudrait qu’il bénéficie
d’une grâce du président israélien et du ministre de la Justice.
En fait, pour les Palestiniens comme pour
les Israéliens, Barghouti est le seul rempart contre le Hamas.
Et c’est justement cette carte que joue l’Autorité. Pour le
Fatah, l’élection, voire le plébiscite de Barghouti, constituerait
un bouclier qui empêcherait la montée en flèche du mouvement
islamiste lors des prochaines législatives. Une éventualité
que craint plus que tout l’Etat hébreu, qui jusque-là a tout
fait pour empêcher le Hamas de participer aux élections. Toutefois,
cette interdiction étant impossible, Tel-Aviv doit désormais
chercher un autre moyen pour freiner le Hamas. Pour certains,
comme le chef du parti Meretz (opposition de gauche) Yossi
Beilin, il est « temps de le libérer », compte tenu du fait
qu’il est « l’un des principaux leaders palestiniens » et
qu’il est « le seul rempart contre le Hamas, notre ennemi
commun » .