Plus
d’une quarantaine de spectacles venus des quatre coins du monde
sont produits lors de cette 12e édition des Journées Théâtrales
de Carthage (JTC). Une édition consacrée à la découverte d’un
théâtre innovant et du génie de l’Autre. La question centrale
est de mieux se connaître tout en s’ouvrant à son prochain.
Un dialogue interculturel préside à la manifestation qui se
veut « une passerelle entre les hommes de tous bords, tenant
compte des différences, sources de richesse et de diversité
», comme l’affirme Mohamad Driss, le président des JTC.
Une vingtaine de
spectacles tunisiens sont imprégnés notamment de l’actualité
brûlante de l’Iraq et de la Palestine. En effet, la guerre de
l’Iraq s’impose. Raja Ben Ammar traduit, dans Hona watani (Là
est ma patrie), produit par la compagnie de théâtre Phou, ses
émotions, sa douleur vis-à-vis de la crise iraqienne. Fait qui
l’a incitée à écrire le texte, l’interpréter et le monter avec
Moncef Sayem. Les 2 Indiens, pièce de la compagnie tunisienne
Théâtre de la terre, écrite et mise en scène par Noureddine
Al-Ouerghi, reflète la guerre iraqienne avec toute son atrocité
à travers le discours de trois femmes vêtues de noir, sur une
scène sobre, déplorant la mort du père et le dévastement du
pays.
La Palestine, l’Iraq,
le Liban et la Syrie sont parmi les pays arabes qui ont donné
leur version de l’actualité politique.
Ainsi, le spectacle
Le Mur, du metteur en scène palestinien George Ibrahim, joué
par sa troupe de théâtre d’Al-Asaba, témoigne du désarroi des
Palestiniens isolés et privés de liberté. Le spectacle condamne
l’occupation et la soumission sous toutes ses formes aussi bien
en Palestine qu’ailleurs. Le Liban avec Marche de l’association
Chams, l’Iraq avec Iraq Iraq dénoncent quant à eux la politique
des pays arabes et l’alignement sur les positions rigides.
Fidèle au dessein
de découvrir l’Autre, cette 12e édition des JTC favorise l’ouverture
du théâtre aux autres formes d’expression artistique, telles
que la musique, la danse, le chant, les arts plastiques et la
littérature. Dès lors, on y déniche des spectacles de danse
: Dar ellil de Imed Jemaâ, Les Etoiles filantes meurent en silence
(Tunisie), Le Sacre du printemps de Haady Maalem (France-Afrique),
Sarata Wedeind de Dino Verga (Italie).
Des comédies musicales
participent du même objectif : Zamen, scénario et mise en scène
d’Ezzeddine Madani et Ridha Drira (Tunisie), A Life Journey
Through Musicals, de Mohamad Driss (Hongkong). Des documentaires
initient le public, par ailleurs, à l’histoire du théâtre dans
le monde. De même, un film vidéo Brook by Brook a résumé l’apport
de l’Américain Peter Brook au théâtre. En effet, des témoignages
d’amis, de collègues et d’hommes de théâtre ont été rassemblés
par le fils de Brook pour restituer son univers à travers leurs
pensées. La projection fut précédée d’une présentation de l’auteur
par l’acteur et metteur en scène français Jean-Claude Carrière.
Le documentaire japonais Sayori Oada présente également la contribution
de la compagnie Séraph à une interprétation originale de la
pièce Macbeth de Shakespeare. Pour Oada, metteur en scène, l’histoire
de Macbeth, hanté par des fantômes et des sorcières toutes puissantes,
ressemble bel et bien à un cauchemar. Pour soutenir au mieux
cette image, la compagnie a choisi de s’inspirer du théâtre
Kabuki, dont la stylisation particulière et l’aspect très visuel
visent à ouvrir les portes de l’onirisme. Ainsi, la pièce Macbeth
a été conçue dans la confluence de divers arts scéniques, conformément
à la tradition du théâtre Kabuki. |
Par
ailleurs, les expositions tenues lors de cette édition rendent
hommage à l’art de la scène, le théâtre : des photographies
de Bidha Zili sous le titre Apologie de l’Ephémère, une exposition
collective de peintures regroupant Abdel-Raze Al-Sahli, Mohamad
Sultan, Nesrine Lamine et autres, des peintres inspirés de la
muse du théâtre participent de cet objectif.
Aux JTC 2005, le
cirque est aussi au programme : de France, la compagnie Victor
Cathala et Kati Dikkarainen donne La Piste là, et de Tunisie
la compagnie Ecole nationale des arts du cirque, fondée par
Mohamad Driss, présente Minuit moins une.
Déambuler hors
des salles, le jour, en plein air, nous a fait découvrir un
autre lieu de représentation non traditionnelle. Ainsi, l’avenue
Bourguiba a été acquise à la production du spectacle français
Funambule toujours dans un maillage de lieux et d’expressions
divers.
Fait remarquable
de ces JTC, le public arabe et surtout tunisien assiste à la
fin d’une histoire qui a longtemps dominé, selon laquelle le
théâtre était l’apanage des hommes et où la femme n’y était
représentée qu’en tant qu’exécutante. L’image de la femme créatrice
et novatrice était cachée. Aujourd’hui, des écrivaines, des
metteurs en scène, des réalisatrices, des actrices, des directrices
de théâtre et des techniciennes proposent leurs créations. Ainsi,
des noms féminins marquants apportent leurs feux d’artifice
et leurs jeux de mots aux côtés d’autres qui les ont précédées
telles Raja Ben Ammar, une figure prééminente du théâtre tunisien.
On y discerne Nawal
Sandarani, fondatrice de sa troupe de danse, écrivain et metteur
en scène de la pièce Les Etoiles filantes meurent en silence,
Sondos Bel Hasan, chorégraphe et metteur en scène à l’école
nationale des arts du cirque, qui retient ardemment l’attention
à travers son spectacle Minuit moins une. Cette édition des
JTC a donc combiné les arts et fait éclore et connaître des
talents confirmés, confrontant les expériences et les expressions
des uns et des autres. |