Les femmes n’avaient jamais
occupé auparavant des postes de commandement
dans la vie politique allemande. Cette femme,
Angela Merkel, a grandi dans un Etat communiste,
l’Allemagne de l’Est, et y a vécu une vie normale
en tant que chercheuse académique en physique.
Elle est ensuite devenue membre au Parti démocrate
chrétien et a réussi à grimper tous les échelons
de l’activité politique et partisane avant d’atteindre
cette fonction. Un événement qui intervient
à un moment historique où l’Allemagne unifiée
connaît une crise politique et économique grave
que l’ex-chancelier Schroeder n’est pas parvenu
à régler.
Ceux qui cherchent un rôle
pour la femme dans la vie publique en Egypte
doivent se rendre compte qu’une telle évolution
n’émane ni du vide ni de décisions à haut niveau,
mais d’une action politique caractérisée par
l’insistance et l’audace. Cette audace, Merkel
la possède, puisque alors qu’elle était encore
jeune ministre, et membre du parti, elle avait
osé demander à son président, l’ex-chancelier
Helmut Kohl, de céder sa place à de nouvelles
générations. En effet, il avait passé 16 ans
à ce poste durant lesquels il a réalisé l’unification
du pays dans des conditions internationales
troubles. Mais durant son mandat, son parti
avait connu un scandale financier. Là, Merkel,
une des personnes qui lui sont le plus proche,
était celle qui avait appelé à tourner la page
pour entamer une nouvelle phase.
Il n’est pas prévu que Merkel
réédite l’histoire de la dame de fer britannique,
Margret Thatcher, pour reformuler la vie politique
et économique de l’Allemagne. Merkel dirige
une coalition de 2 partis rivaux obligés de
cohabiter pour faire face à des problèmes économiques
graves. Les plus importants sont le chômage
et la restructuration de l’économie de manière
à sacrifier certains acquis sociaux en ce qui
concerne les salaires et les assurances. C’est
cette problématique que Merkel doit régler en
présence de deux partis, un de droite et un
autre socialiste.
Tous les regards sont, en plus,
tournés vers l’Allemagne pour voir comment cette
femme dirigera la politique étrangère après
une période de différends entre Schroeder et
son principal allié, Washington, en ce qui concerne
la guerre contre l’Iraq. Selon Kissinger, l’ex-secrétaire
d’Etat américain, Merkel représente une nouvelle
génération en Europe et en Allemagne qui a réussi
à se débarrasser de la dépendance stratégique
et qui s’est reflétée sur les positions de l’Europe
au début de la guerre froide quand c’était Washington
qui faisait bouger les politiques européennes.
Quels que soient les sentiments
d’intimidation et d’admiration éprouvés à l’égard
des Etats-Unis par une femme allemande qui a
longtemps vécu derrière le rideau de fer et
qui rêvait de l’Otan et de l’Union Européenne
(UE), la première tournée qu’elle a effectuée
a eu lieu en France, au Luxembourg et en Grande-Bretagne.
En effet, l’axe franco-allemand est devenu la
pierre d’assise de l’UE, sans laquelle s’effondreraient
de nombreux intérêts européens communs qui se
sont développés au cours des deux dernières
décennies.
Il se peut que Merkel n’ait
pas les mêmes soupçons envers Washington et
ses objectifs en Iraq et au Proche-Orient, mais
cela ne signifie pas qu’il y aura des changements
fondamentaux dans la politique allemande. De
plus, la Russie restera en tête des priorités,
puisque des investissements allemands énormes
se dirigent vers la Russie et la Chine. Et des
relations fortes s’étendent vers l’Orient. Pour
ce qui est du Proche-Orient, l’Allemagne continuera
à y jouer son rôle habituel par l’intermédiaire
de l’UE.