|
|
France
. Un de nos lecteurs livre
son analyse sur les récentes violences urbaines.
|
| |
|
La crise économique, sociale et politique de
la société française est à son comble, et la violence prend de
l’ampleur dans bon nombre de quartiers populaires de France. Meute
et émeute font face. Mais qu’en sait-on réellement ? Les faits
semblent pourtant évidents. A la suite de la mort de deux d’entre
eux, des « jeunes » mettent à feu leurs propres quartiers. Dès
lors, ils sont présentés comme une organisation criminelle transfrontalière,
accusés d’être manipulés par des réseaux islamistes, et soutenus
par l’économie mafieuse de la drogue. Au lieu de comprendre l’origine
de l’émeute, la société française mène la politique de l’autruche,
en parlant de violences irrationnelles et haineuses, qu’il faut
réprimer « dans la justice et la fermeté ». Les forces de l’ordre
— appellation en elle-même paradoxale — essayent de rétablir le
calme, le silence, ou en d’autres termes l’ordre public. En face
de cela, on nous présente le logique ras-le-bol des habitants
« non jeunes » et leur soi-disant soutien à l’action gouvernementale
de rétablissement de la sécurité et de l’autorité.
Tout d’abord, il faut dire clairement que derrière
l’immense majorité des actes de violence, il y a des causes sociales
et des responsables politiques, mais aussi, il faut l’admettre,
des parcelles de légitimité. Même si toute violence est condamnable,
force est de constater que la violence qui nous préoccupe n’est
que le fruit de l’humiliation et de la relégation sociale qui
règnent les 350 jours restants dans la même zone, sans que personne
ne s’en émeuve. Les violences sociales, subies dans le quotidien
et dans la chair de millions de citoyens, sont plus légitimes
et respectables que les violences urbaines, qui violent la « sacro-sainte
» loi de la propriété privée. Cette violence-là sert habilement
aujourd’hui de parangon à ceux qui ne veulent pas voir la violence
du système qui l’a engendrée. Pire, elle allume des feux qui n’éclateront
que plus tard : à la différence des pinèdes provinciales, en banlieue,
les contre-feux rallument toujours les foyers. Faire mine de découvrir
les problèmes, chanter La Marseillaise pour exorciser le mal,
c’est utiliser la souffrance exprimée aujourd’hui pour camoufler
sa responsabilité dans son émergence. Et même si cela n’est pas
dit explicitement, tout le monde le ressent.
Excusez-vous pour la profanation de la mosquée
de Clichy ? Imaginez-vous la réaction de l’« opinion publique
» si le lieu de culte attaqué avait été une église ou une synagogue
? Tout ce que la France compte de bonne conscience humaniste aurait
dénoncé, avec raison, la violation des libertés individuelles.
Mais attaquer une mosquée est dans l’air du temps, le « choc des
civilisations » a fait du chemin, et ni le premier ministre, ni
le ministre de l’Intérieur, ni aucun membre du gouvernement n’a
daigné se déplacer pour montrer qu’il n’existe pas, en France,
deux poids, deux mesures en matière de droits et de libertés.
Mettez fin à la précarisation croissante des habitants des quartiers
populaires. Si les notions de flexibilité, d’adaptation, de mixité
sociale, d’intégration républicaine, de discrimination positive,
etc. sont les maîtres mots de la classe patronale et de ses alliés
à l’Assemblée nationale, elles signifient toute autre chose pour
ceux qui ont subi vingt ans de politique néolibérale : ségrégation
économique et spatiale, logement insalubre, inégalité des chances
à l’école, panne de l’ascenseur social, tyrannie des contrats
à durée déterminée sans perspective d’avenir, impossibilité de
fonder une famille et de vivre dignement, tête coincée en dessous
du seuil de pauvreté, séjours répétés au cachot, etc. (...)
Les récents événements montrent au moins une
chose : une certaine police en banlieue n’est plus sous contrôle
républicain. Au lieu de protéger les citoyens, elle installe la
peur et la mort par ses provocations. Or, lorsqu’une institution
de la République viole ses propres principes, le devoir de tout
citoyen est de prendre son destin en main. Si la police est incontrôlable,
surveillons la police ! Organisons des comités de surveillance,
dans chaque quartier, uniquement armés d’un Code pénal, d’un calepin
ou d’une caméra, pour prouver à la société française que les «
racailles » savent se rassembler, réfléchir, s’organiser, et ainsi
démontrer que le doigt accusateur ne doit pas être pointé sur
eux, mais sur les dysfonctionnements de la société française.
Une émeute sans débouché politique raffermit les gouvernements
qui la méprisent ou répriment.
|
Daymane Hogra,
France. |
|
|
| Laissez-les
s’exprimer ! |
La démocratie dit
que tous les citoyens sont égaux. Or, à titre d’exemple, le
programme télévisé Halet héwar (En état de discuter) est une
preuve de plus qu’il n’existe pas d’égalité en Egypte, à la
télévision égyptienne en particulier. Le jour où le sujet était
celui des Frères musulmans, ces derniers n’ont pas été invités
à discuter avec les autres invités. Bien plus, c’est le PND
(Parti National Démocrate, au pouvoir) qui s’est exprimé sur
ce sujet des Frères. Le débat ne pouvait nullement être équitable,
alors je lance un appel aux responsables de la Télévision :
instaurez de vrais débats et laissez chacun s’exprimer comme
bon lui semble.
|
Osama Abouelela,
Sohag. |
|
|
Petites
précisions |
Française et
régulièrement en Egypte, je ne peux accepter tout ce qui est dit
dans le numéro 584 d’Al-Ahram Hebdo, par Monsieur Salama A. Salama,
dans la rubrique Commentaire et à propos de la situation dans
les banlieues françaises.
M. Salama a écrit
: « Les actes de violences sont le résultat d’accumulation de
pressions sociales, culturelles, et politiques qui ont poussé
ces immigrés vers les banlieues où ils sont privés de toute
assistance sociale, d’enseignement et d’emplois ».
Je souhaite répondre
sur plusieurs points :
Concernant la «
Scolarité » : L’enseignement est le même pour tous. Encore faut-il
se rendre à l’école. Nombre de familles laissent leurs enfants
dans les rues, première raison pour laquelle beaucoup ne maîtrisent
pas bien le français. Début de l’échec. La seule chose qui diffère
maintenant dans les écoles, c’est le port du voile, interdit
pendant les cours comme tous signes religieux, et vous remarquerez
en vous promenant en France, en quelque lieu que ce soit, que
les femmes sont libres de le porter.
S’agissant de la
« Discrimination » : Pourquoi nombre de personnes immigrées,
parfaitement intégrées, réussissent leurs études et trouvent
du travail, ouvrent des commerces où, sans racisme aucun, se
rendent les Français de souche ? Sachez qu’un non immigré n’a
pas plus de chance qu’un immigré s’il ne fait pas d’efforts.
Le chômage en France touche toute la population. Permettez-moi
de vous signaler que certaines de vos affirmations sont fausses.
La société française ne les a pas « écartés ». Elle a sûrement
eu le tort de les rassembler. Ils bénéficient de l’enseignement
primaire gratuit. Ils bénéficient des même aides (allocations
familiales tous les mois pour chaque enfant, plus une allocation
de rentrée scolaire pour chaque enfant). Discrimination ? Revenus
minimums assurés. Jusqu’à un certain plafond, communications
téléphoniques offertes. Tous bénéficient de la couverture sociale,
ils sont soignés même s’ils ne cotisent pas.
Pour les « Logements
» : Il faut aussi savoir que les personnes au revenu modeste
bénéficient d’une allocation de logement. Mais la crise dans
ce domaine vient du fait que les propriétaires en ont assez
de retrouver leurs appartements sales et dégradés, et il faut
aussi savoir qu’en France on n’expulse pas facilement, on n’a
pas le droit, même en cas de non paiement de loyer. Discrimination
?
Salama a écrit
: « Les gouvernements consécutifs n’ont pas essayé de remédier
à ces problèmes, mais les ont laissés s’amplifier ».
Il est certain
que les gouvernements successifs n’ont pas su gérer cette immigration,
mais je voudrais ajouter que nous avons eu d’autres immigrations.
Exemple : les Polonais, les Portugais, les Espagnols, les Asiatiques,
sans problèmes de ce type. La pauvreté est un terreau idéal
pour le terroride tout genre et d’habiles manipulateurs savent
l’exploiter, en y ajoutant la drogue. C’est ainsi dans tous
les pays, et pas seulement en Europe.
|
Jeanne, Louqsor.
|
|
|
| Félicitations
et question |
| D’abord bravo
pour votre journal en ligne. C’est un lien magnifique pour tous
ceux qui vivent loin de votre beau pays. J’ai été particulièrement
intéressée par votre article publié dans le numéro 545 d’Al-Ahram
Hebdo concernant les précurseurs maronites : le grand oncle de
mon mari, Nematallah Salama, était prêtre maronite, vicaire patriarcal
en 1922 à Port-Saïd. Il a exercé également à Alexandrie et peut-être
aussi au Caire. Né à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe
probablement au Liban, il a dû mourir en Egypte pendant la seconde
guerre mondiale. Comment pourrions-nous avoir des informations,
des témoignages, sur sa vie et son œuvre ? Impossible de trouver
des adresses qui répondent : difficile quand on est si loin et
que l’on ne parle pas arabe. Si vous pouvez m’aider à trouver
une piste, je vous en serai extrêmement reconnaissante. |
Marie-Joëlle
Salami, France. |
|
|
| NDLR |
Selon le livre
Tarikh al-ressala al-marouniya fil qotr al-masri (1745-1927)
du père Boutros Khoweïri (L’Histoire de la mission maronite
en Egypte de 1745 à 1927), Nematallah Salama Al-Eglatouni est
arrivé en Egypte en 1892 et a entamé sa mission à la tête du
patriarcat de Port-Saïd. Il y est resté une trentaine d’années.
Le 24 mai 1905, il a reçu le patriarche maronite Elias Al-Howayek
avec toute sa délégation, faisant escale à Port-Saïd, avant
de se diriger vers Rome. En 1906, la Compagnie du Canal de Suez
lui a fait don de 343 mètres2, ce qui a agrandi la superficie
du patriarcat. En 1917, il a fondé la fraternité de l’Immaculée
conception à Port-Saïd. Il est resté pauvre car il distribuait
toutes les donations qu’il recevait à ceux qui en avaient le
plus besoin. Durant la première guerre mondiale, il a assuré
le contact entre l’évêque maronite en Egypte, Youssef Dariane,
et la flotte française, faisant parvenir les vivres venant du
Liban à l’amiral français. Raison pour laquelle le gouvernement
français lui a décerné la légion d’honneur à la fin de la guerre.
|
| |
|
|
| |
|
|
|