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y a même des dattes, des djellabas, des lanternes de
Ramadan qui portent son nom. Mais la vedette qu’est
Nancy Agram n’a rien de l’image de ses vidéoclips. Ni
une jolie fille qui joue de son sex-appeal, ni une superstar
attitrée. Nancy Agram n’essaye pas non plus de paraître
comme la belle intellectuelle qui a toujours son mot
à dire. Elle ressemble à Mademoiselle tout-le-monde,
mais elle est montée en flèche. En cinq ans, elle est
devenue l’idole de milliers de fans arabes, à tel point
qu’un journal américain comme le Newsweek vient de la
sélectionner comme l’une des personnes les plus influentes
dans le monde arabe.
« C’était
un grand honneur que l’Egypte m’attribue un hommage
lors du dernier Festival international du Caire de la
chanson arabe. J’adore ce pays, je suis un peu la découverte
de son peuple aussi ».
Pour Nancy
Agram Nabil Agram, tout a commencé par un amour fou
pour la musique. Née dans la capitale libanaise, Beyrouth,
elle a toujours rêvé de devenir star de la chanson.
« Je ne viens pas d’un milieu artistique, mais la musique
était toujours présente dans mon entourage. Ma grand-mère
était une vraie mélomane, elle ne cessait de fredonner
les chansons d’Abdel-Wahab, de Warda et d’Abdel-Halim,
toute la journée. Elle avait l’habitude de me faire
asseoir sur ses jambes, pour répéter avec elle ces chansons
dont je ne comprenais pas la signification ».
Cette ancienne
habitude a changé la vie de la petite « Nannous », comme
se plaisait à l’appeler sa grand-mère. « Je me souviens
qu’un jour nous avions des invités, et je chantais comme
d’habitude avec ma grand-mère. Parmi nos convives, il
y avait un ami de la famille qui travaillait à la chaîne
de télévision libanaise Future TV, lequel a convaincu
mes parents de me laisser chanter le lendemain avec
d’autres enfants durant l’une des émissions de la chaîne.
Là-bas, ce fut la grande surprise. Il s’agissait d’un
concours pour jeunes chanteurs. J’ai interprété deux
chansons : Siret al-hob (Histoire d’amour) d’Oum Kalsoum,
et Leh khalletni ahebbak (Pourquoi m’as-tu rendue amoureuse
?!) de Leïla Mourad, et j’ai gagné la médaille d’or
! ».
Ce premier
prix a attiré la petite Nancy vers le monde de la chanson,
des festivals et des lauréats. Son père, d’abord tiraillé
entre fierté et crainte, décide de venir en Egypte avec
sa fille pour participer à la compétition de la première
édition du Festival international du Caire de la chanson.
Nancy ne remporte aucun prix et n’attire même pas l’attention
du jury. Une grande déception s’empare de la famille,
mais seule Nancy se montre calme et résolue.
« Il est
normal de ne pas gagner dans un festival, c’était une
première leçon pour moi. J’ai compris que chanter n’est
pas chose facile, et que réussir sa carrière est encore
plus difficile. J’ai compris aussi qu’il ne suffit pas
d’être talentueux, mais qu’il faut également étudier
la musique et le chant. D’ailleurs, c’est ce que j’ai
fait avec l’aide du fameux compositeur Fouad Awwad ».
Depuis,
elle a passé ses années scolaires à étudier la musique,
ensuite elle a fait du solfège et appris à jouer au
luth, en parallèle à ses études en communication à l’Université
libanaise.
Entre-temps,
elle décide d’être une chanteuse professionnelle. Et
commence à chanter dans les boîtes de nuit à Beyrouth.
Ce qui lui a attiré beaucoup de critiques, une fois
célèbre.
« Je l’ai
fait par conviction. Je voulais à tout prix répondre
au désir pressant de chanter. Faire face à un public
est indispensable à tout chanteur. De plus, ces boîtes
avaient bonne réputation. Pendant cette période, j’ai
participé à de grands festivals en Tunisie », raconte
Nancy, toujours en affichant son beau sourire.
Au bout
de quelques années, elle décide de tenter sa chance
une nouvelle fois en Egypte. Grâce à des amis, elle
entre en contact avec des poètes et des compositeurs
égyptiens qui l’ont aidée en 2002 à préparer son troisième
album, Ya Salam (Ô miracle !) contenant son tube Akhasmak
ah, assibak laa (Te bouder oui, te laisser non). Elle
avait déjà lancé deux albums : Mehtagalak (J’ai besoin
de toi), en 1998, et Chil oyounak anni (Eloigne tes
yeux de moi), en 2001.
Son amie,
la réalisatrice Nadine Labaki, lui conseille d’adopter
un nouveau look inspiré des vieux films égyptiens, pour
son nouveau vidéoclip, ciblant essentiellement le public
égyptien. Objectif atteint. Le clip fait tabac.
« Tenant
compte des paroles écrites en égyptien, il nous a paru
normal que je porte une robe comme celles des anciennes
comédiennes égyptiennes. La réalisatrice m’a demandé
de changer la couleur de mes cheveux, pour avoir une
crinière noire avec des mèches rouges. C’était vraiment
très différent, car je suis blonde à l’origine ! ».
La robe
noire et la danse orientale ont fait son succès. Les
critiques pleuvaient de partout contre cette Libanaise
qui envahissait tous les écrans. D’aucuns l’ont comparée
aux sexe-symboles Hind Rostom, Rita Hayworth ou Brigitte
Bardot. Mais sous son nouveau look glamour, elle persistait
: je suis ce que je suis.
« Je ne
nie pas mon grand amour pour les films égyptiens, notamment
pour Hind Rostom et Soad Hosni, mais cela ne signifie
pas les imiter. J’ai simplement essayé dans le clip
de jouer la chanteuse et danseuse dans un café-bar égyptien,
à ma manière et selon le scénario de Nadine Labaki ».
Néanmoins,
ce clip a été décrit par certains critiques comme un
clip porno, trouvant la danse de Nancy très osée et
extrêmement érotique. Et il en est de même pour sa chanson
Ah we nos (Oui, et comment !). Devenue le point de mire
de tous, elle divise le public entre admirateurs et
détracteurs. Ces derniers n’ayant pas hésité, lors de
séances parlementaires consacrées à Nancy, à demander
à l’Etat d’intervenir contre la diffusion de ses vidéoclips
! Une députée à l’Assemblée du peuple a même avancé
que Nancy devait être traduite en justice pour avoir
doublé les cas de divorce en Egypte.
« Je suis
devenue du jour au lendemain plus dangereuse que toutes
les armes de destruction massive !! Ces accusations
me gênent, car elles donnent une image très fragilisée
des familles arabes qui, en principe, ne doivent pas
être aussi faciles à ébranler. Je répète toujours que
je me respecte et que je respecte le public. Le vidéoclip
n’était pas si choquant que ça, et ne dépassait pas
les limites de la politesse ».
Cela peut
paraître vrai si l’on compare ce clip à d’autres tournés
ultérieurement par d’autres chanteuses, beaucoup plus
flagrants et osés ... Tout en se déclarant contre «
la boutonnière » qui envahit actuellement la scène artistique,
Agram refuse de critiquer ses collègues.
« Je respecte
toutes mes collègues. Je trouve qu’il ne faut pas accuser
les chanteuses de séduction gratuite. Chacune s’est
choisi le style qui lui convient », dit-elle sur un
ton qui mêle spontanéité enfantine et réflexion mûre.
La chanteuse pèse minutieusement ses mots.
« Certains
m’ont accusée de miser sur ma beauté physique, disant
que je n’ai pas de voix. Moi, je pense uniquement à
mon travail, sans prêter une grande attention à la critique
gratuite ».
Mais faire
la sourde oreille face aux critiques est loin de taire
les rumeurs. Tantôt on l’accuse d’avoir porté atteinte
à la religion musulmane à travers une émission télévisée,
tantôt l’on assure qu’elle a subi plus de 17 opérations
de chirurgie esthétique. « J’ai subi deux opérations,
au nez et aux lèvres. Rien ne m’empêche d’annoncer le
nombre d’opérations de chirurgie esthétique que j’ai
effectuées, mais je n’en ai fait que deux. En tout cas,
avant d’être chanteuse, je suis une fille normale qui
s’intéresse à sa beauté et soigne son apparence. Je
pense que j’ai le droit de recourir à ce genre d’intervention
chirurgicale pour être plus belle. Malheureusement,
cela a pris beaucoup plus d’importance que mes chansons
! », dit-elle simplement.
En jean
et maquillage discret, elle dégage une espièglerie enfantine.
« Les clips me font paraîplus âgée. Beaucoup de gens
ne me reconnaissent pas lorsque je marche dans la rue.
Parfois, certaines personnes m’arrêtent dans la rue
pour me dire que je ressemble à Nancy Agram ! ». Et
d’ajouter : « Je mène une vie assez normale, au Liban,
avec mes deux parents, mon frère et ma jeune sœur. A
la maison, j’aide ma mère à faire les petites tâches
ménagères comme toutes les jeunes filles, d’autant plus
que j’aime bien cuisiner ».
Pendant
les répétitions comme sur scène, elle ferme les yeux
ou donne le dos aux musiciens, pour « couper net avec
son entourage et chanter ses sentiments. Je me laisse
aller avec le rythme ».
Elle chante
l’amour sans l’avoir vraiment vécu. Elle rêve d’un prince
charmant, mais se met un peu à l’écart des agitations
sentimentales.
« Certes,
je rêve du cavalier qui m’enlèvera sur son cheval blanc,
tout en étant sûre de ne pas pouvoir encore assumer
les responsabilité du mariage. Je ne suis pas prête
pour tout cela. Ce qui compte pour le moment, c’est
mon travail. Un jour, je me marierai certainement pour
avoir des enfants. Car je les adore ».
Pour l’instant,
elle se construit et jouit de sa popularité. « J’aime
le sentiment de travailler dur. Même lorsque j’ai pris
part à une campagne publicitaire pour une eau gazeuse,
j’ai tenu à ce qu’elle soit un plus pour ma carrière
de chanteuse ». Et de poursuivre : « J’espère garder
l’admiration des différentes générations ». Pour la
fête du petit Baïram, elle se produit en concert dans
plusieurs pays arabes, l’Egypte y compris. Avis aux
amateurs. |