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C’est la chanteuse la plus adulée de sa génération et le Newsweek l’a sélectionnée comme l’une des figures les plus marquantes du monde arabe. A 21 ans, la Libanaise Nancy Agram est présentée comme un vrai phénomène. Elle a une autre opinion d’elle-même.
Pin Up et enfant

Il y a même des dattes, des djellabas, des lanternes de Ramadan qui portent son nom. Mais la vedette qu’est Nancy Agram n’a rien de l’image de ses vidéoclips. Ni une jolie fille qui joue de son sex-appeal, ni une superstar attitrée. Nancy Agram n’essaye pas non plus de paraître comme la belle intellectuelle qui a toujours son mot à dire. Elle ressemble à Mademoiselle tout-le-monde, mais elle est montée en flèche. En cinq ans, elle est devenue l’idole de milliers de fans arabes, à tel point qu’un journal américain comme le Newsweek vient de la sélectionner comme l’une des personnes les plus influentes dans le monde arabe.

« C’était un grand honneur que l’Egypte m’attribue un hommage lors du dernier Festival international du Caire de la chanson arabe. J’adore ce pays, je suis un peu la découverte de son peuple aussi ».

Pour Nancy Agram Nabil Agram, tout a commencé par un amour fou pour la musique. Née dans la capitale libanaise, Beyrouth, elle a toujours rêvé de devenir star de la chanson. « Je ne viens pas d’un milieu artistique, mais la musique était toujours présente dans mon entourage. Ma grand-mère était une vraie mélomane, elle ne cessait de fredonner les chansons d’Abdel-Wahab, de Warda et d’Abdel-Halim, toute la journée. Elle avait l’habitude de me faire asseoir sur ses jambes, pour répéter avec elle ces chansons dont je ne comprenais pas la signification ».

Cette ancienne habitude a changé la vie de la petite « Nannous », comme se plaisait à l’appeler sa grand-mère. « Je me souviens qu’un jour nous avions des invités, et je chantais comme d’habitude avec ma grand-mère. Parmi nos convives, il y avait un ami de la famille qui travaillait à la chaîne de télévision libanaise Future TV, lequel a convaincu mes parents de me laisser chanter le lendemain avec d’autres enfants durant l’une des émissions de la chaîne. Là-bas, ce fut la grande surprise. Il s’agissait d’un concours pour jeunes chanteurs. J’ai interprété deux chansons : Siret al-hob (Histoire d’amour) d’Oum Kalsoum, et Leh khalletni ahebbak (Pourquoi m’as-tu rendue amoureuse ?!) de Leïla Mourad, et j’ai gagné la médaille d’or ! ».

Ce premier prix a attiré la petite Nancy vers le monde de la chanson, des festivals et des lauréats. Son père, d’abord tiraillé entre fierté et crainte, décide de venir en Egypte avec sa fille pour participer à la compétition de la première édition du Festival international du Caire de la chanson. Nancy ne remporte aucun prix et n’attire même pas l’attention du jury. Une grande déception s’empare de la famille, mais seule Nancy se montre calme et résolue.

« Il est normal de ne pas gagner dans un festival, c’était une première leçon pour moi. J’ai compris que chanter n’est pas chose facile, et que réussir sa carrière est encore plus difficile. J’ai compris aussi qu’il ne suffit pas d’être talentueux, mais qu’il faut également étudier la musique et le chant. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait avec l’aide du fameux compositeur Fouad Awwad ».

Depuis, elle a passé ses années scolaires à étudier la musique, ensuite elle a fait du solfège et appris à jouer au luth, en parallèle à ses études en communication à l’Université libanaise.

Entre-temps, elle décide d’être une chanteuse professionnelle. Et commence à chanter dans les boîtes de nuit à Beyrouth. Ce qui lui a attiré beaucoup de critiques, une fois célèbre.

« Je l’ai fait par conviction. Je voulais à tout prix répondre au désir pressant de chanter. Faire face à un public est indispensable à tout chanteur. De plus, ces boîtes avaient bonne réputation. Pendant cette période, j’ai participé à de grands festivals en Tunisie », raconte Nancy, toujours en affichant son beau sourire.

Au bout de quelques années, elle décide de tenter sa chance une nouvelle fois en Egypte. Grâce à des amis, elle entre en contact avec des poètes et des compositeurs égyptiens qui l’ont aidée en 2002 à préparer son troisième album, Ya Salam (Ô miracle !) contenant son tube Akhasmak ah, assibak laa (Te bouder oui, te laisser non). Elle avait déjà lancé deux albums : Mehtagalak (J’ai besoin de toi), en 1998, et Chil oyounak anni (Eloigne tes yeux de moi), en 2001.

Son amie, la réalisatrice Nadine Labaki, lui conseille d’adopter un nouveau look inspiré des vieux films égyptiens, pour son nouveau vidéoclip, ciblant essentiellement le public égyptien. Objectif atteint. Le clip fait tabac.

« Tenant compte des paroles écrites en égyptien, il nous a paru normal que je porte une robe comme celles des anciennes comédiennes égyptiennes. La réalisatrice m’a demandé de changer la couleur de mes cheveux, pour avoir une crinière noire avec des mèches rouges. C’était vraiment très différent, car je suis blonde à l’origine ! ».

La robe noire et la danse orientale ont fait son succès. Les critiques pleuvaient de partout contre cette Libanaise qui envahissait tous les écrans. D’aucuns l’ont comparée aux sexe-symboles Hind Rostom, Rita Hayworth ou Brigitte Bardot. Mais sous son nouveau look glamour, elle persistait : je suis ce que je suis.

« Je ne nie pas mon grand amour pour les films égyptiens, notamment pour Hind Rostom et Soad Hosni, mais cela ne signifie pas les imiter. J’ai simplement essayé dans le clip de jouer la chanteuse et danseuse dans un café-bar égyptien, à ma manière et selon le scénario de Nadine Labaki ».

Néanmoins, ce clip a été décrit par certains critiques comme un clip porno, trouvant la danse de Nancy très osée et extrêmement érotique. Et il en est de même pour sa chanson Ah we nos (Oui, et comment !). Devenue le point de mire de tous, elle divise le public entre admirateurs et détracteurs. Ces derniers n’ayant pas hésité, lors de séances parlementaires consacrées à Nancy, à demander à l’Etat d’intervenir contre la diffusion de ses vidéoclips ! Une députée à l’Assemblée du peuple a même avancé que Nancy devait être traduite en justice pour avoir doublé les cas de divorce en Egypte.

« Je suis devenue du jour au lendemain plus dangereuse que toutes les armes de destruction massive !! Ces accusations me gênent, car elles donnent une image très fragilisée des familles arabes qui, en principe, ne doivent pas être aussi faciles à ébranler. Je répète toujours que je me respecte et que je respecte le public. Le vidéoclip n’était pas si choquant que ça, et ne dépassait pas les limites de la politesse ».

Cela peut paraître vrai si l’on compare ce clip à d’autres tournés ultérieurement par d’autres chanteuses, beaucoup plus flagrants et osés ... Tout en se déclarant contre « la boutonnière » qui envahit actuellement la scène artistique, Agram refuse de critiquer ses collègues.

« Je respecte toutes mes collègues. Je trouve qu’il ne faut pas accuser les chanteuses de séduction gratuite. Chacune s’est choisi le style qui lui convient », dit-elle sur un ton qui mêle spontanéité enfantine et réflexion mûre. La chanteuse pèse minutieusement ses mots.

« Certains m’ont accusée de miser sur ma beauté physique, disant que je n’ai pas de voix. Moi, je pense uniquement à mon travail, sans prêter une grande attention à la critique gratuite ».

Mais faire la sourde oreille face aux critiques est loin de taire les rumeurs. Tantôt on l’accuse d’avoir porté atteinte à la religion musulmane à travers une émission télévisée, tantôt l’on assure qu’elle a subi plus de 17 opérations de chirurgie esthétique. « J’ai subi deux opérations, au nez et aux lèvres. Rien ne m’empêche d’annoncer le nombre d’opérations de chirurgie esthétique que j’ai effectuées, mais je n’en ai fait que deux. En tout cas, avant d’être chanteuse, je suis une fille normale qui s’intéresse à sa beauté et soigne son apparence. Je pense que j’ai le droit de recourir à ce genre d’intervention chirurgicale pour être plus belle. Malheureusement, cela a pris beaucoup plus d’importance que mes chansons ! », dit-elle simplement.

En jean et maquillage discret, elle dégage une espièglerie enfantine. « Les clips me font paraîplus âgée. Beaucoup de gens ne me reconnaissent pas lorsque je marche dans la rue. Parfois, certaines personnes m’arrêtent dans la rue pour me dire que je ressemble à Nancy Agram ! ». Et d’ajouter : « Je mène une vie assez normale, au Liban, avec mes deux parents, mon frère et ma jeune sœur. A la maison, j’aide ma mère à faire les petites tâches ménagères comme toutes les jeunes filles, d’autant plus que j’aime bien cuisiner ».

Pendant les répétitions comme sur scène, elle ferme les yeux ou donne le dos aux musiciens, pour « couper net avec son entourage et chanter ses sentiments. Je me laisse aller avec le rythme ».

Elle chante l’amour sans l’avoir vraiment vécu. Elle rêve d’un prince charmant, mais se met un peu à l’écart des agitations sentimentales.

« Certes, je rêve du cavalier qui m’enlèvera sur son cheval blanc, tout en étant sûre de ne pas pouvoir encore assumer les responsabilité du mariage. Je ne suis pas prête pour tout cela. Ce qui compte pour le moment, c’est mon travail. Un jour, je me marierai certainement pour avoir des enfants. Car je les adore ».

Pour l’instant, elle se construit et jouit de sa popularité. « J’aime le sentiment de travailler dur. Même lorsque j’ai pris part à une campagne publicitaire pour une eau gazeuse, j’ai tenu à ce qu’elle soit un plus pour ma carrière de chanteuse ». Et de poursuivre : « J’espère garder l’admiration des différentes générations ». Pour la fête du petit Baïram, elle se produit en concert dans plusieurs pays arabes, l’Egypte y compris. Avis aux amateurs.

Yasser Moheb

Jalons

1983 : Naissance à Beyrouth.

1998 : Sortie de son premier album, Mehtagalak.

2001 : Diffusion de son tube Akhasmak ah,

assibak laa.

2003 : Prix de la meilleure interprète au Festival du vidéoclip de Charm Al-Cheikh.

2005 : Hommage au Festival international du Caire de la chanson arabe.

 
 
 

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