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Tradition
. Le quartier
populaire d’Al-Hussein brille de mille feux, surtout
pendant le mois de Ramadan. Là s'incarne l'esprit
authentique des Egyptiens, où foi rime avec joie.
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| L'espace
de tous les transports |
Le
quartier d'Al-Hussein vit une ambiance de fête qui
se prolonge jusqu'à l'aube. Au cours du mois de Ramadan
et pendant la fête de l'Aïd, le nombre de visiteurs
égyptiens et étrangers augmente de façon surprenante
dans ce quartier, cœur spirituel du Caire islamique.
D'ailleurs, passer une soirée de Ramadan à Al-Hussein
revêt un goût particulier. Des guirlandes fluorescentes
ornent le minaret et les voûtes de la mosquée qui
porte le nom du saint, « le seigneur des martyrs de
la foi » comme on le dit. Les banderoles des confréries
soufies jouxtent la mosquée. Et l'odeur du tabac,
mêlée à celle de l'encens, embaume le lieu animé par
les implorations des mendiants et les cris des vendeurs
ambulants. Là, c'est toujours la cohue. Des milliers
de fidèles affluent, beaucoup viennent de la campagne.
Ils dorment là où ils peuvent aux environs de la mosquée.
« Chellah ya Hussein ! », répètent les fidèles, implorant
la bonté du saint, assassiné à Karbala en Iraq, et
l'un des saints les plus vénérés du monde musulman.
C'est un véritable rassemblement populaire autour
d'une personnalité légendaire. Cette mosquée accueille
7 000 fidèles, 24 heures sur 24, surtout les 10 derniers
jours du mois de Ramadan et le jour de l'Aïd.
Une gigantesque
tente multicolore est dressée pour accueillir quotidiennement
entre 200 et 300 participants à la rencontre annuelle
tenue par le Haut Conseil des affaires islamiques.
Un rendez-vous et une occasion pour tout musulman
d'être mieux initié aux préceptes de l'islam. Des
colloques sont organisés chaque jour, abordant l'histoire
du prophète, les différents aspects de sa personnalité,
veillant à répondre au questionnement de gens avides
de savoir. Non loin de la mosquée, et une fois par
an, une petite foire du livre se tient pour vulgariser
les livres de fiqh et de charia avec une réduction
atteignant les 25 %, une remise à l'occasion des cérémonies
sacrées. « C'est un moyen de lutter contre les livres
de religion mal documentés ou bien les cassettes qui
propagent des idées erronées sur l'islam », confie
Moustapha Abdel-Karim, fonctionnaire au Haut Conseil
des affaires islamiques, tout en précisant que cette
foire accueille plus de 600 visiteurs. « Les prix
des livres sont à la portée de tout le monde. Certains
ne dépassent pas les 2,25 L.E., on y trouve même des
encyclopédies, dont les prix commencent à 22,5 L.E.
», avance Abdel-Karim. Tout autour de la mosquée,
de nombreux vendeurs font un étalage bien garni d'œuvres
littéraires. Chez Moustapha est exposé le récit intarissable
de Antar Ibn Chaddad, cette belle histoire d'amour
marquée d'héroïsme, celui de la princesse ambitieuse,
et d'autres ouvrages, des chefs-d'œuvre de la littérature
arabe. Par ailleurs, des salons culturels se tiennent
régulièrement à Beit Al-Séheimi et à Wékalet Al-Ghouri,
situés sur l'autre rive du quartier.
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L'autre visage
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Or,
cet aspect religieux et culturel n'est pas la seule
particularité d'Al-Hussein. « Ce quartier est un microcosme
de l'Egypte de par sa richesse et ses contrastes. La
modernisation de ce quartier n'a pas entaché le caractère
de ce joyau qui date du temps des Fatimides. Les haras
ou ruelles dégagent une atmosphère surannée et son marché
exhale une odeur d'encens et d'épices. Cette joie de
vivre mêlée à la piété contribuent à la spécificité
de ce quartier », explique Ali Al-Mansouri, ingénieur,
50 ans, qui vient chaque année de Hawamdiya, située
à 35 km du Caire, pour passer une soirée dans ce quartier.
Malgré la hausse des prix, Ali tient à ne pas perdre
cette habitude de se rendre à Al-Hussein. « Le prix
du kilo de kébab est à 80 L.E., celui d'un poulet rôti
atteint les 20 L.E. Et pour prendre une tasse de thé
à la terrasse d'un café, il me faut débourser au moins
50 L.E. lorsque je suis accompagné de ma famille composée
de 5 personnes, car le verre de thé coûte environ 6,5
L.E. Alors pour limiter les frais, j'achète un poulet
rôti et passe le reste de la soirée assis sur un trottoir
à contempler ce beau tableau grouillant de monde »,
confie-t-il.
En effet,
selon Yéhia Tadros, professeur en patrimoine égyptien,
faire la fête est un trait marquant de la personnalité
égyptienne. Et malgré les conditions pas souvent faciles
et les phases critiques qu'a traversées le pays tout
au long de son histoire, l'Egyptien a toujours manifesté
son engouement pour la célébration des fêtes. Ainsi,
le duo mort et vie a forgé la culture populaire et a,
depuis toujours, été le thème des cérémonies. Après
l'arrivée de l'islam et bien que les Egyptiens aient
reçu une nouvelle culture, cela n'a pas enrayé les vieilles
habitudes, et c'est ce qui fait leur singularité. «
L'influence de différentes cultures égyptiennes a donné
naissance à des cérémonies, teintées d'une particularité
et qui n'existent qu'en Egypte », explique Abdel-Hamid
Hawas, professeur d'art populaire.
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Un tableau singulier
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Plus
on pénètre dans le quartier et plus on découvre d'autres
aspects qui font son excentricité. Non loin de la
mosquée se trouvent plusieurs cafés qui, souvent,
présentent un show à partir de minuit. De loin nous
parvient la voix de Sayed Imam, fils de cheikh Imam,
chanteur de gauche des années 1960 et 70. Ce dernier
a interprété les poèmes incarnant l'esprit de révolte
du grand poète Ahmad Fouad Negm contre le régime de
l'époque. Sayed, le fils, a choisi de chanter à l'intérieur
d'un café entouré de clients. Il reprend le répertoire
de l'astre de l'Orient, Oum Kalsoum. Des applaudissements
retentissent et les manifestations d'allégresse des
clients se mêlent aux implorations des fidèles se
trouvant dans la mosquée. Et ce contraste s'observe
aussi dans le décor du lieu. Il n'est donc pas étrange
de trouver des échoppes vendant des chapelets et de
l'encens avoisinant des magasins exposant des instruments
de musique ou des costumes de danse orientale.
Un
autre contraste : celui des pauvres qui déambulent
coude à coude avec les riches. Et toutes les couches
sociales y sont représentées. De l'élite, telle que
le metteur en scène Youssef Chahine à la modeste paysanne
analphabète qui vient spécialement pour visiter la
mosquée du saint, car elle n'a pas les moyens de faire
une Omra (petit pèlerinage). Et des plus aisés aux
plus modestes, chacun vient passer une soirée inoubliable
selon ses moyens. Pourquoi pas ? Puisque à côté du
café où chante Imam est garée une charrette où l'on
peut acheter un plat de kochari à 75 pts ou encore
un dessert, un qamar al-dine ou un riz au lait, chez
Hagga Oum Mohamad pour 50 pts, tout en profitant de
la musique émanant des cafés. Ce même contraste s'observe
dans l'allure de Bint Al-Balad, l'archétype de la
région qui avec sa abaya noire — qui a remplacé al-milaya
al-laf — met en relief sa féminité, laissant dépasser
quelques mèches de ses cheveux et déambulant gracieusement.
Selon
l'écrivain Mohamed Salmawy, l'amour que l'Ancien Egyptien
vouait à sa patrie n'était pas lié uniquement à sa
croyance religieuse, il incarnait aussi l'amour de
la vie, avec tous ses plaisirs. Il suffit de contempler
les fresques de l'Ancienne Egypte qui couvrent les
tombeaux pour avoir une idée de ce qu'il voulait transporter
de précieux avec lui dans l'autre vie. On retrouve
sur ces fresques des musiciens, des danseuses et une
gastronomie exquise. L'amour de l'Egyptien moderne
pour la vie se manifeste clairement pendant le mois
de Ramadan. Si un étranger visite l'Egypte durant
ce mois, il se croirait dans un carnaval. Les gens
voient souvent l'Egypte à travers son passé historique
et non pas à partir d'une optique contemporaine. Ils
sont émerveillés par la grandeur de sa civilisation,
alors qu'en réalité, l'histoire de l'Egypte se poursuit
et cela peut passer inaperçu pour celui qui se satisfait
d'admirer les sites archéologiques ou l'architecture
sans tenir compte de l'esprit qui les a fabriqués,
et qui demeure une vérité immortelle.
Un contraste
entre vie et mort, richesse et pauvreté, vie et religion
qui confère à ce quartier cet aspect origin. Reste
à dire qu'Al-Hussein, de par ses traits diversifiés,
reste un quartier qui incarne ce contraste de l'identité
égyptienne. Un point important dont semblent tenir
compte les hommes d'affaires, petits et grands. Bien
que les loyers ne cessent d'augmenter dans le quartier,
nombreux sont les commerçants qui restent attachés
aux quelques mètres carrés qu'ils possèdent, surtout
si l'endroit est situé à proximité de la mosquée.
Hussein Al-Mawardi, vendeur de parfums et d'encens,
nous confie que le loyer de son petit magasin, qui
ne dépasse pas 1,75 m2, a atteint 80 L.E. par mois.
Mais il lui suffit d'être à proximité d'Al-Hussein
car les touristes sont nombreux et viennent acheter
des souvenirs de chez lui, qui sont trop onéreux pour
beaucoup d'Egyptiens. Ce qui signifie un gagne-pain
garanti pour lui. Là, les vendeurs ne cessent d'étaler
les histoires de miracles qui ont eu lieu grâce à
la bénédiction du saint. Par exemple, l'homme qui
est tombé du haut du minaret et n'a eu aucune égratignure
ou encore les histoires des femmes stériles parfois
non musulmanes qui rendent visite au saint Al-Hussein
pour avoir des enfants. Des histoires que les cheikhs
essaient de démentir. Pourtant, certains commerçants
insistent à les raconter et à les transmettre de bouche
à oreille. Car pour eux, il s'agit d'un moyen de promotion
destiné à mieux commercialiser leurs articles.
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Dina
Darwich |
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