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Égypte-france . Dans une étude intitulée Jean Cocteau et Ahmed Youssef, Regards croisés, Paris 2005, Hanan Bahey El-Dine Mounib, analyse l’échange entre deux cultures, loin des idées préconçues.
Entre deux rives

Si Hanan Bahey El-Dine Mounib compare Jean Cocteau, figure emblématique de la littérature française, à Ahmed Youssef, écrivain, journaliste et conteur égyptien, dans une étude empirique, ce n’est pas seulement parce que ce dernier est fortement influencé par le grand écrivain français et lui a consacré un ouvrage, Cocteau l’Egyptien. De plus, elle en profite pour projeter la lumière sur des regards croisés sur deux civilisations, française et égyptienne. Elle présente Ahmed Youssef : « Cet Alexandrin à deux pieds (il se définit ainsi lui-même), ce Docteur en Sorbonne n’en finit pas d’interroger le public français sur le sens particulier de sa culture, du rôle que doit jouer la France, notamment vis-à-vis du monde arabe et de témoigner sur la nécessité d’une amitié profonde et sincère entre la France et l’Egypte ».

En écartant l’impasse de l’orientalisme en France, elle souligne, à travers cette étude, que cette amitié doit se nourrir de visions actuelles, de l’urgence du moment présent. Autrement, « l’Egypte pourrait se réduire aux yeux des Français aux pyramides et au temps béni des pharaons, et la France, aux yeux des Egyptiens, à Napoléon et à la civilisation des Lumières ».

Ainsi, le premier livre d’Ahmed Youssef fut La Fascination de l’Egypte : du rêve au projet, publié chez L’Harmattan. Il lui a permis de retracer les périodes essentielles et les différents courants de l’orientalisme. Part de rêve et fantasme chez les politiques, comme chez les écrivains, le voyage prend une tournure initiatique, révélatrice de l’être intérieur, autant que découverte de l’autre.

La poésie de Nerval, l’action publique de Napoléon en Egypte, le rêve de Ferdinand de Lesseps devenu réalité, tous ces ingrédients et tant d’autres encore sont essentiels pour comprendre la vision orientale en France, entre mythe et réalité.

Ahmed Youssef a ensuite concrétisé sa quête entre deux cultures, deux civilisations, deux pays, deux langues, deux peuples, en rendant justice à un « touche-à-tout » de génie, si décrié, si controversé : Jean Cocteau, le bourgeois parisien aimé et admiré par tous les Français.

Dans un ouvrage essentiel, Cocteau l’Egyptien, Ahmed Youssef s’interroge si l’on peut voir en ce grand poète le dernier orientaliste que la littérature française ait enfanté.

Le journaliste égyptien, en dévoilant une relation secrète entre la mère de Cocteau et un diplomate oriental, pose une graine de doute dans l’histoire de la naissance du grand écrivain. Il évoque, avec un petit clin d’œil, cet épisode. Vient ensuite, toujours selon le jugement de l’écrivain égyptien, l’influence de son oncle Raymond Lecomte, également diplomate papillonnant entre Egypte et Perse. Ces deux clins d’œil ne sont pas les seules sources d’amour de Cocteau pour l’Orient, mais il a été « arrosé par des années de lecture des célèbres contes des Mille et une Nuits avec leurs personnages fascinants, leurs décors féeriques et par le célèbre spectacle du Chat Noir sur lequel il greffera la lecture du roman de Jules Verne Le Tour du monde en quatre–vingts jours, qui a ouvert une curieuse perspective dans l’imaginaire de son enfance et son adolescence ». Enfin, angoissé, Cocteau tente de fuir ses malheurs, et son Orientalisme inné l’oriente spontanément vers le pays des immortels : l’Egypte, la terre des légendes.

La controverse du « Maalesh »

La présentation de l’ouvrage de Cocteau sur l’Egypte et intitulé Maalesh par Ahmed Youssef rend à ce livre controversé ses lettres de noblesse. Il est, selon lui, un récit de voyage qui porte des observations pertinentes sur le pays et le peuple égyptiens. Maalesh, le mot le plus courant, le plus banal et le plus drôle des termes égyptiens, est expliqué par l’écrivain lui-même au spectateur français : « Maalesh est un mot qu’on emploie sans cesse, à tout propos, pour dire : ça n’a pas d’importance ». Ce livre, basé sur un deuxième séjour en Egypte de Jean Cocteau, où il n’a fréquenté que les milieux aristocratiques francophones égyptiens dans leurs palais princiers dorés, a causé l’indignation des intellectuels français aussi bien qu’égyptiens pour la description, dans des passages humiliants, de la vie misérable des Egyptiens.

La chercheuse montre que Cocteau a exagéré dans quelques passages de son ouvrage, surtout en parlant du prétendu fanatisme égyptien, de fausses informations pédagogiques, des femmes drapées de noir, de la religion qui constitue le seul espoir, la seule drogue du peuple égyptien soumis à son destin, la misère moins pénible au soleil, la paresse du fellah égyptien, etc.

Malgré la colère des écrivains égyptiens et français, de la famille royale et du roi lui-même, de l’homme de la rue, des vrais connaisseurs de l’Egypte ancienne et moderne, Ahmed Youssef ne s’empêche pas de plaider « son Cocteau » et défendre sa réputation devant tous les lecteurs : « Nous croyons que Maalesh est, en fait, un regard empreint d’admiration pour l’élégance physique et morale des Egyptiens. Il porte des jugements plus mûris sur l’Egypte contemporaine, qui dégagent en filigrane l’effluve d’un optimisme rare chez Cocteau (…). Il demeure un excellent récit de voyage, sincère, juste et peut-être considéré comme le dernier grand ouvrage de littérature française inspiré par l’Egypte, cent ans après Le Voyage en Orient de Gérard de Nerval ».

Au terme de son étude, Hanan Bahey El-Dine Mounib plaide pour la traduction de Cocteau l’Egyptien, qui aborde une phase de l’histoire des interactions littéraires et culturelles entre deux pays si différents et pourtant si proches, l’Egypte et la France, de telle sorte que les lecteurs égyptiens puissent à leur tour découvrir la mille et unième facettes cocteauliennes de notre histoire égyptienne.

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