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Législatives 2005. Les esprits s’échauffent et la campagne électorale prend sa vitesse de croisière. Reportage à Madinet Nasr, au Caire, et à Damanhour, dans le Delta.
Le PND mise sur Al-Fiqi à Damanhour

Damanhour, dans le gouvernorat de Béheira, est en effervescence. Trente-deux candidats représentant toutes les tendances politiques sont en lice dans cette circonscription. Trois du PND (Parti National Démocrate), un du parti du Rassemblement et 27 indépendants, dont un de tendance islamiste. Mais le vrai duel oppose le candidat du PND Moustapha Al-Fiqi, président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée du peuple, à Gamal Hechmat, membre de la confrérie des Frères musulmans, ancien député de 1995/2002, et professeur à l’Institut des recherches médicales de l’Université d’Alexandrie. Hechmat a décidé de se présenter cette année aux élections après avoir perdu lors du précédent scrutin à cause d’une erreur dans le décompte des voix.

La circonscription vit au rythme effréné des élections. A l’entrée de Damanhour, des pancartes sont accrochées de-ci et de-là par les partisans des différents candidats. Cependant, les portraits d’un seul candidat semblent dominer les murs des maisons, des bâtiments et des cafés. On les retrouve sur les bus, les microbus, et les voitures de particuliers. Ce candidat, c’est Moustapha Al-Fiqi. Les habitants affirment qu’Al-Fiqi, qui habite Le Caire, est venu s’installer à Damanhour au lendemain de sa candidature. « Al-Fiqi n’a aucune popularité ici. Mais, il nous a rendu visite et nous a promis des emplois et des soins gratuits. Finalement, c’est ce qui nous intéresse », souligne Hamdi Al-Sayed, professeur qui cherche le lieu où va se tenir le meeting électoral du candidat du PND. « Moi, ce que je veux, c’est trouver un emploi pour mon fils qui est au chômage depuis 5 ans », affirme-t-il.

La plupart des électeurs de Damanhour ignorent l’enjeu des élections. Ils donneront leur voix au candidat le plus offrant. « Nous ne voterons que pour Al-Fiqi. C’est un membre du PND, c’est-à-dire membre du gouvernement. Il lui sera donc facile de nous rendre service. Nous avons entendu dire que le premier ministre, accompagné de plusieurs ministres, ainsi que le gouverneur de Béheira et des cadres du PND vont se rendre à Damanhour pour nous rencontrer. Ils veulent connaître nos problèmes et les résoudre après que leur candidat aura remporté les élections », déclare Mohamad Mohie, fonctionnaire.

Bien qu’Al-Fiqi apparaisse dans cette circonscription comme l’homme fort du PND, des rumeurs circulent selon lesquelles il aurait demandé à Mohamad Habib, le numéro 2 de la confrérie, de retirer la candidature de Hechmat, son principal concurrent.

Gamal Hechmat, lui, mène sa campagne à sa manière. « Je suis obligé de mener ma campagne sans affiches, ni pancartes et sous le contrôle de la sécurité. Toutes les banderoles qui annonçaient ma candidature ont été enlevées. De plus, il y a deux agents de police qui me suivent pas à pas dès que je sors de ma maison jusqu’à mon retour », révèle le candidat islamiste tout en affirmant que ces complots ne l’empêcheront pas de poursuivre sa campagne. Sous une surveillance policière, il tient quotidiennement des meetings électoraux et sillonne les quartiers, les marchés populaires et les administrations gouvernementales. « Dieu est avec toi Hechmat. Nous sommes tous derrière toi. L’islam est la solution », affirment ses partisans. « Hechmat a déjà été député de la circonscription. Lors de la dernière session, il est resté deux ans au Parlement. Il a présenté des demandes aux responsables pour réaménager les réseaux d’eau potable, de drainage sanitaire et de transport, sans compter les interpellations sur la corruption et l’accroissement du taux de chômage », souligne Mohamad Al-Bakouti, propriétaire d’une boutique.

Il énumère les services que Hechmat vient d’accomplir sans attendre les résultats des élections : un centre médical gratuit et des classes de soutien scolaire. « Il est très généreux, il offrait gratuitement des repas d’iftar. Il avait fait don d’un revenu mensuel fixe aux familles démunies, aux veuves et aux orphelins. Il paie les soins médicaux et les frais de scolarité aux pauvres », ajoute Fatma, mère d’une famille qui porte le niqab (voile recouvrant le visage). Elle assure que elle, sa famille, ses voisins et tous les habitants vont voter pour lui. « Nous voulons le défendre et lutter contre l’injustice qu’il a subie lors de l’élection partielle, où les électeurs ont été interdits par les forces de sécurité d’accéder aux bureaux de vote ».

Si bon nombre de citoyens insistent à aller voter pour empêcher toute fraude, d’autres estiment que ces élections ne valent pas le déplacement. « C’est le candidat du PND qui va gagner. C’est le gouvernement qui l’a choisi et c’est lui qui va l’aider à remporter les élections. Pourquoi donc gaspiller notre temps ? », lâche Gamil Ismaïl, un habitant. Gamal Hechmat affiche quant à lui sa fureur : « J’ai été exclu du Parlement en 2003 à cause de la fraude. Je vais réussir par la volonté des citoyens et grâce au contrôle juridique ferme qui nécessite de ne pas limiter le rôle des juges à l’intérieur des bureaux ». A quelques jours des élections, la bataille s’annonce déjà rude entre le protégé du PND et le représentant des Frères.

Héba Nasreddine

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