| Vingt-un
candidats se présentent dans cette circonscription de
l’Est du Caire, à Madinet Nasr. La lutte se situe principalement
entre les Frères musulmans et le PND. Les Frères, très
bien organisés, ont inventé des moyens inédits de propagande
électorale. Chaque mardi, ils organisent une parade
électorale dans un centre commercial pour soutenir leurs
deux candidats, Makarem Al-Diari, professeur à l’Université
d’Al-Azhar, et Essam Mokhtar. « Ihna, ihna Al-Okhwane
al-moslémine. Ya Ahali Madinet Nasr, Al-Okhwane homma
al-nasr » (Nous sommes les Frères musulmans. Ô citoyens
de Madinet Nasr, les Frères sont la victoire), annoncent
les affiches portées par les Frères. C’est la première
fois que les membres de la confrérie dévoilent publiquement
leur appartenance politique. « L’atmosphère générale
après la décision d’amender la Constitution et l’arrêt
de la répression nous ont encouragés à mener librement
notre campagne », explique Khaled Badawi, avocat et
l’un des organisateurs de la campagne des Frères. Tout
est bien calculé dans cette campagne. Tout d’abord,
le choix des horaires. Après la prière des tarawihs
(subrogatoires), plusieurs centaines de personnes (jeunes,
adultes et même des enfants) se rassemblent dans une
rue du quartier. Le cortège se met en branle mené par
les deux candidats de la confrérie et leurs familles.
Les jeunes, dont la plupart sont des étudiants à l’Université
d’Al-Azhar, sont vêtus de jeans et ne portent pas de
barbe. Ils collent des affiches et des posters devant
chaque maison et sur les troncs des arbres. Certains
d’entre eux parlent aux piétons pour les convaincre
des idées de leur mouvement. Le cortège est divisé en
plusieurs groupes. Il y a un groupe qui interprète des
chansons islamiques, un autre groupe porte des affiches
et les brandit de façon à ce que les habitants puissent
les voir des balcons. Un troisième groupe chante l’hymne
national et un quatrième contrôle la marche pour ne
pas bloquer le trafic. Quant aux femmes et aux filles
dont la plupart portent le khimar (voile traditionnel),
elles tiennent le Coran à la main. « Les citoyens sont
très religieux par nature. Nous avons parmi nous des
gens qui n’appartiennent à aucun mouvement politique
et aussi des femmes non voilées », explique Ahmad Saleh,
médecin et aussi l’un des organisateurs de la campagne
des Frères. Selon lui, cette parade électorale est la
preuve que le mouvement des Frères musulmans « n’est
pas loin des gens ».
Cette campagne
« nouveau look » pour les Frères musulmans porte ses
fruits et les candidats de la confrérie se posent déjà
en favoris dans cette circonscription. « La plupart
des autres candidats, nous les avons déjà essayés au
cours des sessions parlementaires précédentes et ils
n’ont rien fait. Les candidats des Frères musulmans
ne sont pas aussi connus que les autres mais ils peuvent
peut-être faire quelque chose. Je pense que s’il n’y
a pas de fraude, ils gagneront », déclare Salma Moustapha,
étudiante à l’Université d’Aïn-Chams, qui ne fait partie
d’aucun mouvement islamiste.
Face aux
Frères, il y a l’ingénieur Fawzi Al-Sayed, le député
indépendant sortant de la circonscription. Accusé de
fraude fiscale et condamné par la justice, il a dû régler
toutes ses dettes au fisc. Surnommé « Houte Madinet
Nasr » (la baleine de Madinet Nasr), cet entrepreneur
qui se présente en indépendant emploie des milliers
de citoyens de Madinet Nasr. Sa compagnie a construit
la plupart des bâtiments du quartier. Il n’aura pas
la tâche facile. « Je sais que la concurrence est très
difficile mais j’ai voulu disputer ces élections pour
restituer ma dignité et pour déclarer à tout le monde
que je suis innocent », explique Fawzi Al-Sayed, qui
a publié un livre où il explique les conditions de son
arrestation et les rumeurs qu’il a dû affronter ainsi
que les complots qui ont été fomentés contre lui. Quant
aux deux candidats du PND, Moustapha Al-Salab et Soraya
Labana, ils comptent sur les voix des employés des différentes
administrations gouvernementales qui se trouvent en
grand nombre dans ce quartier. Il y a par exemple le
Centre de planification national, la plupart des compagnies
pétrolières, l’organisme des impôts, le ministère de
la Main-d’œuvre et le terrain des expositions. La plupart
des fonctionnaires de ces endroits n’habitent pas à
Madinet Nasr (bien qu’ils y votent car on peut voter
en fonction de son lieu de travail). Ils ne se sentent
pas concernés par les services présentés par les candidats,
ce qui les intéresse plutôt, c’est de réaliser n’importe
quel profit durant la campagne électorale. « Nous faisons
face à un problème avec ces fonctionnaires qui veulent
des privilèges et ne s’intéressent pas aux services
», explique Ahmad, qui fait partie de l’équipe de campagne
d’un des candidats de l’opposition. |