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Législatives 2005. Les esprits s’échauffent et la campagne électorale prend sa vitesse de croisière. Reportage à Madinet Nasr, au Caire, et à Damanhour, dans le Delta.
Le new look des Frères

Vingt-un candidats se présentent dans cette circonscription de l’Est du Caire, à Madinet Nasr. La lutte se situe principalement entre les Frères musulmans et le PND. Les Frères, très bien organisés, ont inventé des moyens inédits de propagande électorale. Chaque mardi, ils organisent une parade électorale dans un centre commercial pour soutenir leurs deux candidats, Makarem Al-Diari, professeur à l’Université d’Al-Azhar, et Essam Mokhtar. « Ihna, ihna Al-Okhwane al-moslémine. Ya Ahali Madinet Nasr, Al-Okhwane homma al-nasr » (Nous sommes les Frères musulmans. Ô citoyens de Madinet Nasr, les Frères sont la victoire), annoncent les affiches portées par les Frères. C’est la première fois que les membres de la confrérie dévoilent publiquement leur appartenance politique. « L’atmosphère générale après la décision d’amender la Constitution et l’arrêt de la répression nous ont encouragés à mener librement notre campagne », explique Khaled Badawi, avocat et l’un des organisateurs de la campagne des Frères. Tout est bien calculé dans cette campagne. Tout d’abord, le choix des horaires. Après la prière des tarawihs (subrogatoires), plusieurs centaines de personnes (jeunes, adultes et même des enfants) se rassemblent dans une rue du quartier. Le cortège se met en branle mené par les deux candidats de la confrérie et leurs familles. Les jeunes, dont la plupart sont des étudiants à l’Université d’Al-Azhar, sont vêtus de jeans et ne portent pas de barbe. Ils collent des affiches et des posters devant chaque maison et sur les troncs des arbres. Certains d’entre eux parlent aux piétons pour les convaincre des idées de leur mouvement. Le cortège est divisé en plusieurs groupes. Il y a un groupe qui interprète des chansons islamiques, un autre groupe porte des affiches et les brandit de façon à ce que les habitants puissent les voir des balcons. Un troisième groupe chante l’hymne national et un quatrième contrôle la marche pour ne pas bloquer le trafic. Quant aux femmes et aux filles dont la plupart portent le khimar (voile traditionnel), elles tiennent le Coran à la main. « Les citoyens sont très religieux par nature. Nous avons parmi nous des gens qui n’appartiennent à aucun mouvement politique et aussi des femmes non voilées », explique Ahmad Saleh, médecin et aussi l’un des organisateurs de la campagne des Frères. Selon lui, cette parade électorale est la preuve que le mouvement des Frères musulmans « n’est pas loin des gens ».

Cette campagne « nouveau look » pour les Frères musulmans porte ses fruits et les candidats de la confrérie se posent déjà en favoris dans cette circonscription. « La plupart des autres candidats, nous les avons déjà essayés au cours des sessions parlementaires précédentes et ils n’ont rien fait. Les candidats des Frères musulmans ne sont pas aussi connus que les autres mais ils peuvent peut-être faire quelque chose. Je pense que s’il n’y a pas de fraude, ils gagneront », déclare Salma Moustapha, étudiante à l’Université d’Aïn-Chams, qui ne fait partie d’aucun mouvement islamiste.

Face aux Frères, il y a l’ingénieur Fawzi Al-Sayed, le député indépendant sortant de la circonscription. Accusé de fraude fiscale et condamné par la justice, il a dû régler toutes ses dettes au fisc. Surnommé « Houte Madinet Nasr » (la baleine de Madinet Nasr), cet entrepreneur qui se présente en indépendant emploie des milliers de citoyens de Madinet Nasr. Sa compagnie a construit la plupart des bâtiments du quartier. Il n’aura pas la tâche facile. « Je sais que la concurrence est très difficile mais j’ai voulu disputer ces élections pour restituer ma dignité et pour déclarer à tout le monde que je suis innocent », explique Fawzi Al-Sayed, qui a publié un livre où il explique les conditions de son arrestation et les rumeurs qu’il a dû affronter ainsi que les complots qui ont été fomentés contre lui. Quant aux deux candidats du PND, Moustapha Al-Salab et Soraya Labana, ils comptent sur les voix des employés des différentes administrations gouvernementales qui se trouvent en grand nombre dans ce quartier. Il y a par exemple le Centre de planification national, la plupart des compagnies pétrolières, l’organisme des impôts, le ministère de la Main-d’œuvre et le terrain des expositions. La plupart des fonctionnaires de ces endroits n’habitent pas à Madinet Nasr (bien qu’ils y votent car on peut voter en fonction de son lieu de travail). Ils ne se sentent pas concernés par les services présentés par les candidats, ce qui les intéresse plutôt, c’est de réaliser n’importe quel profit durant la campagne électorale. « Nous faisons face à un problème avec ces fonctionnaires qui veulent des privilèges et ne s’intéressent pas aux services », explique Ahmad, qui fait partie de l’équipe de campagne d’un des candidats de l’opposition.

Chérine Abdel-Azim
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