| Déterminés
à faire face au Parti National Démocrate (PND, au pouvoir)
à travers la présentation d’une liste commune aux prochaines
législatives, les forces politiques participantes au Front
National Uni pour le Changement (FNUC) reconnaissent les
limites de leur entreprise et les conséquences de l’absence
de deux opposants de taille, à savoir les Frères musulmans
et le parti Al-Ghad, qui présenteront leurs propres listes.
Onze
partis et groupes politiques toutes tendances confondues,
parfois même aux antipodes, ont essayé, tant bien que
mal, de mettre de côté leurs divergences pour s’unir autour
d’un seul et unique objectif : faire face aux candidats
du PND lors des prochaines élections législatives. Le
nombre de candidats investis pour les prochaines législatives
a atteint les 320 candidats, couvrant 80 % des circonscriptions.
Certaines circonscriptions (de 3 à 9 selon diverses estimations)
font toujours l’objet de tractations entre les forces
représentées sur la liste commune du FNUC.
Puisqu’il
s’agit pour les groupes politiques du front d’éviter d’opposer
leurs candidats respectifs, des règles ont été mises en
vigueur pour leur permettre de tomber d’accord sur un
candidat unique dans chaque circonscription pour concurrencer
celui du PND. « Les chefs des partis, les anciens députés,
les candidats malheureux ayant participé au deuxième tour
lors des précédentes élections, ainsi que les personnalités
à la popularité incontestable auront la priorité absolue
de figurer sur la liste de la coalition, tout en préservant
bien entendu un certain équilibre de représentativité
entre les divers partis et forces participant au front
», explique Aboul-Ela Madi, président du projet de parti
d’Al-Wassat. « Pour les circonscriptions problématiques,
le choix du candidat se fait après discussion, et la décision
est prise à l’unanimité étant donné qu’il suffirait qu’une
seule partie refuse pour opposer son veto sur le candidat
choisi », ajoute le même responsable.
Le FNUC regroupe
toutes les couleurs du spectre politique égyptien. Outre
les trois principaux partis de l’opposition : le néo-Wafd
(libéral), le Rassemblement (gauche) et le Parti nassérien,
le front a attiré les nombreux mouvements revendiquant
le changement qui ont proliféré cette année, notamment
le mouvement Kéfaya et le Rassemblement national pour
le changement démocratique, dirigé par l’ancien premier
ministre Aziz Sedqi, ainsi que les partis naissants non
encore reconnus d’Al-Wassat (de tendance islamiste) et
d’Al-Karama (de tendance socialiste), ou encore le parti
dissous du Travail (de tendance islamiste).
Loin de toute
prédication d’ordre idéologique, le programme du FNUC
repose sur « 10 principes pour le changement politique
et constitutionnel », dont l’établissement d’un Etat démocratique
et civil, la rédaction d’une nouvelle Constitution, une
répartition des pouvoirs limitant celui du président de
la République, la promotion des libertés politiques et
publiques, la suppression des restrictions imposées sur
la formation des partis et des associations civiles et
sur la création des journaux, la lutte contre la corruption,
etc., effleurant aussi les dossiers classiques de la réforme
de l’enseignement, des services sanitaires, la lutte contre
le chômage, la crise du logement et la corruption, etc.
Peu confiants
à l’égard du gouvernement, qui promet la transparence
(peut-être aussi en eux-mêmes), les dirigeants du FNUC,
dans un retournement de position, ont demandé une observation
internationale des prochaines élections, une idée qu’ils
avaient exclue à l’unanimité lors des élections présidentielles.
Cette demande sera envoyée au Haut-Commissariat des Nations-Unies
pour les droits de l’homme, ainsi qu’à des organisations
non gouvernementales comme Amnesty International et Human
Rights Watch.
Malgré les
efforts déployés pour rassembler toutes les forces de
l’opposition, deux forces de taille sont absentes de la
liste commune de l’opposition, il s’agit des Frères musulmans
et du parti Al-Ghad, dont le président est arrivé second
lors des élections présidentielles de septembre, bien
avant le président du néo-Wafd et porte-parole du FNUC,
Noamane Gomaa. Les raisons affichées de cette double absence
sont interprétées loin des différends idéologiques et
personnels. Les Frères ont annoncé qu’il était trop tard
pour s’engager dans des concertations alors qu’ils avaient
déjà préparé leur liste électorale, et en ce qui concerne
Al-Ghad, « le front a décidé de ne pas s’impliquer dans
le conflit interne qui déchire le parti, dont la présidence
est disputée entre Aymane Nour et Moussa Moustapha Moussa
», explique le secrétaire général du Rassemblement, Hussein
Abdel-Razeq.
Cela dit,
tout le monde s’accorde à reconnaître que l’absence de
ces deux partis affectera les chances de réussite électorale
des candidats du front. C’est peut-être pourquoi les participants
au FNUC s’emploient à modérer les attentes : « C’est une
démarche réussie, mais qui devra être entretenue. Sous
cette formule, l’opposition réalisera sans doute de meilleurs
résultats, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions.
Les dirigeants du front sont déterminés à poursuivre leur
concertation et leur pression pour parvenir au changement
escompté, c’est là le vrai objectif », tempère Aboul-Ela
Madi.
Dans la même
optique, Mohamad Al-Sayed Al-Saïd, vice-directeur du Centre
d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
estime que les chances électorales du FNUC sont « extrêmement
faibles ». « La vraie importance de ce front se situe
plutôt au niveau politique, notamment en ce qui concerne
la lutte en faveur des réformes démocratiques et constitutionnelles
substantielles et d’un processus électoral transparent
», ajoute-t-il. « A mon avis, l’opposition, les Frères
musulmans compris, ne remportera pas plus de 80 sièges,
mais le changement politique et constitutionnel ne se
limite pas à une bataille électorale, il faut pousser
encore plus loin le travail du front », renchérit Abdallah
Al-Sennawi, rédacteur en chef d’Al-Arabi, organe de presse
du Parti nassérien.
Autant dire
que l’alliance de l’opposition est un projet à long terme
qu’une maigre performance électorale ne suffirait pas
à condamner à mort. C’est du moins ce que souhaitent ses
promoteurs.
Chérif Albert
Al-Ghad
dans le creux de la vague
S’étant posé
comme le leader de l’opposition au lendemain des élections
présidentielles du 7 septembre dernier, le parti Al-Ghad
s’est engouffré depuis dans une série de luttes intestines.
Son président, Aymane Nour, arrivé deuxième, loin après
le président Moubarak, a perdu son aura de candidat à
la présidence. A la veille des élections législatives,
qui commencent la semaine prochaine, Nour essaye désormais
de concentrer ses efforts pour sauver son parti et se
montrer à la hauteur des espoirs qu’il a nourris auprès
de ses sympathisants.
En lutte
contre une scission au sein de son parti, qui commence
à échapper partiellement à son pouvoir, faisant l’objet
d’un procès en cours pour falsification de documents,
délaissé par les Américains qui parlent moins de lui,
Aymane Nour est au creux de la vague. Ses chances pour
les législatives, et celles des candidats de son parti,
pourraient être sensiblement réduites.
« Aymane
Nour a déposé une demande à Aziz Sedqi (le rapporteur
du FNUC) pour adhérer au front, au même moment Moustapha
Moussa (qui dispute la présidence du parti à Nour) a déposé
une demande semblable au nom du parti », raconte le secrétaire
général du parti du Rassemblement, Hussein Abdel-Razeq,
pour expliquer les raisons de l’exclusion du front d’Al-Ghad.
Le rédacteur en chef d’Al-Arabi, organe de presse du Parti
nassérien, estime de son côté qu’Al-Ghad a été exclu à
cause de l’animosité que son président, Nour, avait nourrie
à l’égard des autres leaders de l’opposition en adoptant
un discours hautain à leur égard. Quelle qu’en soit la
raison, AGhad est condamné à faire cavalier seul lors
des prochaines législatives et ses candidats devront affronter
ceux du FNUC, avec toutes les pertes que cela peut entraîner,
au profit notamment du PND, qui a intérêt à voir s’affronter
les factions de l’opposition.
Aymane Nour
a beau essayer de minimiser les dissensions internes,
cela ne change rien à la réalité. Essayant de se procurer
les fonds nécessaires pour la campagne électorale, Nour
a déposé une demande auprès du Comité des partis pour
obtenir les quelque 100 000 livres annuelles accordées
aux partis reconnus, or une autre demande a été déposée
au nom de Moustapha Moussa en tant que « président du
parti ». Aussi, après avoir mis l’organe de presse de
son parti, appelé également « Al-Ghad », au service de
ses batailles électorales et juridiques, Nour a tout simplement
disparu des derniers numéros du journal qui affichent
désormais en une les activités du président « parallèle
».
Au niveau
des candidatures, Al-Ghad a investi 200 candidats couvrant
près de 70 % des circonscriptions ; de son côté, le groupe
dissident de Moustapha Moussa a investi 65 candidats.
Une situation qui fera que certaines circonscriptions
seront disputées par deux candidats se présentant chacun
sous le label Al-Ghad, de quoi déconcerter les électeurs.
En déroute, Aymane Nour se cherche des alliés pêle-mêle
parmi les coptes, les Frères musulmans ou encore les dissidents
du parti au pouvoir …
Par ailleurs,
son procès, qui perdure depuis des mois et les audiences
auxquelles il doit assister, dans le box des accusés,
ne laissent pas beaucoup de temps à Aymane Nour pour régler
les conflits au sein de son parti, ni pour faire campagne.
Un procès « politiquement motivé », selon lui, dont le
but unique est d’affaiblir et sa personne et son parti.
Mais si Nour a bénéficié d’un soutien « international
» lors des élections présidentielles, aujourd’hui, alors
que les relations entre Le Caire et Washington se sont
quelque peu réchauffées, sa cause semble avoir été oubliée
par les Américains.
Certains
espèrent que le procès de Nour lui garantira la sympathie
d’un pan des électeurs, comme ce fut le cas lors des élections
présidentielles, et que la scission provoquée par Moustapha
Moussa restera confinée au « sommet », comme le pense
notamment Wahid Abdel-Méguid, du Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Seules les urnes diront
si ces élections législatives auront marqué la fin du
mythe Al-Ghad ou consacré le nouvel élan de cette jeune
formation qui, à un moment donné, était appréhendée comme
une menace par les caciques du pouvoir.
Chérif Albert
Le parti
au pouvoir à l’épreuve
Les obstacles
se multiplient sur le chemin du Parti National Démocrate
(PND, au pouvoir) qui veut à tout prix préserver sa mainmise
traditionnelle sur l’Assemblée de peuple. Malgré les conflits
internes au sein du parti, une opposition qui serre les
rangs et une double pression extérieure et intérieure
qui minimise la marge de manipulation, le gouvernement
espère obtenir une majorité confortable. Le PND a présenté
444 candidats couvrant la totalité des 222 circonscriptions.
Outre les
7 ministres investis, le parti a avancé plusieurs ténors
de la « nouvelle génération » proche de Gamal Moubarak,
dont notamment l’homme d’affaires Ahmad Ezz, ainsi que
le président de la commission de l’éducation à l’Assemblée
du peuple Hossam Badrawi, entre beaucoup d’autres grands
noms. En revanche, 130 députés actuels ont été mis à l’écart
pour donner lieu à l’ascension de 176 nouvelles figures,
dont de nombreux jeunes, ce qui n’a pas manqué de provoquer
des remous au sein du parti. Les membres non investis
ont décidé de faire campagne comme candidats indépendants.
Ce problème
est apparu la première fois lors les élections législatives
de 2000 où les indépendants avaient obtenu plus de sièges
que les investis. Le parti avait décidé alors de rallier
ses déserteurs élus en tant qu’indépendants pour se garantir
la majorité de l’Assemblée. Une solution peu éthique qui
ne sera probablement pas utilisée en 2005 surtout que
le parti a décidé de ne plus accepter dans ses rangs les
candidats qui se présentent en dehors de ses listes officielles.
En effet,
colère et indignation sont de mise dans les rangs des
membres qui n’ont pas été choisis pour disputer les élections
sous l’étendard du PND. Ils ont accusé les responsables
du parti de privilégier leurs connaissances personnelles.
D’autres partis politiques, comme Al-Ghad d’Aymane Nour,
ont saisi l’occasion pour inclure les mécontents du PND
dans leurs propres formations.
Nabil Abdel-Fattah,
expert au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, explique : « Le PND affronte cette année 4
000 indépendants environ dont un grand nombre sont des
membres écartés du parti. Il a pu convaincre certains
d’entre eux de se retirer contre des positions au sein
du parti mais le danger domine toujours ».
D’un autre
côté, les indépendants de la confrérie des Frères musulmans
sont un danger potentiel cette année pour le PND. « Ils
ont maintenant une expérience des élections plus profonde.
Ils présentent aussi de forts candidats qui ont une popularité
dans plusieurs circonscriptions. Ils se caractérisent
par leur organisation et utilisent l’islam dans leur discours
électoral. De plus, les responsables du groupe, y compris
le guide spirituel, ont procédé à de larges activités
médiatiques et politiques pour annoncer leur position
vis-à-vis des évolutions politiques. Le groupe, interdit
officiellement, tentait d’engager un dialogue avec les
autres forces politiques égyptiennes », affirme Nabil
Abdel-Fattah en soulignant que tous ces facteurs vont
rendre la vie dure au PND.
Le parti
est confronté aussi à la concurrence acharnée du Front
National Uni pour le Changement (FNUC) incluant onze partis
et groupes parmi eux les libéraux du néo-Wafd, les marxistes
du Tagammoe (Rassemblement) et les Nassériens. Abdel-Fattah
pense que cette union ne constitue pas un grand danger
pour le PND, d’autant plus qu’il existe beaucoup de conflits
entre ses membres. La tâche ne semble pas facile pour
le parti au pouvoir.
May Atta
Un premier
test réel de popularité
Contrairement
à l’an 2000, où la confrérie était obligée de faire profil
bas, cette année c’est avec beaucoup de confiance que
les Frères musulmans se présentent aux législatives.
Si la campagne
électorale est lancée sous le slogan traditionnel « l’islam
est la solution ! », cette formule magique a été néanmoins
étayée par un vrai programme électoral distribué sur CD
(modernisation oblige) et qui prévoit des solutions concrètes
au chômage, à l’analphabétisme, à la pauvreté ainsi que
le renforcement des libertés.
Aux élections
législatives de 2000, les Frères ont évité une confrontation
directe avec le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir)
en présentant leurs candidats sous le label « indépendants
», sans trop se déclarer. Cette année, ils ont décidé
de se présenter en masse, en ne cachant pas leur appartenance.
Outre les 150 candidats investis, il y a une liste de
170 candidats de l’ombre pour se prémunir contre des arrestations
probables de candidats affichés.
Ils ont visé
les circonscriptions-clés pour se présenter face aux figures
emblématiques du PND. La confrérie se dit capable de remporter
au moins 70 sièges au Parlement.
« Ce nombre
n’est pas exagéré vu le poids et la popularité de la confrérie,
notamment avec ce début d’ouverture démocratique que connaît
le pays. Si ces élections ne sont pas entachées d’arrestations
comme c’était toujours le cas, ce résultat sera obtenu
», affirme Mohamad Habib, numéro deux de la confrérie.
Habib souligne
également une coordination avec le Front uni de l’opposition.
Selon lui, cette concertation évitera des confrontations
inutiles entre les diverses forces de l’opposition et
l’effritement des voix électorales. Habib donne des exemples
concrets de cette coopération : à titre d’exemple, les
Frères ont cédé la circonscription de Mit Ghamr au candidat
du parti du Rassemblement ; il en est de même pour la
circonscription de Manial qu’ils ont laissée à Magdi Ahmad
Hussein, du parti dissous du Travail, de tendance isl.
Diaa Rachwan,
chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram, souligne le fait marquant de la participation
massive des Frères. « Cette fois, la stratégie des Frères
consiste à présenter le plus grand nombre possible de
candidats, notamment dans le Delta, où ils ont été performants
en 2000, et en Haute-Egypte où ils bénéficient d’un certain
soutien populaire », affirme l’analyste. Mais pourront-ils
passer de 17 à une cinquantaine de députés ?
« Il est
prématuré de faire des prévisions », tempère Rachwan.
D’après lui, tout montre que leurs chances sont bien meilleures
qu’en 2000 : ils ne font plus l’objet de campagnes d’arrestations,
les changements sur la scène politique leur donnent l’occasion
d’avoir une présence dans la rue. Soulignons également
que la falsification des résultats (qui a toujours porté
préjudice aux Frères) sera très limitée à cause des pressions
internationales (exercées sur le régime), explique-t-il.
Cela dit,
les Frères ont certaines difficultés qui pourraient affaiblir
leur situation. Plus de 100 de leurs cadres importants
font l’objet de procédures judiciaires et peuvent être
inculpés à tout moment. « C’est ce qui a empêché la confrérie
de présenter des personnalités de taille comme Mokhtar
Nouh, Mohamad Habib ou Essam Al-Eriane », note Rachwan.
« De toute
façon, il s’agit d’une première épreuve réelle de la force
et de la popularité des Frères musulmans, qui se sont
toujours présentés en victimes des forces de sécurité.
Toutes les possibilités sont ouvertes dans cette guerre
pour l’existence politique des Frères musulmans », conclut-il.
May Al-Maghrabi
La force
des indépendants
Sur les 4
000 candidats qui ont présenté leurs dossiers de candidature
aux élections législatives cette année, plus de 3 000
sont des indépendants. Plusieurs centaines d’entre eux
sont des anciens cadres de partis politiques (surtout
le PND). Les indépendants peuvent-ils remporter un grand
nombre de sièges ? En 2000, ils avaient remporté plus
de la moitié des voix, obligeant le PND à les intégrer
dans ses rangs pour conserver la majorité. Pour Heidar
Boghdadi, ancien député nassérien, qui se présente aux
élections en tant qu’indépendant après avoir démissionné
de son parti, les indépendants obtiendront cette fois-ci
plus de sièges qu’aux législatives passées : « Je suis
sûr que les indépendants peuvent occuper plus de 150 sièges
au Parlement, surtout avec les nouvelles mesures démocratiques
qui garantissent des élections honnêtes comme le recours
aux urnes transparentes et le contrôle juridique ».
C’est ainsi
qu’augmentera, selon Boghdadi, la participation des gens
aux élections, ceux-ci étant sûrs que leurs choix seront
respectés. La plupart des indépendants ne sont toujours
pas choisis en fonction de leurs programmes électoraux,
mais en fonction des services qu’ils peuvent rendre aux
citoyens de leur circonscription.
C’est cela,
et cela seul, qui renforce leur popularité. Selon certains,
la faiblesse des partis représente un autre avantage pour
les indépendants. « La période passée a prouvé l’inefficacité
de quasiment tous les partis politiques présents sur la
scène. Il est évident que cette situation va pousser les
gens à soutenir les indépendants », explique le Dr Chawqi
Al-Sayed, député au Conseil consultatif. Et d’ajouter
que les dernières législatives de 2000/2005 ont fourni
la preuve de la puissance des indépendants qui, choisis
par les électeurs, représentaient les deux tiers du nombre
des députés.
Cette réussite
s’explique aussi par le fait que les électeurs ont la
conviction que le député indépendant est plus « libre
» pour discuter de leurs problèmes que les députés appartenant
aux différents partis. En fait, bien qu’à ces législatives
les deux tiers des députés choisis aient été des indépendants,
ce nombre a largement diminué après que le PND eut réintégré
tous ceux qu’il avait exclus des listes électorales, et
ceci afin d’obtenir la majorité. Ce scénario peut-il se
répéter ? Cela n’est bien évidemment pas exclu.
Cependant,
comme l’affirme Ahmad Kamel, ancien député indépendant,
si les candidats écartés par le PND sont réintégrés par
celui-ci, ils affronteront une forte opposition de la
part de leurs collègues et de l’opinion publique. La formation
d’un front uni par tous les députés indépendants a été
envisagée. « Nous avons déjà pensé à cette idée aux dernières
législatives et nous allons faire de notre mieux pour
former un tel front avec un si grand nombre de députés
», annonce Mohamad Khalil Koeita, député indépendant.
Pourtant,
Amr Hachem, chercheur au CEPS d’Al-Ahram, pense que les
indépendants auront une grande influence au Parlement,
que les interpellations seront plus relevées. Cependant,
il trouve en même temps peu probable la formation d’un
front uni : « Les indépendants appartiennent à différentes
tendances politiques : il y a ceux du Parti nassérien,
ceux du PND, des hommes d’affaires et des députés qui
ne cherchent au Parlement qu’une position sociale. C’est
extrêmement compliqué de réunir toutes ces tendances en
un seul front. Seuls les Frères musulmans qui se présentent
sous l’étiquette des indépendants sont capables de réaliser
une telle union », conclut-il. |