Al-ahram
hebdo : Comment se prépare le Parti National Démocrate (PND,
au pouvoir) pour les élections prochaines en présence des
pressions externes et internes appelant à la réforme politique
?
Mohamad
Ragab : Cette année
encore s'est posé le problème des membres du parti que la
direction ne souhaitait pas présenter aux élections. Ils
ont décidé de disputer le scrutin en indépendants ou de
rejoindre les rangs d'autres formations politiques.
— Comment
le parti entend-il agir face à ce problème ?
— Le problème
du PND est qu'il est un grand parti. C'est-à-dire qu'il
faut choisir deux d'une cinquantaine de membres qui cherchent
à se présenter aux élections. En même temps, les autres
partis cherchent des candidats pour les élections, ce qui
a forcé certains partis à réintégrer quelques indépendants
écartés du PND.
— Quelle
sera l'attitude du PND vis-à-vis de ces indépendants s'ils
réussissent aux élections ? Va-t-il les réintégrer ?
— Ce qui est
sûr, c'est que le parti exclura tous les indépendants participant
aux élections avec les autres partis. Quant aux autres,
il peut les réintégrer en cas de besoin. Mais en fin de
compte, je crois que cela n'aura pas lieu car notre campagne
électorale cette année est bien planifiée.
— Le collège
électoral chargé de choisir les candidats du parti aux différentes
élections ne semble pas jouir d'une grande crédibilité auprès
des membres du PND. D'aucuns accusent ses responsables d'avoir
des intérêts avec les candidats qu'il a choisis ...
— Le collège
électoral renferme 100 représentants du parti de chaque
gouvernorat. Je ne peux pas nier qu'il existe des erreurs,
dont justement ces intérêts réciproques entre certains membres
du collège et d'autres du parti voulant participer aux élections.
Il est possible aussi que certains membres avancent des
pots-de-vin aux membres du collège en vue d'être choisis.
Mais le collège électoral n'est pas le seul à choisir les
candidats, puisque le parti dispose d'une base d'informations
sur tous ses membres. En fait, le secrétariat étudie leurs
dossiers et ensuite, les responsables peuvent repérer les
erreurs, s'il en existe, et peuvent du coup annuler la candidature
des contrevenants.
— La presse
ne cesse de faire allusion au conflit qui oppose l'ancienne
garde à la nouvelle génération au sein du parti, qu'en dites-vous
?
— Il y a 4
ans environ, nous avons engagé un mouvement de réforme et
de modernisation au sein du parti. Il n'existe pas de conflit
mais plutôt une différence de points de vue et c'est normal
et sain. Malgré une telle différence entre les nouvelles
et les vieilles figures, plusieurs de ces dernières participent
avec beaucoup d'énergie au groupe de travail des premières.
En tout cas, tout cela est régi par un débat démocratique
au sein du parti et l'avis dominant est celui accepté par
la majorité.
— Le PND
est devenu le parti des hommes d'affaires. Pourquoi ?
— Ce phénomène
est absolument normal. Je ne peux pas nier que la plupart
d'entre eux cherchent à réaliser leurs intérêts professionnels.
Mais il existe d'autres qui sont honnêtes. Le nombre des
hommes d'affaires a augmenté dans le parti parce qu'il a
augmenté ces derniers temps dans le pays.
— On reproche
au PND de n'avoir choisi qu'un nombre modeste de femmes
pour les élections cette année, pourquoi une telle décision
?
— Le PND a
choisi six femmes pour les prochaines législatives. A mon
avis, ce n'est pas brillant. J'ai déclaré un jour au Conseil
national de la femme avoir l'espoir de voir une candidate
du parti dans chaque gouvernorat. Malheureusement, telle
n'est pas la réalité. Avant tout, je dois expliquer que
la campagne électorale est très dure pour les hommes et
certainement encore plus pour les femmes. Le candidat doit
se rendre parfois aux maisons des habitants de sa circonscription
et parfois même dans les cafés. Mais le PND doit soutenir
les femmes, d'autant plus qu'il est le parti de la majorité
et il doit profiter de cet événement aussi pour changer
cette culture négative qui empêche l'augmentation du nombre
des femmes.
— Et en
ce qui concerne les coptes, il n'y en a que deux sur les
listes du parti ...
— Je reconnais
que ce n'est pas brillant non plus. Mais le problème est
que le parti ne veut surtout pas perdre facilement des sièges
au Parlement. Vous savez que le candidat copte de la circonscription
de Moharram Bey à Alexandrie s'est retiré des élections
après les derniers incidents. Cette décision était personnelle.
Mais je répète que le PND doit profiter des élections pour
changer la culture. A cause de tous ces obstacles, le gouvernement
doit changer le système électoral et se diriger vers le
système des listes, ce qui résoudrait les problèmes du manque
de participation des femmes et des coptes.
— Pourquoi
le gouvernement n'a-t-il pas eu recours au scrutin de liste,
bien qu'il ait promis il y a très longtemps de l'étudier
pour l'appliquer durant ces élections ?
— Le gouvernement
a l'intention de changer le système électoral mais il n'avait
pas le temps de le bien étudier et cela sera peut-être pour
la prochaine fois.
— Pourquoi
le PND a-t-il refusé le contrôle international des législatives
?
— Au début,
tous les partis étaient contre la surveillance internationale.
Le gouvernement et le PND ont refusé ce genre d'intervention
à cause de ce qui s'était passé par exemple en Ukraine,
où les observateurs internationaux ont accusé le gouvernement
de fraude aux présidentielles car les Etats-Unis n'ont pas
voulu du premier président élu. La surveillance intérieure
est amplement suffisante à notre avis. On a nommé un juge
pour chaque urne, il y aura aussi des députés de chaque
candidat et des observateurs des organisations des droits
de l'homme.
— Après
les élections, quelles seront les priorités du PND ?
— D'abord,
la mise en œuvre du programme du président Moubarak, dont
notamment l'augmentation des salaires et la lutte contre
le chômage. Le président a également promis de créer un
équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
Il y aura des amendements constitutionnels qui donneront
plus de prérogatives au Parlement et aux ministres. Ce qui
signifie qu'en même temps, les pouvoirs du président diminueront.
Par ailleurs, comme le président Moubarak a déclaré, la
loi d'urgence sera annulée et une autre loi, celle sur le
terrorisme, sera promulguée.
— Pourquoi
le président de la République restera-t-il le président
du parti ?
— Les membres
du PND ont élu le président Moubarak comme chef du parti
jusqu'à l'an 2007 et personne ne sait ce qu'il adviendra
après.
— Comment
expliquez-vous la faiblesse des partis politiques, y compris
le PND ?
— Il existe
plusieurs raisons qui ont mené à cette faiblesse, dont la
politique intérieure. Les partis sont appelés à élargir
l'espace de discussion avec les gens dans la rue et à gagner
une certaine popularité parmi eux. Le PND ne voulant pas
être le seul acteur sur la scène politique, le gouvernement
a commencé à donner une grande marge de liberté médiatique.
Le pays a vraiment besoin d'une diversité dans les partis
et au Parlement, ce qui constitue un pas important vers
la démocratie.
— Comment
le parti évalue-t-il la force de la confrérie interdite
mais tolérée des Frères musulmans et celle du Front National
Uni pour le Changement (FNUC) ?
— La confrérie
des Frères musulmans est une grande force organisée. Il
est évident que le PND comprend bien le poids de cette force
et que la scène politique ne lui appartient plus à lui seul.
En ce qui concerne le Front, malheureusement, il n'est pas
assez puissant et cela se voit à travers les conflits opposant
ses membres. Nous espérons qu'il existera un équilibre des
forces entre tous les côtés.