Des
centaines de réfugiés soudanais campent à quelques mètres du
bureau régional de l’UNHCR (Haut-Commissariat des Nations-Unies
aux réfugiés) depuis des semaines. Ils réclament son assistance.
« L’UNHCR a rompu le contact avec nous après la signature de
l’accord de paix ». Une dizaine de blindés encerclent le siège
de l’UNHCR. Les employés craignent d’assister aux mêmes scènes
de révolte et de colère que celles commises par des réfugiés
soudanais en août 2004. Des agents de police font la garde 24h
sur 24h autour de la place Moustapha Mahmoud, au Caire, où le
sit-in a lieu. Des centaines de familles soudanaises y demeurent
avec leurs enfants, refusant de quitter le lieu sauf si on satisfait
leurs 20 revendications. Celles-ci sont déclarées sur les pancartes
accrochées aux murs tout autour du parc : le refus du rapatriement
au Soudan, l’examen de leurs cas sur des critères individuels
et non pas par groupes, et selon le lieu d’où ils viennent.
« Nous avions réussi à rencontrer les responsables de l’UNHCR
deux fois. Ils nous ont promis d’examiner notre cas. Mais nous
n’avons reçu aucune réponse. C’est ce qui nous a poussés à réagir
vite face à cette indifférence injustifiée », explique Bahaeddine
Adam, le porte-parole des réfugiés qui font le sit-in. Selon
lui, l’UNHCR est la seule instance responsable des réfugiés
selon le traité de 1951 régissant le fonctionnement du HCR.
L’histoire
de ces citoyens soudamais remonte à plusieurs années. Ils sont
venus dans le contexte de la guerre civile au Soudan et ont
donc bénéficié d’un statut de réfugié, ce qui leur donnait le
droit à une aide financière journalière. Lorsqu’un accord de
paix a été signé au Soudan, ces Soudanais ont perdu leur statut
de réfugié et le HCR a dû couper l’aide qu’il leur fournissait.
Leur situation est devenue précaire. « Nous avons rencontré
ces réfugiés trois fois pour connaître leurs revendications.
Le problème est que ces gens refusent le rapatriement dans leur
pays. Ils veulent immigrer aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.
De plus, ils refusent de dévoiler leur identité et dans ces
conditions, il nous est impossible de vérifier s’ils sont vraiment
des réfugiés politiques ou seulement des personnes qui veulent
partir pour des raisons économiques », explique Ahmad Mohsen,
responsable au HCR.
Selon
lui, il est très difficile de faire immigrer ces réfugiés vers
un pays comme les Etats-Unis. « Après les attentats du 11 septembre,
le nombre de rapatriés vers ce pays s’est considérablement réduit,
passant de 70 000 à 30 000 personnes par an. En outre, de strictes
conditions doivent être remplies par les réfugiés pour être
acceptées, ce qui pose des problèmes face aux demandes que nous
présentons aux ambassades pour obtenir le visa de réfugié »,
explique Mohsen.
L’Egypte
compte 14 417 réfugiés soudanais représentant 73 % de la totalité
des réfugiés. Selon les statistiques officielles de l’UNHCR,
de 100 000 à 150 000 demandes d’asile sont présentées tous les
jours par des Soudanais. Depuis la signature de l’accord de
paix, l’UNHCR refuse d’accorder le statut de réfugié aux Soudanais.
« Je possède la carte bleue délivrée par le HCR qui me garantit
tous les droits de réfugié. Mais, j’ai décidé de participer
à ce sit-in pour soutenir la cause des nouveaux réfugiés »,
affirme Fatma Mohamad, qui vient avec une centaine d’autres
Soudanais soutenir les autres. Mais l’UNHCR insiste. Pas question
de répondre à ces demandes. « Il n’existe actuellement au Soudan
aucune menace pour la vie de ces citoyens soudanais. Comment
peut-on leur accorder un statut de réfugié ? », interroge Ahmad
Mohsen. Il assure que l’UNHCR a arrêté de recevoir ces Soudanais.
« Mais comme solution temporaire, nous leur délivrons une carte
provisoire les autorisant à circuler librement sur le territoire
égyptien. Cette mesure vise à placer le nouvel arrivant sous
la protection de l’UNHCR et à éviter qu’il ne soit inutilement
arrêté », explique Mohsen tout en ajoutant que ce qui aggrave
le problème des réfugiés en Egypte est que « l’Etat égyptien
est totalement indifférent ». Il assure que dans tous les pays
du monde, le gouvernement est responsable des réfugiés et l’UNHCR
lui apporte son aide. « C’est pour cette raison que les réfugiés
soudanais ne devraient pas être sous la responsabilité du bureau
HCR en Egypte ». Le ministère des Affaires étrangères se contente
lui d’affirmer que l’affaire des réfugiés soudanais sera réglée
prochainement. « Nous savons bien que ces réfugiés qui font
un sit-in depuis un mois souffrent de nombreux problèmes. Mais
tout sera réglé prochainement en coordination avec l’UNHCR.
Mais, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un problème politique
qu’on ne doit pas aggraver. Il faut un peu de patience », déclare
Nasser Hamzawi, responsable du département des affaires des
réfugiés au ministère des Affaires étrangères.
C’est
en 1981 que le département des affaires des réfugiés a été fondé
au ministère des Affaires étrangères. Pourtant, jusqu’alors,
c’est l’UNHCR qui les prend en charge. En attendant qu’une des
deux instances prenne la responsabilité de ces réfugiés, les
3 000 Soudanais continuent leur sit-in.
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