— Comment le parti entend-il agir face à
ce problème ?
— Le problème du PND est qu'il est un grand
parti. C'est-à-dire qu'il faut choisir deux d'une cinquantaine
de membres qui cherchent à se présenter aux élections. En
même temps, les autres partis cherchent des candidats pour
les élections, ce qui a forcé certains partis à réintégrer
quelques indépendants écartés du PND.
— Quelle sera l'attitude du PND vis-à-vis
de ces indépendants s'ils réussissent aux élections ? Va-t-il
les réintégrer ?
— Ce qui est sûr, c'est que le parti exclura
tous les indépendants participant aux élections avec les autres
partis. Quant aux autres, il peut les réintégrer en cas de
besoin. Mais en fin de compte, je crois que cela n'aura pas
lieu car notre campagne électorale cette année est bien planifiée.
— Le collège électoral chargé de choisir
les candidats du parti aux différentes élections ne semble
pas jouir d'une grande crédibilité auprès des membres du PND.
D'aucuns accusent ses responsables d'avoir des intérêts avec
les candidats qu'il a choisis ...
— Le collège électoral renferme 100 représentants
du parti de chaque gouvernorat. Je ne peux pas nier qu'il
existe des erreurs, dont justement ces intérêts réciproques
entre certains membres du collège et d'autres du parti voulant
participer aux élections. Il est possible aussi que certains
membres avancent des pots-de-vin aux membres du collège en
vue d'être choisis. Mais le collège électoral n'est pas le
seul à choisir les candidats, puisque le parti dispose d'une
base d'informations sur tous ses membres. En fait, le secrétariat
étudie leurs dossiers et ensuite, les responsables peuvent
repérer les erreurs, s'il en existe, et peuvent du coup annuler
la candidature des contrevenants.
— La presse ne cesse de faire allusion au
conflit qui oppose l'ancienne garde à la nouvelle génération
au sein du parti, qu'en dites-vous ?
— Il y a 4 ans environ, nous avons engagé
un mouvement de réforme et de modernisation au sein du parti.
Il n'existe pas de conflit mais plutôt une différence de points
de vue et c'est normal et sain. Malgré une telle différence
entre les nouvelles et les vieilles figures, plusieurs de
ces dernières participent avec beaucoup d'énergie au groupe
de travail des premières. En tout cas, tout cela est régi
par un débat démocratique au sein du parti et l'avis dominant
est celui accepté par la majorité.
— Le PND est devenu le parti des hommes d'affaires.
Pourquoi ?
— Ce phénomène est absolument normal. Je
ne peux pas nier que la plupart d'entre eux cherchent à réaliser
leurs intérêts professionnels. Mais il existe d'autres qui
sont honnêtes. Le nombre des hommes d'affaires a augmenté
dans le parti parce qu'il a augmenté ces derniers temps dans
le pays.
— On reproche au PND de n'avoir choisi qu'un
nombre modeste de femmes pour les élections cette année, pourquoi
une telle décision ?
— Le PND a choisi six femmes pour les prochaines
législatives. A mon avis, ce n'est pas brillant. J'ai déclaré
un jour au Conseil national de la femme avoir l'espoir de
voir une candidate du parti dans chaque gouvernorat. Malheureusement,
telle n'est pas la réalité. Avant tout, je dois expliquer
que la campagne électorale est très dure pour les hommes et
certainement encore plus pour les femmes. Le candidat doit
se rendre parfois aux maisons des habitants de sa circonscription
et parfois même dans les cafés. Mais le PND doit soutenir
les femmes, d'autant plus qu'il est le parti de la majorité
et il doit profiter de cet événement aussi pour changer cette
culture négative qui empêche l'augmentation du nombre des
femmes.
— Et en ce qui concerne les coptes, il n'y
en a que deux sur les listes du parti ...
— Je reconnais que ce n'est pas brillant
non plus. Mais le problème est que le parti ne veut surtout
pas perdre facilement des sièges au Parlement. Vous savez
que le candidat copte de la circonscription de Moharram Bey
à Alexandrie s'est retiré des élections après les derniers
incidents. Cette décision était personnelle. Mais je répète
que le PND doit profiter des élections pour changer la culture.
A cause de tous ces obstacles, le gouvernement doit changer
le système électoral et se diriger vers le système des listes,
ce qui résoudrait les problèmes du manque de participation
des femmes et des coptes.
— Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas eu
recours au scrutin de liste, bien qu'il ait promis il y a
très longtemps de l'étudier pour l'appliquer durant ces élections
?
— Le gouvernement a l'intention de changer
le système électoral mais il n'avait pas le temps de le bien
étudier et cela sera peut-être pour la prochaine fois.
— Pourquoi le PND a-t-il refusé le contrôle
international des législatives ?
— Au début, tous les partis étaient contre
la surveillance internationale. Le gouvernement et le PND
ont refusé ce genre d'intervention à cause de ce qui s'était
passé par exemple en Ukraine, où les observateurs internationaux
ont accusé le gouvernement de fraude aux présidentielles car
les Etats-Unis n'ont pas voulu du premier président élu. La
surveillance intérieure est amplement suffisante à notre avis.
On a nommé un juge pour chaque urne, il y aura aussi des députés
de chaque candidat et des observateurs des organisations des
droits de l'homme.
— Après les élections, quelles seront les
priorités du PND ?
— D'abord, la mise en œuvre du programme
du président Moubarak, dont notamment l'augmentation des salaires
et la lutte contre le chômage. Le président a également promis
de créer un équilibre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir
législatif. Il y aura des amendements constitutionnels qui
donneront plus de prérogatives au Parlement et aux ministres.
Ce qui signifie qu'en même temps, les pouvoirs du président
diminueront. Par ailleurs, comme le président Moubarak a déclaré,
la loi d'urgence sera annulée et une autre loi, celle sur
le terrorisme, sera promulguée.
— Pourquoi le président de la République
restera-t-il le président du parti ?
— Les membres du PND ont élu le président
Moubarak comme chef du parti jusqu'à l'an 2007 et personne
ne sait ce qu'il adviendra après.
— Comment expliquez-vous la faiblesse des
partis politiques, y compris le PND ?
— Il existe plusieurs raisons qui ont mené
à cette faiblesse, dont la politique intérieure. Les partis
sont appelés à élargir l'espace de discussion avec les gens
dans la rue et à gagner une certaine popularité parmi eux.
Le PND ne voulant pas être le seul acteur sur la scène politique,
le gouvernement a commencé à donner une grande marge de liberté
médiatique. Le pays a vraiment besoin d'une diversité dans
les partis et au Parlement, ce qui constitue un pas important
vers la démocratie.
— Comment le parti évalue-t-il la force de
la confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans et
celle du Front National Uni pour le Changement (FNUC) ?
— La confrérie des Frères musulmans est une
grande force organisée. Il est évident que le PND comprend
bien le poids de cette force et que la scène politique ne
lui appartient plus à lui seul. En ce qui concerne le Front,
malheureusement, il n'est pas assez puissant et cela se voit
à travers les conflits opposant ses membres. Nous espérons
qu'il existera un équilibre des forces entre tous les côtés.