Culture.
« Ecrivains et
artistes pour le changement » est un mouvement né
dans la foulée de Kéfaya pour réclamer la réhabilitation
de la culture. Son action est jusqu’ici sans grands
échos. |
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de la marge |
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Encore un mouvement pour le changement.
A l’instar des autres groupes qui réclament une
réforme en Egypte, quelques intellectuels ont décidé,
eux aussi, de hausser le ton pour protester contre
la marginalisation de la culture dans la société
égyptienne. « La politique est bien loin de la culture
», c’est le constat qui anime l’action des « Ecrivains
et artistes pour le changement ». C’est dans la
foulée de Kéfaya que ce mouvement a été créé en
juillet dernier, et pour les initiateurs, il était
question d’assurer leur propre défense dans un pays
où « la culture est en perpétuelle régression et
où les intellectuels sont plus que jamais marginalisés
». Ahmad Fouad Negm, poète et bête noire des régimes,
Sonallah Ibrahim, rangé parmi les écrivains rebelles,
ou encore des acteurs comme Abdel-Aziz Makhioune
et Khaled Al-Sawi font partie de cette action qui
réclame plus de démocratie et davantage de libertés,
sans lesquelles, disent-ils, tout artiste ne peut
laisser libre cours à sa créativité. L’écrivain
Ibrahim Abdel-Méguid explique que depuis quelques
années, la culture ne fait plus partie des agendas
des hommes politiques. « Les candidats aux élections
présidentielles ou législatives ne savent presque
rien de la culture, ne mentionnent même pas le sujet
et ne s’occupent que des questions économiques.
Le quotidien, pas plus », dit Abdel-Méguid. C’est
d’ailleurs ce qu’affirme Adel Al-Siwi, artiste qui
dit que tous les candidats ne sont pas à la hauteur
de parler ni de culture ni de politique. « Si le
président de la République n’a pas parlé culture
dans son programme, on n’ira donc pas le demander
au président de l’Assemblée du peuple », ironise-t-il.
Ces intellectuels pour le changement estiment :
« Nous avons alors affaire à une marginalisation
préméditée de la culture ». Selon Abdel-Méguid,
« nous avons en Egypte une politique culturelle
de pure forme. Le régime s’intéresse uniquement
à organiser des festivals ou à multiplier les publications,
tout en tentant de mettre les intellectuels à l’écart
de la politique, surtout ceux qui sont jugés comme
des agitateurs ».
Ce mouvement réclame une participation
accrue des intellectuels dans la vie politique.
Pas forcément dans la stratégie ou dans la mise
en application, mais peut-être dans la planification
et les idées. Un retour à 1919, disent-ils en référence
à la révolte de Saad Zaghloul. Lors de leur manifestation
qui a rassemblé environ 500 personnes sur la place
Talaat Harb en plein centre-ville, écrivains et
artistes pour le changement ont brandi des portraits
de Taha Hussein, Sayed Darwich, Salah Jahine, Oum
Kalsoum ou encore Mohamad Abdou, des figures qui
ont marqué la vie culturelle mais aussi politique
d’autrefois. Des figures dont les capacités et le
talent avaient été reconnus par les responsables
de l’époque et dont la voix se faisait écouter.
On reprend les chansons révolutionnaires de l’époque.
Aujourd’hui encore, et à leur tour, écrivains et
artistes crient haut et fort : « Nous sommes ici
! ». Mais les politiciens ne semblent pas y prêter
grande attention.
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Chaïmaa
Abdel-Hamid |
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Le
parent pauvre |
La
commission culturelle de l’Assemblée du peuple semble
la moins active. La culture, au vrai sens du terme,
est confondue avec le tourisme et les médias, de
quoi constituer juste un élément décoratif. |
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Sur les quelque 183 lois promulguées
en cinq ans par l’Assemblée du peuple, seules cinq
concernent directement la culture. Outre la loi
sur la fondation de la Bibliothèque d’Alexandrie,
celle sur la protection intellectuelle ou encore
celle des droits d’auteur, il y a eu également une
modification de la loi sur les Syndicats des musiciens
et des cinéastes, et une autre sur l’attribution
de prix de l’Etat pour la créativité, les arts,
les lettres et la recherche scientifique. Entre
une législation et une autre, le débat sur les questions
de culture a été curieusement plat alors qu’au sein
du Parlement il y a toute une commission dite celle
des « culture, médias et tourisme », avec 36 députés
censés s’occuper uniquement de ce dossier. Mahmoud
Maarouf, journaliste chevronné et vice-président
de la commission, affirme pour autant que le Parlement
a débattu de plusieurs questions d’ordre culturel.
Il cite l’exemple des « palais de la culture, leur
protection ou la création d’autres dans des régions
qui, jusqu’à présent, en sont privées ». Un sujet
de grande importance si l’on sait que ces mêmes
palais avaient poussé le ministre de la Culture
à présenter sa démission il y a deux mois, à la
suite d’un incendie qui a détruit le palais de la
culture de Béni-Souef au moment de la présentation
d’une pièce de théâtre provoquant la mort d’une
quarantaine de personnes, dont d’importants membres
de l’intelligentsia égyptienne et des spécialistes
du théâtre. On se demande donc si ce débat entre
les députés autour de « la protection des palais
» avait été efficace. Dans tous les cas, les députés
du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), qui
occupent 34 des 36 sièges de cette commission, le
voient de la sorte. Hamdi Al-Konaïssi, homme de
médias (PND), ancien président de la radio et également
vice-président de cette commission, ajoute : « Le
montant des subventions attribuées à l’Académie
des arts pour réduire le prix des livres et promouvoir
le développement de l’Organisme général du livre,
fait partie des nombreux sujets que nous avons traités
».
Au-delà de cette question de subvention,
le livre, justement, c’est le sujet qui avait le
plus préoccupé les députés du Parlement sortant,
notamment les islamistes d’entre eux. Ceux-ci ont
ainsi parfois déposé des plaintes ou réclamé une
interpellation du ministre de la Culture en raison
de la publication d’œuvres littéraires jugées blasphématoires.
« Exhortation à l’amour des femmes, Avant et après,
Rêves interdits, L’Erreur romantique », les députés
n’ont pas hésité à accuser. Le gouvernement tantôt
tient tête, tantôt s’aligne sur leur position et
finit le plus souvent par retirer les livres du
marché. Il s’agit en effet d’éviter une confrontation,
dit-on, le gouvernement cède sur les questions les
moins importantes, c’est-à-dire celles de la culture,
pour assurer son monopole sur les affaires d’ordre
politique.
A la veille des législatives de
2005-2010, les députés ont, tous, une mémoire sélective.
Ils ne retiennent de l’Assemblée sortante que les
exploits, surtout les leurs, car cela leur sert
de tremplin pour convaincre leurs électeurs. Fayda
Kamel, présidente de la commission, se vante d’avoir
demandé l’élaboration d’une loi sur la protection
du patrimoine cinématographique. « Dans mon quartier,
j’ai monté une bibliothèque publique. Les livres
sont là, mais nous n’allons pas faire du porte-à-porte
pour dire aux gens de lire. Chacun doit se cultiver
seul », affirme Kamel, qui, selon elle, « les candidats
doivent d’abord avoir une vision politique et un
programme politique clair. La culture fait partie
de leur acquis personnel, mais c’est l’Etat qui
établit la politique culturelle. La commission ne
fait que revoir ces grandes lignes et veiller à
leur application ». Une façon de justifier le très
peu d’activités de la commission peut-être ou de
défendre des acquis limités. Toujours est-il que
son bilan, au même titre que beaucoup d’autres commissions,
a été critiqué pour son manque d’efficacité : inactif
pour les uns, inefficace et incompétent pour les
autres. « Sans vouloir généraliser, il faut reconnaître
que la plupart des députés membres de cette commission
ne sont pas très concernés par la culture. Beaucoup
d’entre eux choisissent cette commission pour les
avantages qu’elle offre : billets de théâtre, de
cinéma ou encore voyage touristique, ou tout simplement
ils y sont à défaut de mieux », explique Nagwa Ibrahim,
professeur de sciences politiques à l’Université
du 6 Octobre et chercheuse à l’Assemblée du peuple.
De plus, la présence en grand nombre de journalistes
et d’hommes de communication donne la primauté au
sujet concernant ce domaine. C’est-à-dire qu’il
y a peu de distinction entre culture, médias et
tourisme. Ce que confirme Mounir Fakhri Abdel-Nour,
député du néo-Wafd. D’après lui, ce sont « les questions
de médias ou de tourisme qui prennent le dessus,
parce que cela permet aux députés de renforcer leur
position ou leur poste en dehors du Parlement ».
Mais qui parle alors culture ? Seuls des députés
de Louqsor ou d’Alexandrie. Les uns et les autres
soulèvent le sujet critique du patrimoine culturel
: conservation des temples en Haute-Egypte ou encore
l’archéologie sous-marine, la culture s’arrête là.
Parce que selon Maarouf, « les députés n’ont pas
encore un niveau de culture homogène, ni d’ailleurs
le niveau escompté ». Ceci serait dû, selon les
députés « cultivés », à cette loi qui oblige le
Parlement à attribuer la moitié des sièges aux paysans
et ouvriers, qui sont presque tous très peu éduqués.
Mais ceux-ci ne représentent-ils pas la moitié de
la société égyptienne ?.
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Ida
Ghali |
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