Les Egyptiens
s’apprêtent à élire une nouvelle Assemblée du peuple.
Sur 454 membres, ils devront désigner 444 députés. Les
10 autres sont nommés par le chef de l’Etat. Les titres
de la presse illustrent bien l’enjeu de ces élections
législatives : « Le nouveau visage du Parlement 2005
», « Beaucoup de promesses et trop de points d’exclamation
», « Vers un retour du prestige du Parlement », « Les
batailles électorales ont bel et bien commencé », «
Le Front National Uni pour le Changement (FNUC) met
en garde contre la falsification des élections », «
La grippe aviaire et les élections du Parlement », «
Le retour des dissidents ! ».
« Tous
les indices portent à croire que la bataille électorale
sera très féroce », souligne Hamdi Abdel-Aziz dans une
grande enquête dans le magazine hebdomadaire Rose Al-Youssef.
Abdel-Aziz explique que « la bataille électorale de
l’Assemblée du peuple sera féroce, surtout depuis que
le nombre des candidatures a dépassé les 4 000, dont
444 candidats du PND et 255 pour le FNUC. Ce qui signifie
que plus de 3 300 candidats pour le Parlement sont des
indépendants. Parmi ces derniers, il y a les dissidents
qui protestaient contre le choix du parti sur leurs
listes ».
Mais ce
n’est pas là l’avis de tous. En effet, sur un ton très
optimiste, l’éditorialiste d’Al-Ahram Ossama Saraya
met en garde contre la confusion entre religion et politique.
« Sachant que les élections législatives représentent
un pas réel vers une concrétisation des réformes politiques,
il existe aussi d’importants indices pour un changement
dans le travail politique. Aussi bien le parti de la
majorité que les partis de l’opposition devront s’accommoder
avec ces changements nécessaires. Alors est-ce que ces
mouvements qui confondent religion et politique pourront
en faire autant ? », s’interroge Saraya.
Tolérés
mais officiellement interdits, « ces mouvements » dont
parle Saraya, sont les Frères musulmans qui ont affirmé
leur intention de se confirmer par les urnes. Lamisse
Al-Hadidi l’a dit d’ailleurs dans Al-Alam Al-Yom : «
Ils sont malheureusement la principale et réelle force
d’opposition qui cherche à obtenir 20 ou même 30 sièges
dans le nouveau Parlement, alors que le reste de l’opposition
n’en espère que 10 ». L’avocat des Frères musulmans
Montasser Al-Zayat l’a dit dans le quotidien Rose Al-Youssef
: « Nous entamons une nouvelle période, et nous avons
besoin de députés courageux qui puissent demander des
comptes au gouvernement, et cesser de le suivre aveuglément
».
S’il y
a une chose sur laquelle les analystes sont d’accord,
c’est bien l’unification des différents forces et courants.
« L’Egypte se trouve donc au carrefour, et tous les
courants, libéraux et démocratiques, à l’intérieur et
à l’extérieur de l’Etat doivent s’unir pour gagner le
conflit contre le fascisme religieux », écrit Guéhad
Oda dans le quotidien Al-Akhbar.
Reprochant
aux politiciens le manque du caractère social dans leurs
programmes, Youssef Al-Chérif s’interroge dans l’hebdomadaire
Al-Osboue : « Pourquoi la santé du citoyen égyptien
est-elle absente des programmes des partis et des candidats
pour les élections législatives ? ».
Certains
autres analystes comme Yéhia Al-Sayed ne veulent pas
se faire trop d’espoir sur le nouveau Parlement. « Le
nouveau Parlement pourra-t-il dessiner une image complète
sur le développement et la culture du changement à l’heure
des grands défis contemporains ? », demande Al-Sayed
dans le quotidien Al-Ahrar. « Comment regagner l’image
prestigieuse du Parlement ? », affirme le politologue
Amr Hamzawi dans Al-Ahram, qui dit que « la mission
sera difficile devant le nouveau Parlement 2005/2010,
car la nouvelle Assemblée ne changera pas radicalement
de l’ancienne. Les diverses tentatives pour l’hégémonie
du parti au pouvoir sur le processus législatif ne disparaîtront
pas pour autant. Mais la probabilité 15 ou 20 % pour
l’opposition permettra cependant une évolution des mécanismes
du travail de l’Assemblée ».
Nouveau
test d’ouverture démocratique ou pas, les prochaines
élections législatives seront déterminantes dans la
vie politique du pays.