Environ 5 000
jeunes de l’opposition, selon les estimations, se sont rassemblés
dimanche dernier pour réclamer le départ du président Laurent
Gbagbo, estimant qu’il était redevenu dimanche un « simple
citoyen ». En effet, la Côte-d’Ivoire s’est réveillée avec
une certaine anxiété le 30 octobre dernier, journée marquant
la fin du mandat du président Gbagbo, la présidentielle prévue
ce jour-là ayant été reportée sine die en raison de la persistance
de la crise que vit le pays depuis septembre 2002.
A cet égard,
des jeunes de l’opposition ont organisé des manifestations
qui n’ont pas donné lieu aux dérapages redoutés, même si les
forces de sécurité ont tiré en l’air lors de leur dispersion.
Gbagbo a souhaité que des élections aient lieu « bien avant
» la fin du délai d’un an imparti par l’Onu pour les organiser
et annoncé la nomination d’un nouveau premier ministre « dans
quelques jours ». Il a justifié son maintien à la tête de
l’Etat et attribué aux rebelles, qualifiés de « bandes armées
», la responsabilité du blocage actuel.
De l’autre côté,
la rébellion des Forces Nouvelles (FN), qui contrôle le nord
de la Côte-d’Ivoire, a annoncé qu’elle désignait son secrétaire
général Guillaume Soro comme premier ministre du « futur gouvernement
de réconciliation nationale ». Ainsi, Soro est mandaté par
la rébellion « pour prendre tous les contacts nécessaires
avec toutes les formations politiques signataires de l’accord
de Linas Marcoussis en vue de constituer très rapidement,
dans les heures à venir, le gouvernement de réconciliation
nationale », précise le texte. Les protagonistes de la crise
ivoirienne avaient signé cet accord, censé ramener la paix
en Côte-d’Ivoire en janvier 2003 en France, à la suite du
coup d’Etat raté des FN de septembre 2002 contre M. Gbagbo.
Il est resté quasiment lettre morte depuis.
Selon les FN,
la décision de maintenir M. Gbagbo à la présidence, pendant
un an maximum, est un arrangement politique. « Cette décision
ne peut être qu’au titre de l’une des deux parties belligérantes,
en l’occurrence, le clan présidentiel de Laurent Gbagbo »,
estiment les FN dans ce texte signé du porte-parole Sidiki
Konaté. « Le G7 (regroupant l’opposition politique et la rébellion
des FN) soutient fermement cette déclaration des FN et reconnaît
Guillaume Soro comme le premier ministre » de la Côte-d’Ivoire,
a déclaré Cissé Bacongo, membre du directoire du G7 et porte-parole
du Rassemblement Des Républicains (RDR) de l’ancien premier
ministre Alassane Ouattara.
Selon lui, au
cours de différentes réunions au sein du G7, il a été arrêté
que le G7 soutiendrait les propositions des FN au poste de
premier ministre. Il s’agissait notamment d’une contrepartie
du désistement des FN en faveur du candidat du Parti Démocratique
de Côte-d’Ivoire (PDCI, ex-parti unique) au poste de président
de la Commission électorale indépendante. Le président du
directoire du G7, Alphonse Djédjé Mady, a affirmé que c’était
le droit des FN de proposer un nom. Les rebelles des Forces
Nouvelles (FN) se disent déterminés à refuser que Gbagbo continue
à exercer ses fonctions après la fin de son mandat, se sentant
soutenus par l’opposition non armée. En raison de la persistance
de la crise politico-militaire qui a coupé le pays en deux.
Le Conseil de
sécurité de l’Onu a autorisé M. Gbagbo à rester en fonction
12 mois supplémentaires, le temps de pouvoir organiser un
scrutin, et exigé la nomination avant le 31 octobre d’un premier
ministre « acceptable par toutes les parties » et doté de
pouvoirs élargis. A partir du 30 octobre, « Laurent Gbagbo
redevient un citoyen comme les autres. S’il reste au pouvoir,
il ne sera qu’un putschiste qui aura usurpé le pouvoir »,
estime Sidiki Konaté, porte-parole des FN. « La communauté
internationale ne peut pas imposer une quelconque personne
aux Ivoiriens, ou alors cela veut dire que nous ne sommes
plus en démocratie, que nous sommes sous la tutelle de la
communauté internationale qui a choisi son représentant pour
gérer le pays », note-t-il, avertissant que dans ce cas, la
communauté internationale sera responsable des actions des
escadrons de la mort et des milices de Gbagbo.
Du côté des chefs
militaires des FN, le discours est à l’unisson de celui des
politiques. « Depuis trois ans, c’est la population ivoirienne
qui souffre au nord comme au sud. En donnant 12 mois de plus
à Gbagbo, la communauté internationale impose aux Ivoiriens
12 mois de souffrances supplémentaires alors que tout le monde
espérait » le départ du président Gbabgo, critique le commandant
Chérif Ousmane, un important responsable militaire des FN.
Chez les politiques comme chez les militaires des FN, on ne
dit mot sur les actions envisagées désormais, mais la situation
à Abidjan sera surveillée de près depuis Bouaké.