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Diplomatie . Récemment en visite au Caire, le ministre des Affaires étrangères et de la Francophonie du Congo-Brazzaville, Rodolphe Adada, s’exprime sur la situation dans la région des Grands Lacs, le rôle de l’Afrique sur la scène internationale et les relations Nord-Sud.
« Il faut sortir l’Afrique de sa marginalisation »

Propos recueillis par
Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-ahram hebdo : Une conférence devrait se tenir en début d’année 2006 à Nairobi sur la stabilité, le développement et la sécurité dans la région des Grands Lacs. Cette conférence peut-elle venir à bout des difficultés de la sous-région ?

Rodolphe Adada : Il s’agit de la deuxième conférence axée sur la région des Grands Lacs après celle de Dar Al-Salam. La question majeure qui se posera au cours de cette conférence concerne évidemment la situation en République Démocratique du Congo (RDC), la déstabilisation qui touche ce pays et ses voisins. Nous espérons pouvoir faire quelque chose pour stabiliser la RDC. Il y a actuellement la préparation du référendum constitutionnel qui doit se tenir d’ici la fin de l’année, et nous espérons pouvoir organiser des élections générales l’année prochaine. Il est nécessaire de trouver une issue aux multiples troubles et conflits de cette région qui traverse une très grave crise. Outre les questions politiques, le principal défi reste la lutte contre la pauvreté, qui est elle-même en grande partie à l’origine des conflits. C’est la pauvreté qui pousse au désespoir toute une jeunesse. Ce qui s’est passé dans cette région est la pire des crises qu’a connues l’Afrique depuis la fin de la colonisation.

— Justement, face à ces désastres, la communauté internationale a-t-elle eu le rôle escompté ?

— On ne peut pas nier qu’actuellement, la communauté internationale fait beaucoup d’effort. La mission des Nations-Unies en RDC, la Monuc, est la plus grande opération des Nations-Unies depuis que cette organisation existe. C’est une mission qui coûte des milliards de dollars par an. Donc, on ne peut pas dire que rien n’est fait. Mais la taille des problèmes est telle qu’il reste encore beaucoup à faire. Nous souhaitons que la région soit déclarée zone spéciale de développement et que l’on accorde une attention particulière à cette région.

— Quelle est la position du Congo-Brazaville quant à l’élargissement du Conseil de sécurité de l’Onu et la place de l’Afrique ?

— Lorsque le débat sur l’élargissement du conseil et sur la réforme de l’Onu a commencé, l’Afrique a décidé de formuler une position commune. Cette position, nous l’avons élaborée lors d’une réunion au Swaziland en mars, puis à Syrte en juillet et à Addis-Abeba en août derniers. L’Union Africaine (UA) a adopté une proposition commune prévoyant un Conseil de sécurité réformé de 26 membres, avec six nouveaux sièges permanents dotés d’un droit de veto, dont deux attribués à des pays africains, et cinq nouveaux sièges non permanents, dont deux reviendraient également à des pays africains.

Si le débat est encore en cours au sein de l’Onu puisque aucune avancée sur l’élargissement du conseil n’a été obtenue lors du sommet mondial de l’Onu en septembre à New York, l’Afrique est tout de même le seul groupe qui avait parlé d’une seule voix à ce sujet. Quant à nous, notre position est celle de l’Afrique.

— Les pays du Nord s’intéressent de plus en plus à l’Afrique en développant des partenariats et en promouvant le dialogue, nous l’avons notamment vu récemment avec le rapport Blair. De quelle manière de telles initiatives peuvent-elles être bénéfiques aux Etats africains ?

— C’est dans l’intérêt des pays développés comme des pays africains. Le Japon, la Chine, les Etats-Unis ainsi que l’Union européenne montrent un intérêt croissant à l’Afrique car ils se sont rendus compte que le développement et la paix dans le monde dépendront en grande partie du développement du continent africain. Ces puissances mondiales estiment qu’il est nécessaire d’aider l’Afrique à sortir de sa marginalisation pour pouvoir intégrer l’économie mondiale. Côté africain, nous avons le Nepad, le Nouveau partenariat pour le développement en Afrique, qui est une initiative très importante.

— Malgré les tentatives de l’UA de mettre un terme à la crise, la situation dans la région soudanaise du Darfour reste critique. Comment est-il possible de trouver une solution à cette affaire ?

— Malheureusement, au moment où l’on s’est félicité du règlement de la question de Sud-Soudan, celle du Darfour continue de nous inquiéter. Toutefois, il existe actuellement des signes encourageants avec les négociations qui se déroulent à Abuja au Nigeria. Je crois que ça va dans la bonne direction.

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