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Peintures . Pour célébrer le 73e anniversaire de feu l’artiste Abdel-Rahmane Al-Nachar (1932-1999), la galerie Zamalek révèle l’un de ses trésors cachés. Une œuvre épique de 9 parties, trouvée dans son dépôt, est exposée pour la première fois.

L’émerveillement des détails

Un plan explicatif de l’œuvre intitulée La Huitième épopée de l’espace et du temps est distribué à la porte de la galerie Zamalek. Comme si on allait visiter un musée. Mais c’est de toute autre chose qu’il s’agit en fait. Distribué à l’entrée et accroché au mur, ce plan sert de guide pour découvrir l’immense tableau d’Al-Nachar (2,25 x 2,25m). « Après la mort de mon mari, Abdel-Rahmane Al-Nachar, et deux ans après l’inauguration de notre Musée d’art, Ahmad Abdel-Kérim, un ami qui gardait dans son dépôt les œuvres de mon mari, ses outils et ses matières, m’a annoncé qu’il y a découvert une gigantesque œuvre épique composée de neuf parties. J’ai d’abord cru que c’était l’une de ses anciennes épopées déjà exposées. Mais il s’agissait d’un trésor caché. Une œuvre qu’Al-Nachar avait achevée en 1997 dans son atelier à la station balnéaire d’Abou-Youssef », déclare l’artiste Zeinab Al-Séguini, épouse d’Al-Nachar.

L’œuvre comporte en effet neuf tableaux dont chaque cadre se divise en sept autres parties rectangulaires, parfois irrégulières et mises en relief. Vu la dimension colossale de l’œuvre exposée, la gérante de la galerie Zamalek a eu l’idée de filmer des sections particulières par caméra digitale et de les imprimer sur papier vinyle, afin de permettre aux visiteurs de contempler l’œuvre de près.

Pour unifier l’espace et le temps, l’artiste a eu recours aux formes humaines, aux motifs géométriques et à l’émail coloré. Les matériaux divers fusionnent dans un monde fait d’abstraction et de couleurs, comme sur les fresques des temples pharaoniques.

A chaque fois que l’on approche l’un des neuf tableaux d’Al-Nachar, nous apercevons des formes humaines, compactes, qui ne cessent de copuler, de se recréer, envahissant l’espace. Des êtres ténus qui fondent les uns dans les autres. Ils se protègent du monde qui les entoure de par leur densité et leur opacité. Ces êtres fugitifs et opaques se tiennent et s’enlacent en nous laissant deviner ce qu’ils cachent. Des femmes nues, en posture quelconque : étalée, allongée, dressée ou penchée, qui s’exhibent, se baladent, se rapprochent, jetant un petit clin d’œil aux visiteurs.

Plus l’on s’en approche, plus l’on se délecte en découvrant d’autres détails. L’artiste montre des mères qui enlacent tendrement leur enfant. Un homme et une femme, aux traits très expressifs, voire célestes, s’embrassent, pris dans un tourbillon. Bref, des compositions fines dont les couleurs et les formes imperceptibles disent à demi-mot un monde sous-jacent d’abstraction.

En dépit de la simplification et de l’épuration des lignes d’Al-Nachar, il faut suivre soigneusement les traces des formes humaines. Elles se touchent et s’enlacent sur des tons : vert, ocre, gris, bleu et surtout doré. Car celui-ci domine la palette d’Al-Nachar en général. « Al-Nachar avait un penchant soufi. Il a puisé dans les patrimoines : pharaonique, copte, islamique, voire dans la mythologie grecque. Tous ces héritages culturels et artistiques fondent dans son propre monde », souligne son épouse Zeinab Al-Séguini pour décrire cet univers artistique mêlant l’ancien au moderne.

Ainsi est-il de l’usage fréquent d’émaux colorés (rouge, vert, bleu et noir) avec des différentes formes géométriques, puisé dans l’artisanat islamique. Ces couleurs vives vont également de pair avec le rythme accéléré de l’époque contemporaine. Et les formes géométriques cèdent à l’œuvre la dynamique du mouvement. Il s’agit d’un monde en perpétuelle métamorphose.

Le mouvement est en effet l’une des spécificités de l’artiste qui aime jongler avec la technique du clair-obscur, celle du creux et du plat pour parvenir à ses fins. Ce jeu donne impression que le monde d’Al-Nachar bouge, se meut et nous parle. Ce monde, qui ne cesse de renaître, qui s’immerge dans un espace illimité et éternel, est de nouveau à reconstruire.

Névine Lameï

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