| Un
plan explicatif de l’œuvre intitulée La Huitième épopée de l’espace
et du temps est distribué à la porte de la galerie Zamalek.
Comme si on allait visiter un musée. Mais c’est de toute autre
chose qu’il s’agit en fait. Distribué à l’entrée et accroché
au mur, ce plan sert de guide pour découvrir l’immense tableau
d’Al-Nachar (2,25 x 2,25m). « Après la mort de mon mari, Abdel-Rahmane
Al-Nachar, et deux ans après l’inauguration de notre Musée d’art,
Ahmad Abdel-Kérim, un ami qui gardait dans son dépôt les œuvres
de mon mari, ses outils et ses matières, m’a annoncé qu’il y
a découvert une gigantesque œuvre épique composée de neuf parties.
J’ai d’abord cru que c’était l’une de ses anciennes épopées
déjà exposées. Mais il s’agissait d’un trésor caché. Une œuvre
qu’Al-Nachar avait achevée en 1997 dans son atelier à la station
balnéaire d’Abou-Youssef », déclare l’artiste Zeinab Al-Séguini,
épouse d’Al-Nachar.
L’œuvre comporte
en effet neuf tableaux dont chaque cadre se divise en sept autres
parties rectangulaires, parfois irrégulières et mises en relief.
Vu la dimension colossale de l’œuvre exposée, la gérante de
la galerie Zamalek a eu l’idée de filmer des sections particulières
par caméra digitale et de les imprimer sur papier vinyle, afin
de permettre aux visiteurs de contempler l’œuvre de près.
Pour unifier l’espace
et le temps, l’artiste a eu recours aux formes humaines, aux
motifs géométriques et à l’émail coloré. Les matériaux divers
fusionnent dans un monde fait d’abstraction et de couleurs,
comme sur les fresques des temples pharaoniques.
A chaque fois que
l’on approche l’un des neuf tableaux d’Al-Nachar, nous apercevons
des formes humaines, compactes, qui ne cessent de copuler, de
se recréer, envahissant l’espace. Des êtres ténus qui fondent
les uns dans les autres. Ils se protègent du monde qui les entoure
de par leur densité et leur opacité. Ces êtres fugitifs et opaques
se tiennent et s’enlacent en nous laissant deviner ce qu’ils
cachent. Des femmes nues, en posture quelconque : étalée, allongée,
dressée ou penchée, qui s’exhibent, se baladent, se rapprochent,
jetant un petit clin d’œil aux visiteurs.
Plus l’on s’en
approche, plus l’on se délecte en découvrant d’autres détails.
L’artiste montre des mères qui enlacent tendrement leur enfant.
Un homme et une femme, aux traits très expressifs, voire célestes,
s’embrassent, pris dans un tourbillon. Bref, des compositions
fines dont les couleurs et les formes imperceptibles disent
à demi-mot un monde sous-jacent d’abstraction.
En dépit de la
simplification et de l’épuration des lignes d’Al-Nachar, il
faut suivre soigneusement les traces des formes humaines. Elles
se touchent et s’enlacent sur des tons : vert, ocre, gris, bleu
et surtout doré. Car celui-ci domine la palette d’Al-Nachar
en général. « Al-Nachar avait un penchant soufi. Il a puisé
dans les patrimoines : pharaonique, copte, islamique, voire
dans la mythologie grecque. Tous ces héritages culturels et
artistiques fondent dans son propre monde », souligne son épouse
Zeinab Al-Séguini pour décrire cet univers artistique mêlant
l’ancien au moderne.
Ainsi est-il de
l’usage fréquent d’émaux colorés (rouge, vert, bleu et noir)
avec des différentes formes géométriques, puisé dans l’artisanat
islamique. Ces couleurs vives vont également de pair avec le
rythme accéléré de l’époque contemporaine. Et les formes géométriques
cèdent à l’œuvre la dynamique du mouvement. Il s’agit d’un monde
en perpétuelle métamorphose.
Le mouvement est
en effet l’une des spécificités de l’artiste qui aime jongler
avec la technique du clair-obscur, celle du creux et du plat
pour parvenir à ses fins. Ce jeu donne impression que le monde
d’Al-Nachar bouge, se meut et nous parle. Ce monde, qui ne cesse
de renaître, qui s’immerge dans un espace illimité et éternel,
est de nouveau à reconstruire.
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