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Théâtre . Saïd Soliman crée un spectacle, Toqous Al-horriya (Les Rites de la liberté), qui baigne dans l’atmosphère populaire et dénonce l’oppression de la femme.
Le sacre de la liberté
A-t-on le choix d’être libre ou pas ? Comment acquérir cette liberté ? Quels en sont les rites ? Faut-il passer par l’oppression et la révolte pour atteindre enfin la liberté ? Dans la pièce Toqous al-horriya (Les Rites de la liberté), écrite et mise en scène par Saïd Soliman, sur les planches du théâtre Al-Talia, on n’arrête pas de se poser une série de questions paradoxales, dans une atmosphère sacrée.
 

La liberté de la femme est évoquée. Les traditions et les préjugés ancestraux qui accablent la société sont remis en question. Pourtant, le spectacle ne traite pas du féminisme ni de l’émancipation de la femme. Celle-ci se présente en tant qu’être humain aspirant à une liberté réelle. Une liberté absente et regrettée sous le poids de la peur, de la soumission et de la passivité. « Le spectacle est un assemblage de plusieurs lectures que j’ai faites, à savoir : La Maison, de Bernard Alba de Lorca, Les Suppliantes de Bacchus d’Euripide, Ménein aguib nass (Où Trouver des gens ?) de Naguib Sourour, Shakuntala, (drame sanskrit de Kalidasa). S’ajoutent à cela des références sur les rites et les mythes africains. Dans ces textes, il y a une sorte de rapprochement entre Shakuntala dans son cloître, Naïma de Naguib Sourour dans sa maison, entre les suppliantes de Bacchus qui ont leurs propres rites et les filles emprisonnées dans l’œuvre de Lorca, etc. Tous ces personnages aspirent à la liberté », explique Saïd Soliman qui a écrit cependant un texte égyptien et poétique, dans un langage à mi-chemin entre le dialectal et le classique.

Dans ses spectacles, Soliman est toujours en quête d’identité théâtrale très égyptienne, puisant dans les mœurs et les traditions, ou dans les rites et cérémonies populaires.

Dans la petite salle de théâtre, le public est reçu par des comédiens en deuil. D’un coup, il découvre qu’il est en présence d’un rite de condoléances. Une grande table rectangulaire fait office de scène. Les comédiens offrent un café aux spectateurs et l’odeur de l’encens est répandue dans la salle, munie de motifs et accessoires lui attribuant un aspect rural.

Sur scène, trois femmes déplorent leur sort, se plaignent au public. Elles sont frustrées, voire emprisonnées. Par opposition à ces trois victimes, symbole de l’oppression, apparaît un autre personnage également en habit de femme. Lui aussi porte le noir, mais symbolise le bourreau, l’oppresseur, l’autorité sous toutes ses formes. Parfois, il incarne une mère autoritaire et cruelle ou un gardien de l’ordre muni de fusil ou encore un cheikh fanatique. Il passe en effet d’un personnage à l’autre, à l’aide de simples détails vestimentaires assez significatifs. Le voile noir pour la mère, le manteau vert pour le gardien de l’ordre, le turban blanc pour l’homme de religion.

Le metteur en scène se sert du décor pour faire allusion à une autre forme d’oppression, celle des médias, de la technologie. Un monde très terre à terre s’impose. Un robot ou plutôt un ogre en acier, avec plusieurs chaînes et antennes sur la tête, est contrôlé par le même type d’oppresseur.

Saïd Soliman a choisi une performance musicale très rythmée. Les scènes s’accompagnent de mélodies orientales, notamment égyptiennes, jouées au luth et au nay (flûte orientale). Les percussions africaines donnent la cadence et relancent les événements. Elles annoncent surtout des mouvements de révolte. En ces moments, les rythmes s’accélèrent et deviennent plus puissants.

Dans la plupart des scènes, les protagonistes chantent, dansent et participent aux rythmes soit à travers des discours lyriques, soit à travers le mouvement. Ayant recours à des éléments simples, le metteur en scène varie les rythmes. Les trois femmes utilisent des verres et des cuillères pour interpréter une scène de mise en alerte. Elles ont eu recours à des assiettes en acier pour exprimer la protestation. Et battent leurs tambours pour faire face à l’autorité absolue, etc.

Vers la fin, les trois femmes affrontent l’oppresseur. Elles interprètent la chanson d’Oum Kalsoum, Alf leïla we leïla (Mille et une nuits). Soliman explique alors le choix de cette chanson : « Oum Kalsoum y chante la beauté de la nuit et de l’amour, et appelle à la vie. Des sentiments que nos trois protagonistes n’ont jamais éprouvés. Elles étaient plutôt privées de cette joie de vivre ». Bref, un appel à récupérer son droit à la vie.

May Sélim

Toqous Al-horriya, de Saïd Soliman. A partir du 4 novembre, tous les soirs, à 21h, au théâtre Al-Talia, place Ataba. Tél. : 593 79 48. Relâche le mardi.

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