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Afrique - commerce mondial . Invités par l’Egypte, neuf ministres africains du Commerce viennent de se réunir au Caire. L’objectif était d’unifier la position du continent avant les négociations de l’OMC, à Hongkong, en décembre prochain. Bilan.
Le médiateur égyptien peine à convaincre
A six semaines de la réunion ministérielle de l’OMC, qui se tiendra à Hongkong du 13 au 18 décembre, une réunion de coordination a regroupé jeudi 27 octobre, 9 ministres africains du Commerce au Caire. Le but était de dégager un consensus sur les grands dossiers de négociations de l’OMC, notamment l’agriculture.

Mais l’Egypte, coordinateur des négociations du groupe des pays africains, n’a pas su convaincre ces derniers d’accepter l’offre américaine, faite début octobre dernier, de réduire les aides aux agriculteurs et les subventions aux exportations agricoles. L’offre a été jugée comme étant « un pas dans le bon sens » par le ministre égyptien de l’Industrie et du Commerce extérieur, Rachid Mohamad Rachid, et certains de ses homologues. Mais « bien en deçà des concessions demandées », a poursuivi Rachid, exprimant le point de vue des ministres africains.

Le groupe des pays africains avait annoncé une position commune, la Déclaration du Caire, lors de leur réunion en juin dernier, appelant les pays développés à annuler toutes sortes d’aides allouées à leurs produits agricoles, tout en revendiquant un parcours plus rapide pour le coton africain. Or, une telle position devient de plus en plus difficile à tenir avec l’avancement de la course des négociations. Rachid explique en effet que le groupe africain, qui représente le tiers des pays membres de l’OMC, n’est pas tout a fait homogène. « Ces pays ne sont pas tous dans la même phase de développement économique. En outre, chacun d’eux a des engagements différents ».

Une autre réunion, qui aura lieu en Tanzanie le 21 novembre, regroupera les 48 pays africains membres de l’organisation. Il y sera question de la révision de certaines clauses de la Déclaration du Caire, en vue des développements accélérés des négociations. « Nous attendons l’offre de l’Union européenne, et du Groupe des grands exportateurs agricoles », souligne Rachid.

Les pressions s’accentuent

Par ailleurs, pendant cette phase critique, les pressions s’accentuent de la part des grandes puissances du commerce sur leurs alliés politiques. « Cela se voit notamment dans le cas des Etats-Unis et de l’Union européenne, quand ils présentent des cadeaux individuels à certains pays en développement, dans le but de diviser leurs positions communes », explique Waël Khalil, membre d’une ONG égyptienne altermondialiste dénommée Ageg.

Un événement qui a eu lieu quelques jours avant la dernière réunion du Caire peut être interprété dans ce sens. Lundi 24, Rachid a annoncé que les Etats-Unis avaient annulé un de leurs programmes d’aide aux cultivateurs de coton. Il s’agit du programme Step 2, qui vise à réduire les prix du coton américain exporté, dénommé Pima. Ce dernier étant le premier concurrent du coton égyptien, la mesure a fait sortir l’Egypte de la liste des pays lésés par les subventions américaines au coton, comme le note un rapport diffusé par la BBC. Une étude effectuée par le ministère du Commerce égyptien a de plus prouvé que Step 2 a affecté la compétitivité du coton égyptien, car il baisse les prix du coton américain, et cela sur les marchés mondiaux aussi bien que sur le marché américain. Rachid a néanmoins présenté cette réalisation aux Africains comme étant le fruit des capacités de médiation égyptienne. « Vous pouvez comparer entre l’approche égyptienne, avec ses résultats positifs, et l’autre approche d’avoir recours à l’instance de règlement des conflits au sein de l’OMC », a-t-il souligné à l’Hebdo, faisant allusion à l’approche du Brésil qui a réussi à arracher une condamnation des subventions au coton américain par l’OMC sans pourtant avoir réussi à les diminuer.

Regarder au-delà du dossier agricole

Le côté égyptien a par ailleurs incité les ministres africains à regarder au-delà du dossier agricole. « En fin de compte, l’actuel cycle de négociations, le Doha Round, est beaucoup plus vaste que ce dossier. Il faut que nous préservions une partie de nos efforts pour avancer sur les dossiers des services, de la facilitation du commerce, ainsi que celui de l’accès au marché des produits industriels », a dit Rachid. En ce qui concerne ce dernier, il a essayé de convaincre ses homologues d’accepter l’adoption d’une baisse collective de leurs taxes douanières sur les produits industriels qui serait applicable à tous les pays membres de l’OMC. Une étape contestée par la plupart des pays en développement, vu leurs différentes phases de développement.

Dans le même cadre, l’Egypte a lancé une initiative dite Development Package, visant à promouvoir le succès des négociations à Hongkong. Le marché proposé renferme trois éléments. Le premier traite des politiques qui assurent l’accès aux marchés pour tous les pays en développement et les moins avancés, notamment les pays africains. Le deuxième est relatif à la flexibilité de la mise en application des accords de l’OMC, en vue de ce qu’on appelle le Traitement spécial et différentiel. Finalement, le troisième porte sur une assistance au développement qui remédie aux problèmes de l’offre, c’est-à-dire de la production chez les pays en voie de développement, particulièrement ceux du continent africain. Cette assistance, selon la proposition égyptienne, devant être administrée par trois institutions indépendantes. L’une étudiant au cas par cas les pays éligibles, une autre qui exécute, et une dernière pour surveiller la performance de ces pays. Ces trois institutions devraient remplacer les institutions internationales monétaires présentes, ayant les choses en main, et ainsi contrôler majoritairement le financement alloué aux pays pauvres. Or, les ministres présents au Caire ont préféré ne pas commenter cette initiative, avant de l’étudier et ensuite annoncer une position commune lors de leur prochaine rencontre en Tanzanie.

Finalement, personne ne peut mieux résumer le rôle de médiateur de l’Egypte que son ministre du Commerce. Celui-ci place tantôt la balle dans le camp des grandes puissances commerciales, en les accusant de traiter les dynamiques de négociations comme celles d’un train « où les pays développés veulent s’asseoir en première classe, laissant les pays en voie de développement toujours à la traîne, en troisième classe ». Tantôt il met en garde les pays africains de faire échouer l’actuel cycle de négociations par la métaphore suivante : « Je compare la dynamique de ces négociations à celle d’une bicyclette : si les pays en voie développement s’arrêtent de pédaler, le processus entier sera stoppé ». Cependant, il faut plus que des métaphores pour convaincre ce groupe de pays qui a payé cher les règles injustes du commerce mondial.

Salma Hussein

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