Mais l’Egypte, coordinateur des négociations
du groupe des pays africains, n’a pas su convaincre ces derniers
d’accepter l’offre américaine, faite début octobre dernier,
de réduire les aides aux agriculteurs et les subventions aux
exportations agricoles. L’offre a été jugée comme étant « un
pas dans le bon sens » par le ministre égyptien de l’Industrie
et du Commerce extérieur, Rachid Mohamad Rachid, et certains
de ses homologues. Mais « bien en deçà des concessions demandées
», a poursuivi Rachid, exprimant le point de vue des ministres
africains.
Le groupe des pays africains avait annoncé
une position commune, la Déclaration du Caire, lors de leur
réunion en juin dernier, appelant les pays développés à annuler
toutes sortes d’aides allouées à leurs produits agricoles, tout
en revendiquant un parcours plus rapide pour le coton africain.
Or, une telle position devient de plus en plus difficile à tenir
avec l’avancement de la course des négociations. Rachid explique
en effet que le groupe africain, qui représente le tiers des
pays membres de l’OMC, n’est pas tout a fait homogène. « Ces
pays ne sont pas tous dans la même phase de développement économique.
En outre, chacun d’eux a des engagements différents ».
Une autre réunion, qui aura lieu en Tanzanie
le 21 novembre, regroupera les 48 pays africains membres de
l’organisation. Il y sera question de la révision de certaines
clauses de la Déclaration du Caire, en vue des développements
accélérés des négociations. « Nous attendons l’offre de l’Union
européenne, et du Groupe des grands exportateurs agricoles »,
souligne Rachid.
Les pressions s’accentuent
Par ailleurs, pendant cette phase critique,
les pressions s’accentuent de la part des grandes puissances
du commerce sur leurs alliés politiques. « Cela se voit notamment
dans le cas des Etats-Unis et de l’Union européenne, quand ils
présentent des cadeaux individuels à certains pays en développement,
dans le but de diviser leurs positions communes », explique
Waël Khalil, membre d’une ONG égyptienne altermondialiste dénommée
Ageg.
Un événement qui a eu lieu quelques jours avant
la dernière réunion du Caire peut être interprété dans ce sens.
Lundi 24, Rachid a annoncé que les Etats-Unis avaient annulé
un de leurs programmes d’aide aux cultivateurs de coton. Il
s’agit du programme Step 2, qui vise à réduire les prix du coton
américain exporté, dénommé Pima. Ce dernier étant le premier
concurrent du coton égyptien, la mesure a fait sortir l’Egypte
de la liste des pays lésés par les subventions américaines au
coton, comme le note un rapport diffusé par la BBC. Une étude
effectuée par le ministère du Commerce égyptien a de plus prouvé
que Step 2 a affecté la compétitivité du coton égyptien, car
il baisse les prix du coton américain, et cela sur les marchés
mondiaux aussi bien que sur le marché américain. Rachid a néanmoins
présenté cette réalisation aux Africains comme étant le fruit
des capacités de médiation égyptienne. « Vous pouvez comparer
entre l’approche égyptienne, avec ses résultats positifs, et
l’autre approche d’avoir recours à l’instance de règlement des
conflits au sein de l’OMC », a-t-il souligné à l’Hebdo, faisant
allusion à l’approche du Brésil qui a réussi à arracher une
condamnation des subventions au coton américain par l’OMC sans
pourtant avoir réussi à les diminuer.
Regarder au-delà du dossier agricole
Le côté égyptien a par ailleurs incité les
ministres africains à regarder au-delà du dossier agricole.
« En fin de compte, l’actuel cycle de négociations, le Doha
Round, est beaucoup plus vaste que ce dossier. Il faut que nous
préservions une partie de nos efforts pour avancer sur les dossiers
des services, de la facilitation du commerce, ainsi que celui
de l’accès au marché des produits industriels », a dit Rachid.
En ce qui concerne ce dernier, il a essayé de convaincre ses
homologues d’accepter l’adoption d’une baisse collective de
leurs taxes douanières sur les produits industriels qui serait
applicable à tous les pays membres de l’OMC. Une étape contestée
par la plupart des pays en développement, vu leurs différentes
phases de développement.
Dans le même cadre, l’Egypte a lancé une initiative
dite Development Package, visant à promouvoir le succès des
négociations à Hongkong. Le marché proposé renferme trois éléments.
Le premier traite des politiques qui assurent l’accès aux marchés
pour tous les pays en développement et les moins avancés, notamment
les pays africains. Le deuxième est relatif à la flexibilité
de la mise en application des accords de l’OMC, en vue de ce
qu’on appelle le Traitement spécial et différentiel. Finalement,
le troisième porte sur une assistance au développement qui remédie
aux problèmes de l’offre, c’est-à-dire de la production chez
les pays en voie de développement, particulièrement ceux du
continent africain. Cette assistance, selon la proposition égyptienne,
devant être administrée par trois institutions indépendantes.
L’une étudiant au cas par cas les pays éligibles, une autre
qui exécute, et une dernière pour surveiller la performance
de ces pays. Ces trois institutions devraient remplacer les
institutions internationales monétaires présentes, ayant les
choses en main, et ainsi contrôler majoritairement le financement
alloué aux pays pauvres. Or, les ministres présents au Caire
ont préféré ne pas commenter cette initiative, avant de l’étudier
et ensuite annoncer une position commune lors de leur prochaine
rencontre en Tanzanie.
Finalement, personne ne peut mieux résumer
le rôle de médiateur de l’Egypte que son ministre du Commerce.
Celui-ci place tantôt la balle dans le camp des grandes puissances
commerciales, en les accusant de traiter les dynamiques de négociations
comme celles d’un train « où les pays développés veulent s’asseoir
en première classe, laissant les pays en voie de développement
toujours à la traîne, en troisième classe ». Tantôt il met en
garde les pays africains de faire échouer l’actuel cycle de
négociations par la métaphore suivante : « Je compare la dynamique
de ces négociations à celle d’une bicyclette : si les pays en
voie développement s’arrêtent de pédaler, le processus entier
sera stoppé ». Cependant, il faut plus que des métaphores pour
convaincre ce groupe de pays qui a payé cher les règles injustes
du commerce mondial.