Personne
ne sait à quoi va aboutir la crise syrienne
déclenchée par la publication du rapport Mehlis.
Or, un des scénarios probables se révèle être
effrayant. Un processus dont le point de départ
serait un appel du Conseil de sécurité de traduire
les accusés qui, selon le rapport, auraient
organisé l’assassinat de Hariri, devant une
cour de justice qui se tiendrait à Genève, à
La Haye ou n’importe quelle autre capitale européenne.
Certaines de ces personnalités que ce soit durant
l’enquête ou lors du procès impliqueraient le
président Bachar Al-Assad dans l’affaire. La
cour réclamerait sa comparution, voire il serait
même jugé.
Ce
scénario est le rêve que caressent les sionistes
et les racistes anti-arabes en Israël, aux Etats-Unis
et dans de nombreux pays occidentaux. Dans le
cas où il se réaliserait, il constituerait une
défaite et l’offense la plus grave jamais adressée
à l’identité arabe jusqu’à ce jour. Les relations
des pays arabes avec le reste du monde seront
ainsi affectées de manière inévitable. Tous
les courants qui se manifestent à l’heure actuelle
avec le refus de la civilisation occidentale
et de l’ordre mondial prendront de plus en plus
d’ampleur, idem pour ces valeurs arabes qui
s’expriment à travers des idéologies religieuses
ou nationales et qui peuvent évoluer vers un
fondamentalisme sévère. Situation qui se reflétera
négativement sur la cause palestinienne et sur
toute autre question politique arabe.
Par
conséquent, aucun pays arabe n’a intérêt à sous-estimer
la crise syrienne et considérer cette dernière
comme un sous-dossier de l’agenda politique
panarabe. Il faut savoir que ce scénario deviendra
une tentation irrésistible. Ils voudront l’appliquer
dans le territoire qui leur conviendra. C’est
d’ailleurs ce que la Syrie n’a pas réussi à
comprendre à travers la gestion étrange de la
crise, en particulier dans le contexte de ses
relations avec le Liban, et ce depuis la décision
de renouveler le mandat du président Lahoud
malgré tous les conseils de ne pas le faire.
Les
pays arabes ont plusieurs choix pour avorter
rapidement le scénario prévu. Le choix possible
à l’heure actuelle est d’activer la diplomatie
de médiation que l’Egypte et l’Arabie saoudite
ont de facto entreprise et dont les résultats
restent encore minimes. Activer veut dire que
l’Egypte et la Syrie obtiennent un accord sans
équivoque de la part d’une majorité de pays
arabes pour lancer les négociations avec Washington
et Paris dans le but d’arriver à une entente
ou au moins de fixer des « règles » définitives
afin de réduire les pressions sur la Syrie.
Quant au second choix et qui est très traditionnel,
c’est de tenir un sommet arabe commun. Solution
peu prometteuse puisqu’elle consiste à prononcer
des discours éloquents sans pour autant toucher
Washington. Il y a un autre choix plus pratique
qui consiste à tenir un sommet réduit, autrement
dit seulement pour les pays intéressés, dont
l’objectif serait de parvenir à une conception
de la gestion de la crise, puis à obtenir la
bénédiction des autres Arabes ou bien une bénédiction
arabe générale donnée à l’Egypte, à l’Arabie
saoudite et peut-être aussi à deux autres pays
comme les Emirats arabes unis et l’Algérie pour
négocier avec les Américains et mettre un terme
à la crise.
Or,
le problème le plus important auquel il faudra
faire face est : Quelle est l’issue possible
de cette crise ? Pour y répondre, il faut aborder
ses 2 aspects, l’un actuel et l’autre général.
Abstraction
faite des intentions américaines qui consistent
à renverser le régime syrien et à affaiblir
le pays face à Israël, la difficulté réelle
aujourd’hui est qu’il est question d’activer
un mécanisme dont l’objectif est de traiter
la question de l’assassinat d’un premier ministre
et d’une personnalité arabe éminente de manière
équitable. Aucun responsable arabe ne peut objecter
ou négliger un tel mécanisme juridique même
s’il est international. L’accusation incluse
dans le rapport rend cette cause non plus exclusivement
libanaise intérieure mais internationale. Dès
que ce mécanisme entrera en action, et qui le
plus probablement prendra la forme d’une cour
internationale spéciale, puisque les Américains
refusent le principe même de la Cour pénale
internationale, il sera difficile de suivre
l’affaire. Le dossier sera alors entre les mains
des juges, abstraction faite de leur nationalité
ou de leur partialité. Mais quelles que soient
les obligations de la justice dans son sens
pénal, il se peut que l’affaire aboutisse à
une catastrophe politique. Et au cas où il serait
réclamé de juger le président syrien, aucun
Arabe ne croira que le procès était honnête
et il sera impossible d’oublier l’affront qu’il
constitue. Le problème est donc qu’il y a une
certaine contradiction entre les garanties de
la justice en ce qui concerne le procès de l’assassinat
d’un premier ministre arabe et où sont accusés,
conformément à un rapport international accrédité
par l’Onu, des responsables arabes dans un autre
pays d’un côté et l’intérêt politique arabe
commun et même du monde entier, de l’autre.
Un intérêt qui nous oblige à parvenir à une
solution politique et non juridique de la crise.
Comment est-ce possible ? A mon avis, la meilleure
solution et qui peut être adoptée par une médiation
arabe est de faire comparaître les inculpés
syriens devant un tribunal syrien, auquel assisteront
des observateurs internationaux. C’est ainsi
qu’il sera possible d’éviter l’insulte au président,
qui est le symbole de l’Etat syrien. Même si
les normes de jugement peuvent ne pas être tout
à fait acceptées du point de vue international,
c’est au moins une façon de donner au monde
l’occasion de reconsidérer la question et de
sauver les relations arabo-internationales d’une
chute aux niveaux culturel et politique dont
les souvenirs et les résultats resteront gravés
à jamais dans les consciences des peuples en
question.
Il
y a un côté plus profond de la crise. C’est
celui du principe de la souveraineté de la loi
au niveau international et intérieur dans le
monde arabe. Cette justice internationale, la
Syrie en est privée puisque une partie de son
territoire est toujours occupée. Il en est de
même pour le peuple palestinien et tous les
peuples arabes à cause de l’alignement sur Israël.
Et en même temps, les citoyens syriens comme
ceux de la plupart des pays arabes sont privés
de leurs droits par le biais de législations
internes et autres dispositions. Il y a une
relation étroite entre ces deux situations On
ne s’attend pas à ce qu’un sommet arabe ou un
gouvernement arabe prenne l’initiative d’une
décision forte visant à mettre fin à la situation
exceptionnelle que les Arabes vivent. Il semble
que l’humiliation des Arabes au niveau international
ne prendra pas fin avant que disparaisse définitivement
leur humiliation par leurs propres gouvernements.
C’est là un autre complexe de la vie arabe contemporaine,
tout à fait à l’écart de l’esprit de l’époque.