Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Les Arabes et la crise syrienne
Mohamad Al-Sayed Saïd, Politologue

Personne ne sait à quoi va aboutir la crise syrienne déclenchée par la publication du rapport Mehlis. Or, un des scénarios probables se révèle être effrayant. Un processus dont le point de départ serait un appel du Conseil de sécurité de traduire les accusés qui, selon le rapport, auraient organisé l’assassinat de Hariri, devant une cour de justice qui se tiendrait à Genève, à La Haye ou n’importe quelle autre capitale européenne. Certaines de ces personnalités que ce soit durant l’enquête ou lors du procès impliqueraient le président Bachar Al-Assad dans l’affaire. La cour réclamerait sa comparution, voire il serait même jugé.

Ce scénario est le rêve que caressent les sionistes et les racistes anti-arabes en Israël, aux Etats-Unis et dans de nombreux pays occidentaux. Dans le cas où il se réaliserait, il constituerait une défaite et l’offense la plus grave jamais adressée à l’identité arabe jusqu’à ce jour. Les relations des pays arabes avec le reste du monde seront ainsi affectées de manière inévitable. Tous les courants qui se manifestent à l’heure actuelle avec le refus de la civilisation occidentale et de l’ordre mondial prendront de plus en plus d’ampleur, idem pour ces valeurs arabes qui s’expriment à travers des idéologies religieuses ou nationales et qui peuvent évoluer vers un fondamentalisme sévère. Situation qui se reflétera négativement sur la cause palestinienne et sur toute autre question politique arabe.

Par conséquent, aucun pays arabe n’a intérêt à sous-estimer la crise syrienne et considérer cette dernière comme un sous-dossier de l’agenda politique panarabe. Il faut savoir que ce scénario deviendra une tentation irrésistible. Ils voudront l’appliquer dans le territoire qui leur conviendra. C’est d’ailleurs ce que la Syrie n’a pas réussi à comprendre à travers la gestion étrange de la crise, en particulier dans le contexte de ses relations avec le Liban, et ce depuis la décision de renouveler le mandat du président Lahoud malgré tous les conseils de ne pas le faire.

Les pays arabes ont plusieurs choix pour avorter rapidement le scénario prévu. Le choix possible à l’heure actuelle est d’activer la diplomatie de médiation que l’Egypte et l’Arabie saoudite ont de facto entreprise et dont les résultats restent encore minimes. Activer veut dire que l’Egypte et la Syrie obtiennent un accord sans équivoque de la part d’une majorité de pays arabes pour lancer les négociations avec Washington et Paris dans le but d’arriver à une entente ou au moins de fixer des « règles » définitives afin de réduire les pressions sur la Syrie. Quant au second choix et qui est très traditionnel, c’est de tenir un sommet arabe commun. Solution peu prometteuse puisqu’elle consiste à prononcer des discours éloquents sans pour autant toucher Washington. Il y a un autre choix plus pratique qui consiste à tenir un sommet réduit, autrement dit seulement pour les pays intéressés, dont l’objectif serait de parvenir à une conception de la gestion de la crise, puis à obtenir la bénédiction des autres Arabes ou bien une bénédiction arabe générale donnée à l’Egypte, à l’Arabie saoudite et peut-être aussi à deux autres pays comme les Emirats arabes unis et l’Algérie pour négocier avec les Américains et mettre un terme à la crise.

Or, le problème le plus important auquel il faudra faire face est : Quelle est l’issue possible de cette crise ? Pour y répondre, il faut aborder ses 2 aspects, l’un actuel et l’autre général.

Abstraction faite des intentions américaines qui consistent à renverser le régime syrien et à affaiblir le pays face à Israël, la difficulté réelle aujourd’hui est qu’il est question d’activer un mécanisme dont l’objectif est de traiter la question de l’assassinat d’un premier ministre et d’une personnalité arabe éminente de manière équitable. Aucun responsable arabe ne peut objecter ou négliger un tel mécanisme juridique même s’il est international. L’accusation incluse dans le rapport rend cette cause non plus exclusivement libanaise intérieure mais internationale. Dès que ce mécanisme entrera en action, et qui le plus probablement prendra la forme d’une cour internationale spéciale, puisque les Américains refusent le principe même de la Cour pénale internationale, il sera difficile de suivre l’affaire. Le dossier sera alors entre les mains des juges, abstraction faite de leur nationalité ou de leur partialité. Mais quelles que soient les obligations de la justice dans son sens pénal, il se peut que l’affaire aboutisse à une catastrophe politique. Et au cas où il serait réclamé de juger le président syrien, aucun Arabe ne croira que le procès était honnête et il sera impossible d’oublier l’affront qu’il constitue. Le problème est donc qu’il y a une certaine contradiction entre les garanties de la justice en ce qui concerne le procès de l’assassinat d’un premier ministre arabe et où sont accusés, conformément à un rapport international accrédité par l’Onu, des responsables arabes dans un autre pays d’un côté et l’intérêt politique arabe commun et même du monde entier, de l’autre. Un intérêt qui nous oblige à parvenir à une solution politique et non juridique de la crise. Comment est-ce possible ? A mon avis, la meilleure solution et qui peut être adoptée par une médiation arabe est de faire comparaître les inculpés syriens devant un tribunal syrien, auquel assisteront des observateurs internationaux. C’est ainsi qu’il sera possible d’éviter l’insulte au président, qui est le symbole de l’Etat syrien. Même si les normes de jugement peuvent ne pas être tout à fait acceptées du point de vue international, c’est au moins une façon de donner au monde l’occasion de reconsidérer la question et de sauver les relations arabo-internationales d’une chute aux niveaux culturel et politique dont les souvenirs et les résultats resteront gravés à jamais dans les consciences des peuples en question.

Il y a un côté plus profond de la crise. C’est celui du principe de la souveraineté de la loi au niveau international et intérieur dans le monde arabe. Cette justice internationale, la Syrie en est privée puisque une partie de son territoire est toujours occupée. Il en est de même pour le peuple palestinien et tous les peuples arabes à cause de l’alignement sur Israël. Et en même temps, les citoyens syriens comme ceux de la plupart des pays arabes sont privés de leurs droits par le biais de législations internes et autres dispositions. Il y a une relation étroite entre ces deux situations On ne s’attend pas à ce qu’un sommet arabe ou un gouvernement arabe prenne l’initiative d’une décision forte visant à mettre fin à la situation exceptionnelle que les Arabes vivent. Il semble que l’humiliation des Arabes au niveau international ne prendra pas fin avant que disparaisse définitivement leur humiliation par leurs propres gouvernements. C’est là un autre complexe de la vie arabe contemporaine, tout à fait à l’écart de l’esprit de l’époque.

Haut de page
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631