La
mission de Amr Moussa à Bagdad n'était pas facile.
Le secrétaire général de la Ligue arabe a dû
assumer toutes les erreurs des pays arabes dues
à leur impuissance et à leur indifférence face
à la situation en Iraq. Il a dû risquer sa vie,
sa position et sa réputation pour pouvoir rectifier
le tir et colmater les brèches causées par des
décennies de « mauvaises » politiques. Il devait
prendre en compte également les séquelles de
l'occupation américaine qui a eu pour résultat
le déchirement civil en Iraq. Heureusement,
il est retourné sain et sauf et sa visite a
été couronnée d'un certain succès.
Il
est indéniable que le calvaire vécu par l'Iraq,
que ce soit sous le pouvoir de Saddam Hussein
ou sous le poids de la guerre et de la destruction,
a laissé des blessures profondes qui ne cicatriseront
pas facilement. Dans ce contexte, on ne peut
pas ignorer l'échiquier iraqien complexe avec
ses dimensions ethniques et confessionnelles.
Tout ceci s'est répercuté récemment sur les
résultats du vote sur la Constitution, ce qui
a davantage alimenté la division.
L'appel
de Amr Moussa à la réconciliation ne pouvait
guère mettre un terme à l'atmosphère d'animosité,
de rancune et d'hypocrisie qui règne, sans un
appui et une garantie de la part de la superpuissance
qui a la mainmise sur le destin de l'Iraq. Une
réalité que personne ne peut nier, mais qui
ne minimise guère la portée de la mission de
Moussa. C'est une reconnaissance de la part
des Etats-Unis de leur incapacité à contrôler
la situation en Iraq avec toutes ses répercussions
sur le monde arabe.
Ceci
confirme plus que jamais que les Arabes ne bougent
que lorsqu'ils se trouvent au bord de l'abîme.
Ils ont enfin réalisé que l'Iraq était sur le
point de tomber sous la coupe de la domination
iranienne. Et dans ce cas là, le fédéralisme
se transformera en un mécanisme de scission
au lieu de devenir un outil d'entente et d'union.
Moussa a fait l'objet de toutes les accusations
comme s'il en était responsable et bien entendu,
il ne pouvait pas y répondre. Les Arabes n'ont
pas réagi aux crimes atroces commis par Saddam
contre son peuple. Il est vrai qu'ils ont contesté
l'invasion américaine, mais au fond ils l'approuvaient.
Ils ont gardé le silence et n'ont guère condamné
la violence et le terrorisme qui s'est quotidiennement
mêlé à la résistance contre l'occupation. Mais
il demeure que la responsabilité des Arabes
est moins lourde que celle de Washington, qui
a pourvu le régime de Saddam en armes et qui
l'a soutenu dans sa guerre contre l'Iran.
De
telles critiques à l'égard des politiques arabes
ont entravé l'action du secrétaire général,
notamment au cours de ses rencontres avec les
différentes forces iraqiennes. Mais la sincérité
et la confiance que dégageaient les propos du
secrétaire général sur l'aspiration des Arabes
à voir « un nouvel Iraq », où les Iraqiens jouiraient
d'une pleine autodétermination ont facilité
son dialogue avec les partis réticents à l'appel
de la réconciliation.
Chaque
groupe voulant sauvegarder son identité et sa
spécificité, il était question de convaincre
tout le monde que cela était possible sans toucher
à la souveraineté du pays ni à son appartenance
arabe. Sans parvenir à ce minimum d'entente,
personne ne pourra réclamer un calendrier pour
le retrait des forces américaines.