Pour
la première fois depuis la guerre de 1967, l'armée
israélienne s'est retirée d'un territoire palestinien.
Le gouvernement du premier ministre Ariel Sharon
a conclu le désengagement de Gaza le 12 septembre
dernier. Même si la bande reste pour l'instant
isolée du reste du monde, le pas en avant est
incontestable. Mais un regard plus attentif révélerait
que ce pas en avant, fort médiatisé, est accompagné
par plusieurs pas silencieux en arrière.
En
observant les nouvelles confiscations massives
de terres palestiniennes autour de Jérusalem,
l'avancement du mur de séparation et le flux de
nouveaux colons vers la Cisjordanie, on peut redouter
que le zèle israélien ne soit que de la poudre
aux yeux du monde. Et si Israël ne s'était retiré
de Gaza que pour mieux renforcer sa présence en
Cisjordanie ? L'armée israélienne et les 8 000
colons juifs évacués qui peuplaient cette étroite
bande de terre — 50 % des territoires occupés
— ne pèsent pas lourd comparés aux 450 000 colons
qui habitent aujourd'hui la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
Un nombre qui ne cesse de croître : cette année,
ce sont près de 12 000 colons supplémentaires
qui s'y sont installés.
Ni
l'annexion de Jérusalem-Est ni le changement de
facto des frontières séparant l'Etat israélien
des Palestiniens, par le biais de l'implantation
continuelle de colonies du côté palestinien de
la ligne verte, n'ont été reconnus par la communauté
internationale. Pourtant, invoquant ses besoins
sécuritaires, Israël mène depuis 1967 une politique
de colonisation active en Cisjordanie et d'isolement
forcé de Jérusalem du reste des territoires occupés.
Le nouveau mur de séparation qu'Israël fait bâtir
depuis trois ans entérine les résultats de cette
politique sur le terrain.
Les
grands blocs de colonies israéliennes en Cisjordanie
ont déjà été considérés comme des « nouvelles
réalités immuables » lors des négociations de
paix à Camp David et Taba, en 2000 et 2001, George
W. Bush les traite de la même façon dans sa correspondance
récente avec Ariel Sharon. La politique de colonisation
en force n'a donc pas tardé à porter ses fruits.
Quand
à Jérusalem-Est, avec les années elle s'est retrouvée
isolée, entourée par une dizaine de colonies israéliennes.
A celles-ci s'ajoute l'impact du mur de séparation
: une fois coupée de tous les côtés du reste de
la Cisjordanie, la ville ne pourra que tomber
du côté israélien lors d'éventuelles négociations
finales — une légalisation forcée après une annexion
illégale.
C'est
précisément au niveau de cette politique du fait
accompli sur le terrain jérusalémite et à propos
des colonies que les activités israéliennes se
sont intensifiées récemment, en parallèle avec
le retrait de Gaza. L'instrument principal de
cette intrépide entreprise politique est assurément
le mur de séparation.
Quand
on regarde l'action destructrice de l'occupation
israélienne dans tous les secteurs de la vie des
Palestiniens, on se demande effectivement si la
partie israélienne pense sérieusement à faire
une paix viable ou ne veut que prolonger le statu
quo de l'occupation à l'infini — ou jusqu'à ce
que « la Palestine devienne la Finlande », au
dire de Dov Weisglass, conseiller d'Ariel Sharon
pour la politique étrangère. Les jeunes Palestiniens
comprendraient alors que l'exil reste leur seule
voie viable.