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Israël se retire pour mieux rester
Campean Marius
Doctorant à l'Université de Mc Gill à Montréal et à l'EHESS à Paris

Pour la première fois depuis la guerre de 1967, l'armée israélienne s'est retirée d'un territoire palestinien. Le gouvernement du premier ministre Ariel Sharon a conclu le désengagement de Gaza le 12 septembre dernier. Même si la bande reste pour l'instant isolée du reste du monde, le pas en avant est incontestable. Mais un regard plus attentif révélerait que ce pas en avant, fort médiatisé, est accompagné par plusieurs pas silencieux en arrière.

En observant les nouvelles confiscations massives de terres palestiniennes autour de Jérusalem, l'avancement du mur de séparation et le flux de nouveaux colons vers la Cisjordanie, on peut redouter que le zèle israélien ne soit que de la poudre aux yeux du monde. Et si Israël ne s'était retiré de Gaza que pour mieux renforcer sa présence en Cisjordanie ? L'armée israélienne et les 8 000 colons juifs évacués qui peuplaient cette étroite bande de terre — 50 % des territoires occupés — ne pèsent pas lourd comparés aux 450 000 colons qui habitent aujourd'hui la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un nombre qui ne cesse de croître : cette année, ce sont près de 12 000 colons supplémentaires qui s'y sont installés.

Ni l'annexion de Jérusalem-Est ni le changement de facto des frontières séparant l'Etat israélien des Palestiniens, par le biais de l'implantation continuelle de colonies du côté palestinien de la ligne verte, n'ont été reconnus par la communauté internationale. Pourtant, invoquant ses besoins sécuritaires, Israël mène depuis 1967 une politique de colonisation active en Cisjordanie et d'isolement forcé de Jérusalem du reste des territoires occupés. Le nouveau mur de séparation qu'Israël fait bâtir depuis trois ans entérine les résultats de cette politique sur le terrain.

Les grands blocs de colonies israéliennes en Cisjordanie ont déjà été considérés comme des « nouvelles réalités immuables » lors des négociations de paix à Camp David et Taba, en 2000 et 2001, George W. Bush les traite de la même façon dans sa correspondance récente avec Ariel Sharon. La politique de colonisation en force n'a donc pas tardé à porter ses fruits.

Quand à Jérusalem-Est, avec les années elle s'est retrouvée isolée, entourée par une dizaine de colonies israéliennes. A celles-ci s'ajoute l'impact du mur de séparation : une fois coupée de tous les côtés du reste de la Cisjordanie, la ville ne pourra que tomber du côté israélien lors d'éventuelles négociations finales — une légalisation forcée après une annexion illégale.

C'est précisément au niveau de cette politique du fait accompli sur le terrain jérusalémite et à propos des colonies que les activités israéliennes se sont intensifiées récemment, en parallèle avec le retrait de Gaza. L'instrument principal de cette intrépide entreprise politique est assurément le mur de séparation.

Quand on regarde l'action destructrice de l'occupation israélienne dans tous les secteurs de la vie des Palestiniens, on se demande effectivement si la partie israélienne pense sérieusement à faire une paix viable ou ne veut que prolonger le statu quo de l'occupation à l'infini — ou jusqu'à ce que « la Palestine devienne la Finlande », au dire de Dov Weisglass, conseiller d'Ariel Sharon pour la politique étrangère. Les jeunes Palestiniens comprendraient alors que l'exil reste leur seule voie viable.

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