Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Lecture du discours d'Al-Assad
Mohamad Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram

Il n'est pas facile de lire le discours du président syrien Bachar Al-Assad. En effet, il a eu recours à un langage de colère et a décrit ce qui se passait comme un « atelier de complots ». Or, il a promis de coopérer avec la commission Mehlis pour « dévoiler les circonstances de l'assassinat de (l'ex-premier ministre) Rafiq Al-Hariri ». Mais en même temps, il a déversé sa colère sur le premier ministre libanais et a mentionné la question d'octroyer la nationalité syrienne aux Kurdes, mais il s'est abstenu de faire allusion aux réformes politiques requises pour rassurer le front intérieur et réaliser une entente nationale globale. Le problème essentiel est que le dialogue ne contenait pas une approche homogène du remède à la crise ou sa gestion après la promulgation de la résolution 1 636 du Conseil de sécurité.

Cette résolution expose la Syrie à un piège difficile à éviter. La résolution lui réclame une coopération inconditionnée avec la commission d'enquête internationale dirigée par Mehlis à propos des investigations avec les personnalités syriennes inculpées à l'intérieur ou à l'extérieur de la Syrie dans l'assassinat de Hariri. Damas n'a pas exprimé publiquement son refus ou son acceptation de cette résolution mais s'est contentée de promettre de coopérer avec la commission. Dans son discours, Bachar Al-Assad a fait allusion au fait que la commission a refusé le message de la Syrie à propos de la signature d'un protocole de coopération avec la commission syrienne formée par le président et chargée d'enquêter elle aussi sur l'assassinat de Hariri. De plus, la commission Mehlis aurait également refusé les propositions de la Syrie d'interpeller les personnalités politiques syriennes à l'intérieur du pays ou aux frontières syro-libanaises. Il semble que l'étape suivante sera de réclamer à la Syrie de remettre ces personnalités pour qu'elles soient soumises à un interrogatoire à l'extérieur du pays et peut-être aussi pour être jugées devant la Cour pénale internationale.

C'est pour cela que tous les choix pour la Syrie sont difficiles. Mais le plus dangereux serait qu'elle trébuche entre les réactions probables, ce qui affaiblirait sa position sans la sauver du piège qui lui est tendu. Il est donc préférable qu'elle réfléchisse bien à tous les choix possibles et qu'elle fasse le meilleur. Quel est le meilleur choix ? Il semble clair que la Syrie a 2 choix essentiels et 2 options.

Le premier choix est l'acceptation claire et annoncée de la résolution 1 636 du Conseil de sécurité, y compris la remise des hauts responsables de la sécurité que l'investigateur international pourrait interpeller, ce qui signifie leur comparution devant une Cour internationale. Ce choix concorde avec la volonté du régime politique syrien d'empêcher qu'un isolement soit imposé à la Syrie de façon à continuer à s'intégrer dans l'ordre mondial et éviter l'affrontement avec l'Occident. Un affrontement difficile dont elle ne peut supporter les conséquences à long terme. Or, la prise de cette décision se limite à l'éventualité selon laquelle elle n'aurait rien à voir avec l'assassinat de Hariri. Là, le président syrien peut sauver sa réputation et celle de son pays en sacrifiant les hauts responsables de la sécurité.

La Syrie pourrait penser à un scénario selon lequel elle pourrait éviter l'affrontement ainsi que le pire et ce en faisant comparaître les personnalités accusées face à un tribunal syrien, comme le Soudan l'avait fait avec les crimes commis au Darfour. Ce choix permettrait au président syrien d'éviter de se trouver impliqué lui-même dans le procès, le pire des résultats probables. Ce scénario est en accord avec les déclarations faites par Al-Assad à la chaîne de télévision américaine CNN, et selon lesquelles il aurait adressé une accusation de trahison à n'importe quel Syrien dont l'inculpation dans l'assassinat de Hariri serait prouvée. Mais le problème dans ce scénario est qu'il ne pourrait peut-être pas mettre fin à l'affrontement sauf si un nombre de membres importants au Conseil de sécurité prenaient le parti de la Syrie en tentant de lui trouver une issue sûre, défiant ainsi la volonté européenne et américaine. Mais rien ne prouve que cela soit possible.

Le second choix principal est l'obstination et le refus de répondre à toute réclamation de la part de la commission Mehlis de remettre les grands officiers syriens accusés par le rapport, de crainte que la commission ne persiste dans son intransigeance en réclamant le jugement du président syrien. Dans ce cas, la Syrie s'engage dans un nouveau cercle vicieux, celui d'accuser la commission et son chef d'alignement politique et peut-être même d'œuvrer pour le compte des Etats-Unis et d'Israël, comme il est apparu de façon implicite dans le discours du président. Là, la Syrie devra assumer les conséquences sévères de cet acte, c'est-à-dire des sanctions du Conseil de sécurité, et peut-être même une attaque militaire américaine. Mais le pire de ce qui pourrait résulter de ce choix est que l'accusation reste suspendue au cou du régime syrien, y compris du président même. Surtout que la communauté internationale ne croit pas vraiment que les officiers syriens accusés par le rapport Mehlis aient pu commettre un tel crime sans l'approbation du premier responsable politique du pays : le président Bachar Al-Assad. Cependant, ce choix évite à la Syrie l'humiliation internationale.

Il y a un scénario qui s'inscrit dans cette même philosophie : ne pas s'arrêter à l'accusation du magistrat Mehlis d'alignement politique, mais accuser les Etats-Unis et Israël de commettre des crimes pareils et même plus graves, et réclamer la comparution des hauts responsables américains et israéliens devant le même tribunal. Le président syrien dans son discours a fait allusion à cette option en signalant que la communauté internationale ne s'est pas intéressée à ouvrir une enquête sur l'assassinat ou l'empoisonnement probable du président palestinien Yasser Arafat.

Opter pour l'escalade est un choix suicidaire. Il ne fait pas de différence entre la sécurité de la Syrie et la sécurité du régime politique ou l'intérêt de ses directions politique et sécuritaire. Cependant, ces directions pourraient penser que le pire reste à venir dès qu'elles afficheront une quelconque faiblesse et se soumettront aux réclamations des Américains et des Français, et qu'il vaudrait mieux que ce pire survienne durant la lutte et non après avoir perdu leur honneur et celui de leur pays. Il apparaît clair jusqu'à maintenant que le président syrien n'a pas osé s'aventurer à remettre ses directions sécuritaires, surtout qu'elles constituent la garantie principale de la sécurité du régime et que parmi ces directions, il y a le frère et le beau-frère du président qui ont collaboré à sa nomination à la tête du pays. Et toute intention de répondre aux réclamations de Mehlis signifie pousser le pays de nouveau dans le couloir des coups d'Etat. Cette confusion est apparue très claire dans le discours du président syrien.

Enfin, il y a un dernier choix qui semble théoriquement le meilleur. C'est de faire un changement radical par l'intermédiaire de réformes politiques radicales à l'intérieur de la Syrie et élaborer un programme rapide en faveur de la démocratie. La création d'un climat démocratique donnerait à la Syrie une image positive au sein de la communauté internationale et aiderait à alléger les conditions sévères imposées par la résolution 1 636. D'un autre côté, élaborer un agenda de réforme démocratique ouvrirait la porte à la montée au pouvoir d'un nouveau président élu par l'intermédiaire d'élections générales et légitimes en Syrie. Cela permettrait également d'éviter la comparution de personnalités syriennes devant un tribunal international.

Haut de page
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631