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Edward McMillan-Scott, chef de la délégation du Parlement européen d’observation des législatives, affirme que l’Europe est prête à fournir toute assistance à l’Egypte pour instaurer une démocratie parlementaire.
« Les électeurs ne font pas confiance aux listes
ni au système lui-même »

Al-Ahram Hebdo : Vous dirigez la seule délégation internationale présente en Egypte pour les législatives, est-ce que c’est une des missions fréquentes du Parlement européen d’observer des élections en dehors de l’Europe ?

Edward McMillan-Scott : C’est la première fois que le Parlement mène une telle mission et c’est très important. Cela veut dire que dans l’avenir et dans le cadre de ce qu’on appelle les pays voisins de l’Europe ou les amis de l’Europe, on peut surveiller des élections, en allant de l’Algérie à la Biélorussie. Je ne sais pas si nous, dans ce cadre, nous devons demander une invitation ou l’attendre.

— Pourquoi avez-vous choisi l’Egypte pour commencer ?

— Parce qu’on estime qu’il s’agit d’élections à la fois importantes et sensibles. Et on pense que même si on n’a pas été invité, il fallait être présent. Après les élections présidentielles controversées, l’intérêt vis-à-vis des législatives a augmenté. Ce scrutin est sensible dans le sens où l’Egypte est un assez grand pays à l’heure de grands changements dans le monde arabe. J’étais ici l’année dernière pour les funérailles de Yasser Arafat et je suis étonné à quel point les choses ont changé dans le mode arabe depuis. Il y a eu les élections en Palestine, avec une observation internationale officielle, puis les élections en Iraq, au Liban et maintenant en Egypte. Le processus de réforme et du changement bouge. Alors, nous avons pensé qu’il était nécessaire d’être présent. Les plus importantes institutions du Parlement européen se sont accordées sur cette mission, et on a élaboré ensemble un mémorandum. Mais c’est la première fois qu’on débarque dans un pays sans invitation.

— Parlons de cette non-invitation, n’avez-vous pas du tout coordonné avec le gouvernement égyptien ?

— Nous avons informé l’ambassadeur d’Egypte à Bruxelles de notre mission et la Commission européenne ici au Caire a fait la même chose avec le ministère des Affaires étrangères. J’ai reçu un appel de l’ambassadeur, suite à un e-mail une semaine auparavant, dans lequel il me demandait si on venait vraiment, et auquel j’ai répondu positivement. Je lui ai même demandé que s’il pouvait nous fournir des cartes pour accéder aux bureaux de vote, je serai très content. Alors l’ambassadeur a dit qu’en Egypte, on n’aime pas que de telles missions se passent sous le label de « Commission d’enquête », parce que ce genre de mission est autorisée uniquement par le Conseil de sécurité de l’Onu. Alors, on a discuté et finalement on s’est mis d’accord que nous serons des visiteurs témoins des élections et donc nous ne publierons pas de rapport officiel, mais on va juste donner nos impressions.

— Sur place, comment le gouvernement a-t-il réagi ?

— Notre présence n’a pas été un secret, et même si les autorités savaient que nous allions venir, je ne peux dire que notre visite a été bien accueillie.

Sur le terrain, on n’a pas eu de cartes d’accès aux bureaux de vote. Cependant, on a été accompagnés d’un responsable du ministère de la Justice. C’était clair, le gouvernement ne voulait pas d’observateurs internationaux, c’était une décision politique. C’était une erreur, à mon avis, de ne pas autoriser des observateurs internationaux. L’Egypte est un pays fier, la Grande-Bretagne aussi, pourtant ce pays a accepté lors des élections générales en mai dernier la surveillance de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Nous n’avions rien à cacher et j’estime que le gouvernement égyptien non plus n’a rien à cacher.

— Alors, le jour des élections vous étiez ici en tant que témoin, qu’est-ce que vous avez vu ?

— On a passé la première partie de la journée à avoir des rencontres avec les responsables de l’élection. En compagnie du responsable du ministère de la Justice, on s’est rendu dans 9 bureaux de vote que nous avons choisis nous-mêmes. En principe, on a choisi un quartier riche, moyen, pauvre et un quartier où il y a des chrétiens. Je vais juste vous donner quelques impressions personelles. J’étais par exemple étonné par le taux de tension dans la circonscription d’Aymane Nour. Il y avait des intimidations et dans un des bureaux, jusqu’à 20h06, sur des centaines d’électeurs qui devaient voter, seuls 10 sont venus. Nour est une personnalité qui a concurrencé Moubarak, qu’on l’aime ou pas, il était un élément significatif dans la vie politique au cours des quelques dernières années, surtout depuis qu’il a fondé son parti il y a un an. Maintenant, il se fait détruire par le régime, mais cela reste un cas particulier.

— Comment interprétez-vous cette abstention des électeurs ?

— L’intimidation, je l’ai vue de mes propres yeux. J’étais moi-même intimidé. Deux centaines de baltaguis étaient ici dès le début de la journée ; ils était saouls. C’est une tactique que j’étais surpris de voir se produire au moment de la visite d’une délégation internationale.

— Qu’est-ce que vous avez repéré d’autres ?

— Les listes électorales sont chaotiques et le résultat en est un sentiment d’insécurité de la part des électeurs. Ils ne font pas confiance aux listes ni au système lui-même. Je crois que la première chose que l’Union Européenne (UE) pourrait faire, c’est offrir au gouvernement une assistance financière et technique pour obtenir des listes fiables. On nous a parlé de bus qui transportaient les électeurs ou encore de la partialité des médias en faveur du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Cependant, je peux parler de deux points positifs assez importants.

Le premier concerne les urnes transparentes et l’autre c’est le fait que les observateurs locaux et les représentants de candidats ont pu surveiller les bureaux de vote et le dépouillement. C’est un événement très important, même si certains n’ont pas été autorisés à assister au décompte des voix.

— Positif ou négatif, qu’est-ce qui prime ?

— J’ai cette impression que le gouvernement est plus à l’aise lors de ces élections, mais que le peuple égyptien lui-même ne l’est pas encore. J’ai vu des électeurs voter librement, mais je continue à les comparer avec les Palestiniens. C’est un pays sous occupation, mais en Palestine tout le monde était impressionné par ces élections complètement libres. Les Palestiniens votaient sans hésitation et en ayant plein confiance en le système. 60 % ont voté lors des présidentielles qui ont amené au pouvoir Mahmoud Abbass qui avait un opposant, Moustapha Barghouti. Mais en Egypte, en septembre, il y avait Moubarak et 9 autres candidats et le taux de participation était de 23 %. Nous faisons face ici à un système faible, ce qui nécessite un traitement rapide. D’abord une reconnaissance par le régime que n’importe quel parti peut tomber un jour, puis créer une conscience démocratique basée sur la confiance en le système.

— Cela nécessite-t-il aussi des pressions internationales comme les Etats-Unis ont souvent tendance à suggérer ?

— Si j’étais un Egyptien, je dirais aux Américains : attendez, nous sommes très reconnaissants pour les 2 milliards de dollars que vous nous donnez chaque année, mais n’oubliez pas que vous les prenez par derrière, notamment avec la vente d’armes. En effet, ils récupèrent environ 80 % de leur aide. Les Américains ont leur agenda de liberté, qui n’est pas très populaire dans un pays comme l’Egypte. Même les Américains le reconnaissent. Ce n’est pas parce que les Egyptiens prennent l’argent américain qu’ils vont accepter aussi leur agenda. L’Egypte a réagi fermement contre diverses initiatives américaines, mais contre une ingérence européenne aussi. L’UE a le devoir de dire : nous sommes prêts à vous offrir une aide financière, éducative et stimuler les ONG à venir en Egypte parce que le principe d’une démocratie parlementaire est une chose que tous les Européens voudraient voir instaurer en Géorgie, en Ukraine, au Liban, en Palestine ou en Egypte.

— Mais une délégation de quatre personnes pour observer les élections est-ce suffisant ?

— Normalement, une délégation d’observation officielle arrive sur les lieux quelques mois avant les élections, crée un bureau pour les médias et un autre pour suivre les élections. Il s’agit d’une préparation de long terme. On parle ici de quelques centaines d’observateurs qui rapportent, examinent, observent. Puis, vient la partie la plus courte, qui s’étale sur une dizaine de jours environ avant le scrutin. Je répète : c’est une grande opération. En Palestine, il a fallu environ 180 observateurs et 15 millions d’euros.

C’est à travers cette opération qu’on essaye d’éviter dès le début une fraude, parce qu’on prépare les listes électorales, le mécanisme, le timing. Ici, nous sommes des témoins, alors on ne peut qu’écouter des rapports sur des fraudes ou des irrégularités.

— Comment interprétez-vous les premiers résultats qui témoignent d’une percée des Frères musulmans ?

— La question des Frères musulmans est très sensible en Egypte. Si on a un groupe islamique comme cela était le cas en Algérie au début des années 1990, avec le Front Islamique du Salut (FIS), nous devons reconnaître le résultat des élections. Il faut prendre le risque. En Algérie, on ne s’est pas arrêté de demander si avec le FIS il y aurait un gouvernement désastreux. Au-delà du slogan, l’islam est la solution, qu’en est-il des taxes, des transports, de l’environnement et de la sécurité ? Cela n’a jamais été testé que sous des formes plus radicales comme en Afghanistan. Mais je crois qu’une des expériences que le monde arabe n’a pas vécue est de tester l’agenda des Frères musulmans.

— Allez-vous observer les prochaines phases du scrutin ?

— J’en ai certainement l’intention. Nous sommes mandatés par le Parlement européen pour venir observer le premier et le dernier tour. Ce que nous cherchons, c’est d’avoir une contribution plus constructive .

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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