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Ordures Ménagères . Le gouvernorat du Caire vient de résilier son contrat avec la société espagnole en charge de leur collecte. Une décision qui soulève des interrogations sur les causes de l’échec de cette expérience.
Les Espagnols se font ramasser

Pour le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, il faut désormais avoir recours aux employés de l’Organisme de l’embellissement et de la propreté du Caire pour collecter les ordures qui s’entassent dans les rues depuis quelques jours. C’est la conséquence directe de la résiliation par le gouvernorat du Caire du contrat signé en 2002 avec la société espagnole Ensser chargée justement de ramasser ces poubelles ménagères.

Les tensions entre les deux parties ont commencé au mois de juin dernier lorsque cette dernière, réclamant son dû, à savoir 257 millions de L.E., a suspendu ses activités sans avertir le gouvernorat, ce qui a mis celui-ci dans l’impasse face aux tonnes de déchets qui s’entassaient déjà dans les rues de la capitale. Depuis cette date, les deux parties multipliaient les mises en garde. Abdel-Azim Wazir a annoncé que si la société ne reprenait pas ses activités sous une semaine, « le gouvernorat serait obligé de lui imposer une amende et d’intenter un procès contre elle ». La société a répliqué par un ultimatum. Elle menaçait d’intenter un procès contre le gouvernorat si ses dus n’étaient pas versés.

Les deux camps étaient pourtant parvenus à un compromis, à savoir un délai de trois mois accordé au gouvernorat pour qu’il puisse rembourser les dettes qu’il doit à la société. Ce délai a pris fin au début du mois de novembre, mais face à l’incapacité du gouvernorat de payer, il a résilié le contrat. Une décision qui a entraîné de lourdes conséquences puisque la société espagnole s’est finalement décidée à intenter un procès afin d’obtenir gain de cause.

L’expérience de confier le nettoyage de la capitale à des sociétés étrangères remonte à l’année 2002. Les responsables avaient alors promis une « capitale plus propre et une solution définitive au problème des ordures ». Le Caire produit quotidiennement 8 500 tonnes d’ordures alors que 6 000 tonnes seulement étaient ramassées par les services de propreté municipaux. En outre, seul un habitant sur deux paye les éboueurs, alors que les autres jetaient les ordures dans les rues. Le recours à des sociétés étrangères semblait donc la solution la plus efficace pour remédier au problème d’autant plus que ce secteur nécessite de gros investissements et que les hommes d’affaires rechignent à y investir.


Pas d’étude sérieuse

Trois ans après la mise en œuvre de ce projet, c’est l’échec total. Pourquoi ? Moustapha Alameddine, du gouvernorat du Caire, explique que le problème financier était une des causes principales de cet échec puisque les gouvernorats du Caire et de Guiza se sont trouvés incapables de payer les sommes qu’ils devaient à ces sociétés conformément aux contrats signés.

« Cette crise est survenue après le verdict de la Haute Cour administrative en février 2004, annulant le prélèvement des frais de propreté sur la facture d’électricité. Selon ce système, on ajoutait 2 piastres à la facture d’électricité pour chaque kilowatt consommé », explique Alameddine. Et d’ajouter : « Ce verdict a mis le gouvernorat dans l’impasse, car il comptait sur les frais de propreté imposés sur la facture d’électricité pour le payement des droits financiers de ces sociétés. L’Etat s’est retrouvé incapable de rembourser ses dettes qui s’élèvent à 257 millions de L.E. ». La mauvaise gestion du problème est une autre raison non moins importante de cette crise, car la décision d’ajouter les frais de propreté sur les factures d’électricité n’a pas été soumise à une étude profonde et sérieuse. « Cette décision s’est basée sur un article de loi qui stipule que l’on peut imposer des taxes non mentionnées par la loi. Mais cet article avait été jugé anticonstitutionnel il y a 6 ans », explique Chaabane Mahrous, avocat.

Se trouvant dans l’impasse, le gouvernement peine à trouver une solution rapide. Il a voulu modifier la loi 38 de 1967 sur les frais de collecte des ordures. Selon cette modification, le montant des frais de propreté serait fixé à 10 % au lieu de 2 % de la valeur du loyer payé par le contribuable. « Ce projet a été approuvé par le Conseil des ministres et devait être présenté au Parlement. Mais le gouvernement n’a pas jugé nécessaire de le faire passer pendant la dernière session parlementaire et voilà qu’il est confronté à une vraie crise », lâche Moustapha Abdel-Méguid, membre de la commission des municipalités au Parlement.

Selon les urbanistes, cette situation entraînera, sans doute, de lourdes conséquences, car l’Organisme national de l’embellissement et de la propreté du Caire est incapable de mener à bien la tâche de la collecte des ordures. « Les équipements de l’Organisme de propreté sont très anciens, car ils datent de 1983. En plus, ses moyens financiers sont très limités », assure Soheir Hawas, urbaniste. C’est ce qu’affirment les habitants de la capitale : « Depuis le début du mois de novembre, les employés de la société espagnole de propreté ont retiré les bennes installées dans les rues. Les citoyens ont commencé à jeter leurs ordures dans les rues, ce qui attire toutes sortes d’insectes », s’indigne un habitant de Faggala.

Le débat reste encore ouvert puisque le Conseil des ministres a décidé de tenir une réunion urgente pour discuter des solutions rapides avant que les rues de la capitale ne se transforment en de vrais dépotoirs .

Marianne Youssef

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