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Célébration. Le colloque a permis de revisiter un pan crucial de l’histoire moderne de l’Egypte.

Aux origines de Mohamad Ali

Pour Khaled Badr, professeur de psychologie à l’Université du Caire, la volonté de Mohamad Ali de créer un Etat moderne en Egypte représentait au fond une forte ambition politique personnelle qui, pour se concrétiser et voir le jour, devait nécessairement instaurer un processus de modernisation pour permettre à l’Egypte de s’écarter de l’Empire ottoman. Une approche qui ne sépare pas la réforme sociale de la visée du leader politique, de son rêve personnel. Pour se doter des moyens susceptibles de réaliser son rêve, Mohamad Ali commença à construire l’industrie et l’armée essentiellement en s’ouvrant à l’expertise étrangère. Selon Bakr Ismaïl Kossovi, chercheur kosovar, c’est à ce stade de raisonnement politique que le système d’enseignement en Egypte cessa de se limiter aux études de philologie et d’érudisme pour que des missions d’étudiants partent régulièrement d’abord vers l’Italie puis ensuite, avec une intensité plus accrue, vers la France. Ces jeunes devaient apprendre dans ces métropoles européennes les arts et techniques militaires et nautiques, la construction des navires et des quais, la polytechnique, la mécanique, les systèmes d’irrigation et de drainage sanitaire. Ainsi, la refonte totale du système d’enseignement égyptien fut le point de départ de ce visionnaire qu’était Mohamad Ali. Pourtant, Saïd Ismaïl, sociologue, fait remarquer que ce système d’éducation établi était très efficace pour la construction de la puissance industrielle et militaire mais il contenait en lui les germes de sa faiblesse. C’était une éducation politisée militarisée qui transformait la jeunesse en un effectif mobilisé qui devait ensuite diriger par le pouvoir indiscutable des ordres et des réglementations étatiques. Des pratiques politiques despotiques s’imposent partout. Le chercheur Soliman Mohamad explique que les notables du pays étaient persécutés, leurs richesses confisquées par la force. L’objectif était d’accaparer tous les pouvoirs et les richesses du pays en étatisant tout, au point que 95 % des produits exportés à l’extérieur étaient strictement monopolisés par l’Etat. L’objectif de cette étatisation économique excessive était de permettre à Mohamad Ali d’être en mesure de lancer sa grande aventure militaire. Une ambition très démesurée puisqu’elle se heurtait à la politique de la Grande-Bretagne qui observait la route des Indes désormais menacée ainsi que ce dessein d’une stratégie spectaculaire d’encerclement territorial des possessions d’une Turquie affaiblie. L’impérialisme britannique devait mettre fin au rêve grandiose de Mohamad Ali en ruinant sa force navale et militaire. Maha Gad Al-Haq, professeur de civilisation à l’Université du Caire, a voulu observer ce parcours de vie si ambigu de ce grand homme politique sous l’angle de la peinture et de la photo. Autrement dit : quelle était l’image de Mohamad Ali chez les peintres européens, surtout italiens et français, ainsi que dans les musées égyptiens et les livres scolaires égyptiens primaires, préparatoires et secondaires. C’est un homme qui a deux faces. L’une est celle du modernisateur et du réformateur qui a su et pu construire la puissance industrielle et militaire du pays en un court laps de temps. L’autre face était plutôt celle d’un bâtisseur d’empire qui ne se privait pas de recourir à un excès de despotisme pour parvenir à réaliser son rêve grandiose. Pour creuser le canal de Mahmoudiya, en vue d’assurer une irrigation annuelle continue du Delta et maximiser les exportations égyptiennes, 312 000 jeunes ont péri en dix-huit mois, souligne le démographe Fathi Abou-Eyana. Le constat qui s’impose est donc le suivant : Mohamad Ali a sûrement établi les fondements d’une Egypte moderne qui a pu avoir une industrie, une armée, des rouages administratifs ainsi qu’une organisation urbaniste prématurée de son territoire national. Pourtant, il a sacrifié droits, vies et volontés politiques de ses sujets .

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