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Burkina-Faso. Le pays a voté cette semaine pour choisir son nouveau chef d’Etat. Le président sortant, l’ex-militaire Blaise Compaoré, est le grand favori.

Un air de continuité

Plus de 3,9 millions d’électeurs burkinabé se sont déplacés dans les bureaux de vote dimanche 13 novembre, dans le calme, pour cocher sur leur bulletin le portrait de l’un des 12 candidats à la présidentielle, dont le président sortant et grand favori du scrutin, Blaise Compaoré. Ce dernier s’est déclaré, au même jour, en tête du scrutin présidentiel. « Nous sommes les premiers, les autres sont loin derrière », a déclaré Compaoré. Investi par le puissant Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), Blaise Compaoré, 54 ans, brigue un troisième mandat, après deux septennats depuis le retour du multipartisme en 1991.

Ce résultat n’a pas été confirmé de sources indépendantes. La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) avait annoncé avant le scrutin qu’aucun résultat partiel ne serait donné parce que c’est contraire à la loi et a prévu les résultats provisoires pour le 17 novembre.

En effet, le président sortant affronte onze adversaires issus d’une opposition divisée, qui se réclament pour la plupart de l’héritage de Thomas Sankara, père de la Révolution du Burkina-Faso, arrivé au pouvoir en 1983 et tué durant le putsch qui porta en 1987 M. Compaoré, son ancien frère d’armes, à la tête du pays. C’est la première fois depuis le rétablissement du multipartisme en 1991 que l’opposition participe à un scrutin présidentiel. En 1991 et en 1998, les partis d’opposition avaient boycotté la présidentielle, laissant quasiment seul en lice Blaise Compaoré.

En outre, la plupart de ces partis sont surreprésentés à l’Assemblée par rapport à leur audience réelle, grâce à un système de calcul très favorable instauré par le régime, soucieux d’apaiser la fronde populaire engendrée par l’assassinat en 1998 du journaliste indépendant, Norbert Zongo, qui enquêtait sur une affaire de meurtre impliquant le frère du président, François Compaoré. Parmi les 11 challengers, deux ou trois seulement peuvent, selon les observateurs, obtenir un score raisonnable comme Me Bénéwendé Sankara, de l’Union pour la Renaissance/Mouvement Sankariste (UNIR/MS), ou Laurent Bado, du Parti Africain de la Renaissance (PAREN).

Globalement terne, la campagne ouverte le 22 octobre dernier a été largement dominée par la machine électorale du CDP, le parti le mieux implanté dans le pays. L’opposition, qui a déjà évoqué des problèmes de fraude, espère un second tour, mais M. Compaoré s’est déclaré à plusieurs reprises assuré de l’emporter. Plus de 1 000 observateurs, dont 600 internationaux, vont surveiller le scrutin sécurisé par près de 24 000 agents des forces de sécurité. En effet, le Burkina-Faso est confronté depuis plusieurs années à une grave insécurité caractérisée par des attaques audacieuses et meurtrières de « coupeurs de routes », des bandits de grand chemin, sur ses principaux axes. L’ampleur du phénomène a conduit les douze candidats à placer ce thème au cœur de leur campagne électorale. « Toutes les routes et les pistes du pays sont dangereuses. On se croirait au Far West », accusent Me Bénéwendé Stanislas et Philippe Ouédraogo, les deux candidats de « l’Alternance 2005 », une coalition de 16 partis d’opposition. Pourtant, depuis deux ans, le gouvernement a mis sur pied « une police de proximité » ainsi que des patrouilles militaires sur les importants tronçons routiers, mais les « coupeurs de routes » continuent de rançonner automobilistes, voyageurs et chauffeurs routiers.

M. S.

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