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«
Je n’ai pas l’intention de laisser Sharon jouer sur la scène
politique comme s’il s’agissait de sa chasse gardée. Avec tout
le respect que je lui dois, cette époque est révolue », a déclaré,
dimanche dernier, le nouveau chef du Parti travailliste, Amir
Péretz. Donnant le ton, M. Péretz a brandi la menace d’un vote
dès mercredi au Parlement pour sa dissolution, réagissant vivement
au report, par Ariel Sharon, — et qu’il a qualifié de « décision
irresponsable » — de leur réunion prévue pour dimanche sur la
tenue d’élections anticipées. Déterminé, M. Péretz a demandé
au député Zevoulon Orlev (Parti national religieux) de soumettre,
aujourd’hui, à la Knesset une proposition de loi pour la dissolution
de la Chambre, nécessitant le vote d’une majorité de 61 députés,
sur un total de 120. Toutefois, si la majorité n’est pas obtenue,
Amir Péretz devra attendre six mois pour la soumettre à nouveau,
selon la loi.
La
prise du pouvoir inattendue de ce responsable syndical, désormais
chef de file de l’opposition, a ébranlé toute la classe politique
vendredi, la plongeant dans la confusion, eu égard à sa détermination
de quitter le gouvernement et à mettre en place des élections
anticipées, écourtant l’échéance officielle prévue pour novembre
2006. C’est, en effet, contre toute attente et face à un Shimon
Pérès donné gagnant dans les sondages, qu’Amir Péretz, 53 ans,
est sorti vainqueur, jeudi 10 novembre, des élections primaires
de son parti. Avec 42,3 % des voix contre 39,9 %, il évince
son président et vice-premier ministre du gouvernement, remettant
en cause par là même la coalition politique entre le Likoud
et le Parti travailliste. « La dépendance à l’égard du Likoud
brouille notre identité. Je n’ai pas l’intention de laisser
le premier ministre nous étouffer sous les embrassades », a-t-il
affirmé dès sa victoire. Selon lui, le Parti travailliste doit
quitter la coalition gouvernementale de M. Sharon pour devenir
« une alternative » au Likoud (droite) et « rétablir le jeu
démocratique ».
Cette
victoire a provoqué un désordre politique au sein du Likoud.
En effet, sans coalition, ce dernier, fortement affaibli ces
dernières années à cause de la détérioration des conditions
de vie économiques et sociales, se retrouverait sans gouvernement
viable et dépourvu de majorité au Parlement. Pour Tommy Lapid,
chef du parti de centre droit Shinouï, cette élection est «
le plus grand bouleversement politique du pays depuis 1977 »,
date à laquelle le Likoud a accédé au pouvoir. Le ministre de
l’Economie, Ehud Olmert, membre éminent du Likoud, juge que
cette élection « prouve qu’on ne peut plus ignorer la détresse
sociale dans le pays ».
Ainsi,
M. Sharon essaie, par le report de la rencontre, de gagner du
temps comptant sur une diminution du soutien politique pour
Amir Péretz. Contesté dans son propre parti par les « rebelles
» radicaux qui ne lui pardonnent pas le retrait de Gaza, il
s’est donné, selon ses proches, jusqu’à la fin du mois de novembre
pour décider s’il participera aux prochaines élections sous
les couleurs du Likoud ou à la tête d’un nouveau parti « centriste
», auquel participerait Shimon Pérès, figure historique de la
gauche israélienne.
De
son côté, Amir Péretz, réputé pour ses positions anti-libérales
sur le plan économique et social apparaît comme un dirigeant
charismatique tablant sur un programme de justice sociale «
résolument social-démocrate » et susceptible de séduire une
partie de l’électorat du parti de gauche, Yahad. Il ne cache
pas non plus sa volonté de reprise des « négociations directes
de paix » avec les Palestiniens. Déterminé à donner au Parti
travailliste une légitimité nouvelle, ce natif du Maroc affiche
ouvertement ses positions pacifistes. « Il est temps pour Israël
d’en finir avec l’arrogance vis-à-vis des Arabes. La paix est
le meilleur garant de la sécurité », l’occupation des territoires
palestiniens « est immorale », a-t-il déclaré récemment. Qaddoura
Farès, l’un des principaux dirigeants du parti Fatah, parti
du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass, voit
dans ce changement politique un espoir pour la paix. « Nous
ne voulons pas intervenir dans le jeu politique israélien, mais
il va de soi que tout dirigeant qui nous tendra la main pour
parvenir à la paix sera assuré d’une réponse positive » . |