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Jordanie. Les enquêteurs ont pu reconstituer le scénario des attaques de la semaine dernière et établir l’identité des auteurs. La guerre contre le terrorisme n’est pas pour autant gagnée.

Amman promet de riposter à Al-Qaëda

Avec la poursuite de l’enquête sur le triple attentat-suicide contre des hôtels de luxe qui a tué mercredi dernier à Amman 57 personnes, la Jordanie se prépare à une longue guerre contre le terrorisme. Jusque-là épargnée par des attentats d’une telle ampleur, la Jordanie semble commencer à payer le prix de ses rapports avec les Etats-Unis, de son traité de paix avec Israël et de son soutien, au moins aux yeux des islamistes, à la guerre contre l’Iraq.

L’enquête semble avancer rapidement. Les autorités jordaniennes ont annoncé dimanche l’arrestation de l’épouse d’un des trois kamikazes iraqiens présumés responsables des attentats de Amman et diffusé à la télévision ses aveux dans lesquels elle affirme avoir été impliquée dans l’une des attaques. Le vice-premier ministre jordanien, Marwan Moashere, a affirmé dimanche que les auteurs des attentats, des Iraqiens, sont Ali Hussein Al-Shammari, 35 ans, Rawad Jassem Mohamed Abed et Safa Mohammed Ali, tous deux âgés d’une vingtaine d’années. Sajida Rishawi, l’épouse d’Al-Shammari, est aussi « la sœur d’un important terroriste, Samer Moubarak Rishawi, tué récemment à Fallouja (ouest de Bagdad), un des bras droits d’Abou-Moussab Al-Zarqaoui », le chef d’Al-Qaëda en Iraq, a-t-il expliqué.

De son côté, le roi Abdallah II de Jordanie a fait état dimanche d’autres pistes. « Nous voulons savoir si cela (l’arrestation de la femme) nous conduit vers d’autres personnes qui ont participé à ce crime », a-t-il dit.

Le souverain jordanien n’a pas écarté la possibilité d’opérations jordaniennes pour punir les responsables des attentats même si ceux-ci se trouvent hors de Jordanie. C’est en effet la branche armée d’Al-Qaëda en Iraq, dirigée par le Jordanien Abou-Moussab Al-Zarqaoui, qui a revendiqué les attentats dès jeudi, les justifiant par la politique pro-américaine de la Jordanie, devenue un « mur de protection pour les juifs » et une « base militaire arrière des armées des Croisés et du gouvernement apostat » iraqien. Al-Zarqaoui a aussi averti dans un communiqué qu’il y aurait d’autres attaques contre le royaume hachémite.

Mais Abdallah II a tenu à souligner qu’il n’y avait pas un lien entre les attentats et la politique d’alliance entre Amman et les Etats-Unis. « C’est une frappe contre le peuple jordanien et non contre la politique jordanienne », a-t-il ainsi fustigé.


Ebranler l’économie

Ces récents attentats illustrent, selon les observateurs, l’« anarchie destructive » d’Al-Qaëda, ennemi juré des régimes arabes alliés des Etats-Unis qui veulent imposer la démocratie au Proche-Orient à la pointe des baïonnettes. « La stratégie d’Al-Qaëda est claire : la nébuleuse transnationale s’emploie à frapper l’infrastructure économique des pays arabes limitrophes d’Israël et dont les régimes ont signé des traités de paix avec l’Etat hébreu », estime Abdel-Bari Atwane, rédacteur en chef du quotidien arabe londonien Al-Quds Al-Arabi. Selon lui, en frappant l’industrie touristique en Egypte et en Jordanie, Al-Qaëda mise sur l’effondrement économique et la révolte populaire dans ces deux pays. Le pari d’Al-Qaëda est d’ébranler ces deux régimes et de permettre à ses combattants d’atteindre Israël.

En outre, les attentats qui ont frappé la Jordanie sont considérés comme une nouvelle défaite de Washington dans la « guerre contre le terrorisme » censée rendre le monde plus sûr. « Ces attaques montrent que l’argument de (George W.) Bush : Nous les combattons en Iraq pour ne pas avoir à les affronter ailleurs, est douteux », analyse Ivan Eland, expert à l’Independent Institute à Washington.

En fait, le conflit en Iraq génère davantage de haine chez les islamistes et fournit un entraînement et une expérience du combat pour des terroristes qui attaquent maintenant la Grande-Bretagne, l’Espagne, la Jordanie .

Rania Adel
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