Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Exposition . Sous le titre d'Actual Position, la galerie Townhouse du Caire présente les œuvres de sept artistes, nées d'un projet égypto-suisse, qui réinterrogent le rapport entre identité et espace.

Brassage d'identité

« La connaissance commence probablement à cet instant où chacun de nous est conscient de sa position dans l’espace dans lequel il se trouve ». A l’intérieur d’un cercle, sur le sol d’une des galeries de l’espace Townhouse, est écrite cette phrase de Christof Rösch. Elle résonne et nous accompagne en faisant le tour de l’exposition Actual Position — Un projet égypto-suisse sur la topographie et l’identité. Quatre artistes suisses et trois égyptiens entament une quête identitaire, à travers de simples médiums ou des multimédias, pour interroger leur positionnement en tant qu'artistes, individus, et à l’intérieur de l’espace. Une quête identitaire qui révèle une fois de plus que l’identité n’est pas cette entité autonome, fixe, vouée à la stabilité, elle n’est pas liée uniquement à la civilisation, ou à la nationalité, mais à une position toujours renouvelable, à une recherche jamais tranchée.

« Le titre de l’exposition est inspiré du jargon de l’aviation où on est à chaque instant confronté à notre position actuelle, insiste Helen Hirsch, commissaire de l’exposition. « Dans le contexte de ce projet, nous avons développé l’idée de la confrontation du paysage montagnard de la Suisse à celui de l’immense ville énergique du Caire ou de la contradiction de cette même image avec la platitude et le calme du désert. Notre moteur était de lier l’espace à l’identité ».

Ainsi, malgré la collectivité de ce projet regroupant des artistes de deux zones à l’extrême opposées, représentant deux cultures bien distinctes, il est marqué par une profonde individualité. L’on assiste à la quête de tout un chacun de cette identité fugitive à jamais créée et recréée. Est-elle réduite à ce papier couvert de plastique qu’est la carte d’identité ? S’arrête-t-elle à l’image officielle/officieuse dont se fait l’institution de chacun de nous ? C’est à ce genre de questionnement que nous confronte le travail de Mahmoud Khaled. Son travail repose sur l’omniprésence du document (trois versions de la même carte d’identité de l’artiste) dans l’espace désert de la salle, dans cette sorte de no man’s land. Le pouvoir du document reflète également l’envers du décor : qu’en est-il si on perd cette « identité-carte » ? Ainsi devient-elle ici une œuvre multidimensionnelle où la photographie côtoie le texte écrit pour nous révéler une nouvelle dimension du document. Et entre la carte, copie conforme, et le texte, rédigé tel un constat, tel un journal de bord de son parcours, on se demande lequel des deux sera le plus fiable, lequel des deux est le plus proche de l’artiste, ou bien son existence serait-elle inclassable, dépassant toute tentative de réduction ?

Dans l’œuvre de Gertrud Genhart, on remonte à l’identité originaire. Au chrono, au début du cosmos, dans le désert, dans cet espace plat étendu à l’infini. A travers une installation vidéo, Genhart qui a été profondément marqué par le Sahara égyptien, par cette existence entre réel et illusion où on perd tout le temps notre positionnement, pour le rechercher de nouveau. Un univers où les repères et les références sont bannis pour se livrer à l'intellect et aux sensations de l'homme. Ainsi sur un fond de ciel et terre, de bleu et de couleur de sable, de paysage infiniment plat, que forme l'espace de la projection bougeant lentement d'une manière rythmique, à l'instar des pas du promeneur dans le désert, une interrogation surgit : « Où se rencontrent le ciel et la terre ? ».

La quête se poursuit pour détecter l’identité-masque, enfouie, cachée qui nourrit l’imagination de l’artiste.


Appartenance virtuelle

Ainsi, Clara Saner tombe sur un site Internet qui lui révèle 20 000 faux noms. Ce sont des noms délibérément « anonymes » qu’on rencontre par hasard en tchatant sur le Net, des noms-protecteurs qui dissimulent la véritable identité de leur propriétaire. Mais y a-t-il une identité « véritable » ? Clara Saner voyage dans l’univers virtuel de l’ordinateur, et crée une vie, une identité, une démarche à ces groupes de noms qu’elle catégorise en séries (noms romantiques, ethniques, gastronomiques, etc.). Sur un fond de fragments musicaux qu’elle a collés de tous bords selon ses propres goûts, interrompu par des voix humaines, elle présente comme un court métrage de graphiques dont les protagonistes sont de faux noms. Ceux-ci se meuvent dans l’espace de la projection, se croisent, se heurtent l’un l’autre, tantôt s’aiment, tantôt se manifestent, ou passent tout simplement sur un fond de couleurs de drapeaux.

Ainsi, même si l’Internet, et les jeux qui en découlent, élimine tout trait de distinction, même si l’ère de la mondialisation veut se marquer par l’élimination de toute marque distinctive, le travail artistique reste une recherche de l’humain, de l’individu et de sa spécificité. Ralph Hauswirth a été également influencé par le paysage du désert égyptien, il en mime cet aspect du secret, du sort inconnu, ainsi il entame un travail fait à partir d'un dessin enchevêtré comme des pièces de puzzle. Dans ce paysage de désert, sa seule référence est des tuyaux en fer, des ruines de l'armée, qui l'ont séduit par leur rouge rouillé au milieu du ton terreux du désert. A partir de cet espace imaginaire-réel, Hauswirth s'approprie l'espace, l'individualise en présentant une statistique du plan du travail qui nous montre les mesures entre réel et espace virtuel.

Contre l'espace individuel, Hala Elkoussy et Maha Maamoun confrontent l'identité à l'espace publique. Ainsi, Maamoun réinterroge l'image de l'image touristique diffusée de l'Egypte. Elle crée un troisième espace entre l'image réelle et l'image commercialisée de l'identité égyptienne.

Dina Kabil

Retour au Sommaire

Actual Position, jusqu’au 7 décembre, galerie Townhouse. 10, rue Nabrawi, bifurcation de la rue Champollion, centre-ville. Tél. : 576 80 86. De 10h à 15h et de 19h à 22h (le vendredi, de 19h à 22h, sauf le jeudi).
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631