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La vie mondaine
Documentaire . Rond-point Chatila, du Libanais Maher Abi-Samra, vient de recevoir le prix Ulysse au 27e Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier. Un film qui plonge dans le quotidien des exclus palestiniens.

Récits de vie et de mort

Evoquer le souvenir de Chatila rappelle une image où s’entremêlent massacres, sang et larmes. Or, le réalisateur Maher Abi-Samra rompt avec les stéréotypes à travers son deuxième documentaire, Rond-point Chatila.

Il a réussi à pénétrer le quotidien et la psychologie des réfugiés qui assument une double mémoire : la mémoire de la Palestine de 1948 et celle du camp de Chatila. Et vu l’impossibilité de s’intégrer dans la terre d’accueil, les réfugiés se trouvent tiraillés entre le rêve du retour à la Palestine et le désir d’émigrer pour aller s’installer en Occident.

Le film s’ouvre sur un croquis et des inscriptions qui illustrent l’emplacement du camp. Le réalisateur, Maher Abi-Samra, prête sa voix à ses images pour narrer l’histoire du camp, incarnant ainsi le personnage d’un général. C’est une manière de placer l’histoire du camp dans son contexte sociopolitique, avant de pénétrer ce monde qui se limite à 1 km de longueur et 600 m de largeur.

L’image est très étroite, sinon étouffante. Elle reflète la réalité vécue par les réfugiés emprisonnés derrière les murs. La tendance romantique, qui consiste à donner une vue panoramique et à mettre en relief les détails, est absente. Ainsi, premier et arrière-plan s’unissent. Les hommes, les femmes, les murs, les chaises … sont des protagonistes à part entière. Une intimité est ressentie entre la caméra, les hommes et les lieux. Quelque chose qui relève du naturel s’en dégage puisque le réalisateur a voulu rompre avec la technique traditionnelle du documentaire pour faire un cinéma qu’il appelle le « cinéma du réel ». D’ailleurs, il a opté pour ce même style dans son premier documentaire sur les femmes du Hezbollah.

Un jeune homme montre fièrement son corps tatoué et explique sans aucune impression sur le visage que celui qui lui a fait le tatouage est mort. Par ailleurs, il ne mentionne aucun détail sur les cicatrices qui le couvrent de la tête aux pieds. Il se contente d’ajouter simplement qu’il faut tuer le temps en faisant n’importe quoi.

Dans l’une des maisons, deux femmes se souviennent, souriantes, de la mort de l’un de leurs frères lors des massacres de Chatila, et comment elles ont peiné à trouver une place pour l’enterrer. Aucune tragédie n’est révélée. La mort est démunie de son sens choquant pour devenir un acte simple, naturel et quotidien. Les habitants du camp sont habitués à la mort ainsi que toutes ses connotations : liquidation, isolement, privation des droits humains, etc.

Dans la rue, une femme raconte à ses voisins un rêve qui l’obsède depuis un certain temps. Elle veut absolument trouver une poupée identique à celle que son père lui avait offerte quand elle était toute petite. Elle souligne avec un petit sourire sur les lèvres : « ce sont les Israéliens qui me l’ont volée. J’ai cherché partout une poupée semblable mais je n’en ai pas trouvé ». Est-elle à la recherche d’elle-même ?

Puis, la caméra s’infiltre dans une autre maison. Un homme âgé de 75 ans, assis sur une chaise, raconte comment il vit l’isolement au sens propre comme au figuré. Dans ce camp, il n’a pas pu se faire des amis car il n’y a pas d’hommes du même âge.

La chaise est comme un protagoniste du film, dans une atmosphère dominée par le chômage et l’isolement. Devant un magasin ou à l’entrée d’une maison, s’assemblent des jeunes gens, parfois assis silencieusement et parfois en train de se disputer. Un vieil homme vient s’asseoir et raconter des histoires à la manière d’un chef d’Etat. Le temps, la vie, tout est suspendu, jusqu’à nouvel ordre. Un groupe d’étrangers vient se balader, sans prêter attention au mécontentement des habitants. Pourquoi se contentent-ils de jouer le rôle d’observateurs, de touristes ? On n’en saura pas plus.

Le film se termine par une scène où les habitants, qui baignent dans la détresse, organisent une manifestation pour revendiquer le retour de l’électricité. Leurs voix sont-elles entendues ou tout le monde se complaît-il dans le rôle du touriste ?

Durant les 52 minutes du documentaire, les questions s’enchaînent. Toutefois, elles restent sans réponses. La vie de ces gens est suspendue.

Lamiaa Al-Sadaty

 

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