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Musique
. 11 concerts, 7 rencontres,
2 livres et des CD. C’est le bilan du projet MediMuses, lancé
au Liban il y a trois ans, mettant en relief les rapports entre
les musiques du bassin méditerranéen. |
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L’exiguïté
du pays réduit quand même sa variété. Il est vrai que la mer
lui octroie une certaine ouverture et que la ville de Beyrouth
a débordé sur le littoral nord durant la guerre, mais cela n’empêche
que la stratification socioculturelle limite les différences.
Au Liban, entre une ville et une autre, il y a plein de petites
agglomérations qui s’installent. En passant de Beyrouth, par
exemple, à l’antique cité voisine du nord, Byblos, on a besoin
de moins d’une heure de route. Les maisons ne changent pas trop
d’allure et les gens font moins ressortir les contrastes.
Cet
aspect du Liban se ressent également sur le plan musical. D’ailleurs,
le projet méditerranéen MediMuses, qui s’est penché surtout
pendant trois ans sur l’héritage musical commun dans onze pays
de la Méditerranée, le confirme d’une manière ou d’une autre.
« Le Conservatoire national supérieur du Liban a travaillé en
partenariat avec MediMuses. On était surtout concerné par la
préservation de la musique arabe classique entre 1860 et 1960.
On recourait très peu aux nouvelles compositions pour se ranger
plutôt du côté de la tradition des grands compositeurs », indique
le musicologue Toufic Kerbage, qui a mis à l’écart des genres
folkloriques comme le nawari ou le fourati ou encore la tradition
ancrée du zajal. Car les artistes qui ont pris part à ce projet
ont voulu éviter tout soupçon d’exotisme, et en même temps dépasser
le triomphe de la société de consommation et les nouveaux aménagements
orientés vers les activités de loisir pour une clientèle aisée.
« Après la guerre, les gens n’ont plus la même patience d’assister
à des concerts. Ils préfèrent aller prendre un verre, en écoutant
un peu de musique en arrière-fond. De plus, les chaînes musicales
ont gâché les goûts. Aujourd’hui, nous pouvons seulement compter
une dizaine de musiciens pour faire de la bonne musique ; plusieurs
d’entre eux ont collaboré à ce projet MediMuses telles les chanteuses
Rima Khcheiche et Ghada Shbeir (qui a interprété des chants
syriaques) ou la musicienne Imane Homsi (qui a notamment pris
part au Qanoun Meeting en 2003) », précise le musicien compositeur
Charbel Rouhana, assez critique à l’égard des professionnels
de la musique qui s’enfoncent un peu trop dans le show-business.
Le
Conservatoire supérieur de musique fait partie des complexes
reconstruits du Liban de l’après-guerre civile. Dirigé par Walid
Gholmieh, il compte en effet 4 500 étudiants et 14 branches.
Seul Beyrouth abrite six locaux du conservatoire à des emplacements
différents. Mais cela ne résout pas les problèmes, notamment
identitaires. Ces branches font partie d’un tout reconstruit,
qui pour d’aucuns pourraient avoir quelque chose de moins authentique
ou forcé. Un remix bizarre quoique très intéressant.
«
Ma génération et celle d’après ont un problème d’identité. Un
jour, on va rater l’élément principal de notre richesse musicale,
les phrases caractéristiques de notre culture », explique Rouhana,
né à Amchit, en 1965. Et d’ajouter : « A partir du Oud Meeting
en 2002 à Thessalonique, où j’ai rencontré d’autres musiciens
pour la première fois comme Simon Chahine de Palestine, j’ai
commencé à m’intéresser plus à mon identité. C’était une sorte
de prise de conscience. Un an plus tard, on a découvert que
chacun a un peu changé sa manière de jouer ». Toujours dans
le cadre du projet, Rouhana a élaboré un CD regroupant 14 mouachahates
(forme andalouse) de l’Alexandrin Sayed Darwich. De même, il
a joué plusieurs concerts, accompagné d’un ensemble traditionnel
(takht). « Au départ, je ne voulais pas tellement jouer des
œuvres traditionnelles. En acceptant, j’ai dû redécouvrir mes
racines. Pour le CD, j’hésitais entre le Libanais Sélim Al-Hélou
et les Syriens Ali Darwich ou Omar Batch. Mais j’ai fini par
opter pour Sayed Darwich », dit Rouhana.
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Appartenance
arabe
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Si
pas mal de gens, en porte-à-faux, affichent une identité phénicienne,
à travers ce projet, c’était surtout l’appartenance arabe qui
était avancée. « Les Arabes des villes côtières ont le plus
contribué au développement de la tradition musicale classique
arabe. La ligne de son évolution est calquée sur la ligne géographique
que forment des villes comme Alep, Tripoli, Saïda, Jaffa, Gaza,
Alexandrie … Jusqu’au XVIIe siècle, on avait presque la même
tradition musicale que le Maghreb. Après, on s’est séparé. La
théorie musicale en Grèce, en Turquie, au Liban, en Syrie et
en Egypte est plus ou moins unifiée. Leur histoire musicale
se complète ». Toufic Kerbage, qui vient de signer deux ouvrages
sur la théorie et l’Histoire de la musique méditerranéenne,
peut parler pendant des heures de thèmes relatifs au projet.
Toutefois, pour conclure il suffit d’évoquer l’exemple de son
grand-père de Baalbeck, mort dans les années 1950 : « La tradition
égyptienne ou celle d’Alep était sa tradition à lui », dit-il
en expliquant que la wasla orientale commence par une introduction
musicale ottomane, ensuite un chant local, suivi par exemple
d’un autre chant en arabe classique et puis d’un troisième dor
égyptien. Une tradition agréablement hybride.
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Dalia
Chams |
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