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Arabie saoudite . Après 12 ans de négociations, le royaume a intégré vendredi dernier l'OMC. Pour montrer patte blanche, d'importants obstacles ont été surmontés, mais beaucoup reste encore à faire.
L'OMC ouvre enfin ses portes
« Cette décision est un événement historique. L'Arabie saoudite est sur le chemin de l'intégration au système du commerce multilatéral. La présence d'un nouveau poids lourd autour de la table des négociations est une bonne nouvelle », s'est félicité, vendredi 11 décembre, le directeur général de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) Pascal Lamy, après qu'ait été officiellement approuvée l'adhésion de l'Arabie saoudite à cet organisme. Si elle s'acquitte à temps des formalités nécessaires, elle pourrait ainsi assister à la rencontre ministérielle de Hongkong en décembre prochain en tant que membre à part entière (le 149e membre depuis la création de l'OMC).

Ce nouveau statut est censé faciliter notamment la réduction de la dépendance du royaume au secteur pétrolier et de renforcer l'ouverture de son économie aux investisseurs étrangers. C'est ce qu'applaudissent la plupart des responsables et des hommes d'affaires saoudiens. De son côté, le ministre saoudien du Commerce, Hashim Yamani, a souligné que « l'adhésion de son pays à l'OMC constitue un tournant majeur dans le programme de réformes structurelles de l'économie du royaume, comme elle permettra d'intégrer davantage l'économie saoudienne dans l'économie mondiale ».

Ce retard de l'Arabie saoudite à intégrer l'OMC — elle a négocié pendant 12 ans son adhésion à l'organisation — s'explique par sa législation ayant interdit pendant longtemps l'entrée de tout investisseur étranger. Ce n'est en effet qu'en 2000 que le royaume leur a ouvert ses portes suite à une revendication de l'OMC et des Etats-Unis. Ainsi, cette année-là, il a adopté une nouvelle loi sur l'investissement permettant aux hommes d'affaires étrangers d'investir dans tout le pays sauf à La Mecque et Médine. Ce changement a été un tournant décisif dans les négociations d'intégration. Dès lors, le pays a effectué une série de réformes économiques afin d'acquérir un poids auprès de l'organisation : privatisation, investissement, assurance, etc. (Voir encadré). C'est ensuite que l'OMC a pris au sérieux le désir de l'Arabie saoudite. Mais les négociations n'ont vraiment avancé qu'après l'arrivée sur le trône, début août, du roi Abdallah doté d'une vision économique plus libérale que ses prédécesseurs. Ce qui l'a conduit à signer un accord commercial de libre-échange avec les Etats-Unis en septembre dernier.

Pierre d'achoppement

Toutefois, la question des relations commerciales avec Israël a constitué une pierre d'achoppement. Mais Washington a fait savoir que Riyad s'était engagé à autoriser des relations commerciales entre tous les Etats membres de l'OMC, y compris Israël, qui fait l'objet d'un boycott de la part de plusieurs pays arabes. Vendredi, en demandant au vice-ministre saoudien du Pétrole, le prince Abdel-Aziz, si l'adhésion à l'OMC allait se traduire par un dégel des relations avec Jérusalem, il a répondu : « Nous ne sommes ici qu'en tant que membres de l'OMC, et rien d'autre ».

Les discussions d'adhésion ont été délicates sur quelques autres questions comme celles sur les sociétés d'assurance, la liste des importations interdites et le dossier agricole. Pour le secteur des assurances qui devrait s'ouvrir aux étrangers, l'Arabie saoudite a réclamé — et finalement obtenu cette semaine — que tout investissement étranger dans ce secteur respecte les principes de l'assurance coopérative, conforme aux préceptes de l'islam. Les investisseurs étrangers auront donc l'autorisation d'ouvrir des branches dans le royaume et de créer des joint-ventures dans lesquelles la part étrangère ne devrait pas dépasser les 60 %. De plus, le royaume a accepté de réviser la liste des importations interdites au moins une fois par an. Enfin, pour le dossier agricole, l'Arabie saoudite a accepté de s'abstenir de le subventionner.

Néanmoins, des évolutions supplémentaires sont attendues par l'Arabie saoudite. Car dans le secteur du pétrole, les investisseurs étrangers doivent posséder un partenaire local pour s'installer dans le pays. Sans compter que le marché du travail n'est pas libre et que les travailleurs immigrés restent liés à leur employeur par un contrat dont la rupture implique l'expulsion du pays. A quoi s'ajoute, entre autres, l'absence de syndicats. Les années à venir devraient donc être le témoin d'autres assouplissements.

Gilane Magdi
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Un long travail
de réformes

En 2000, la nouvelle législation sur les investissements et la création du Saudi Arabian General Investment Authority (Autorité générale d'investissement d'Arabie saoudite), un centre à guichet unique pour l'investissement, a constitué une avancée majeure pour l'intégration de l'Arabie saoudite à l'OMC. La nouvelle loi offre aux investisseurs étrangers des facilités qui n'étaient offertes qu'aux entreprises nationales et n'évoque pas la participation minimale des investisseurs saoudiens dans une société. En conséquence, les investisseurs étrangers ne sont plus tenus de posséder des partenaires locaux et sont autorisés à posséder des biens immobiliers à des fins industrielles ou résidentielles. Auparavant, le capital maximum d'une entité étrangère dans le capital d'une société en Arabie saoudite était fixé à 75 %.

Par ailleurs et toujours en 2000, le gouvernement a lancé des appels aux entreprises pétrolières internationales pour présenter des plans d'investissement dans le secteur du gaz naturel et dans les industries en aval. Toutefois, Riyad reste réticent à l'entrée de capitaux étrangers dans l'extraction du pétrole, mais l'importance des investissements lui impose à terme cette ouverture, que l'entrée dans l'OMC devrait accélérer. Par ailleurs, le gouvernement a promulgué en 2004 une loi sur la concurrence, qui contient entre autres des dispositions sur les cartels, les monopoles, les fusions et les pratiques commerciales déloyales. Cette loi recommandée par l'OMC est le premier texte interdisant les pratiques anticoncurrentielles.

Quant à la privatisation, elle a été le volet le plus important du Programme de réforme économique du Royaume d'Arabie saoudite. En effet, le 4 juin 2002, le Conseil suprême économique a adopté une stratégie de privatisation ambitieuse afin d'assurer la croissance continue de la part du secteur privé et d'élargir sa participation à l'économie nationale. Par exemple, dans le domaine des télécommunications, le gouvernement a déjà vendu 30 % de ses parts dans la Compagnie saoudienne de télécommunications à des investisseurs privés.

Au niveau du commerce extérieur, le royaume a diversifié ses échanges. Les exportations de marchandises saoudiennes vers le reste du monde sont passées à 126,1 milliards de dollars en 2004, contre 93,2 milliards de dollars en 2003 (soit une hausse de 35,3 %). Les importations ont également augmenté pour atteindre 40,8 milliards de dollars en 2004, contre 33,9 milliards de dollars en 2003 (soit une hausse de 20,3 %). Le solde d'investissement étranger a atteint 1 867 millions de dollars en 2004, contre 778 millions de dollars en 2003. Ainsi, le Produit intérieur brut du Royaume a atteint 250,6 milliards de dollars en 2004, contre 212,6 milliards de dollars en 2003.

Pour ce qui est de la libéralisation du commerce, l'Arabie saoudite a accepté que les entreprises sans présence commerciale sur son territoire et importatrices officielles pourraient être enregistrées pour s'engager uniquement dans une activité d'importation sans se voir imposer de limites en matière de capital social ou être tenues d'investir en Arabie saoudite. Pour s'acquitter de cet engagement, l'Arabie saoudite révisera sa législation, y compris la loi sur les procédures de licences d'importation.

 

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